communiqué de la LDH

une première victoire des défenseurs de la légalité républicaine

publié le 7 juin 2008 (modifié le 8 juin 2008)

Après l’interdiction de la manifestation d’hommage à l’OAS à Perpignan, et après la publication d’une interview indigne d’une élue de la République, la Ligue des droits de l’Homme et le collectif perpignanais rappellent leurs demandes.

A la suite de leurs communiqués, vous trouverez un texte dans lequel le commissaire Jacques Delarue s’insurge à l’idée que l’on puisse « transformer impunément des assassins en héros ».

Communiqué LDH

Succès des opposants au monument OAS de Perpignan

Suite à la mobilisation des associations opposées au nouvel hommage annoncé pour le 7 juin au monument de Perpignan à la gloire des assassins de l’OAS, le préfet des Pyrénées-Orientales a pris, le 5 juin, la mesure d’interdiction qu’elles demandaient.

C’est un succès pour le collectif de Perpignan pour un centre de documentation sur l´histoire franco-algérienne ainsi que pour toutes les associations nationales qui ont soutenu ses demandes :

  • pour le déplacement dans un lieu privé du monument aux fusillés de l’OAS installé dans le cimetière de la ville ;
  • pour un centre de documentation sur la guerre d’Algérie confié aux historiens et non un centre municipal confié à un groupe mémoriel, le Cercle algérianiste, attaché à montrer la « colonisation positive » ;
  • pour la mémoire de toutes les victimes de cette guerre et non une mémoire unilatérale et sélective, comme le fait le « Mur des disparus » érigé par la municipalité en novembre 2007 en présence du ministre des anciens combattants Alain Marleix.

Ce succès encourage les défenseurs des droits de l’Homme et à persister dans leur demande de reconnaissance et de vérité sur cette page d’histoire et dans leur opposition aux lobbies qui veulent réhabiliter la colonisation. Ceux-ci obtiennent au sein de la majorité présidentielle des soutiens scandaleux. Ainsi, la députée-maire d´Aix-en-Provence, Maryse Joissains-Masini, envisage la possibilité de donner à une rue de la ville le nom de Jean-Marie Bastien-Thiry, condamné pour avoir tenté d’assassiner le président de la République, le général De Gaulle, le 22 août 1962, au Petit-Clamart : «  Personnellement, je n’ai rien contre. Après tout, on ne peut pas lui reprocher de mauvaises actions. Il a simplement agi selon ses convictions » (L´Express, 21 mai 2008).

Cette réhabilitation de terroristes qui ont combattu les institutions de la République est inacceptable.

La Ligue des droits de l’Homme demande :

  • l’interdiction des ravivages de la flamme à l’Arc de triomphe par des associations qui cherchent, au prétexte du sort tragique des victimes de tirs de l’armée française le 26 mars 1962, rue d’Isly à Alger, à réhabiliter l’OAS ;
  • l´abandon officiel de la promesse du candidat Nicolas Sarkozy en 2007 que ces victimes soient déclarées « morts pour la France » ;
  • la renonciation officielle à la mise en place d’une Fondation sur l’histoire de la guerre d´Algérie dans le cadre de la loi du 23 février 2005 qui cherchait à montrer la « colonisation positive » ;
  • l’abandon de tous les autres projets de musées ou mémoriaux qui instrumentaliseraient l’histoire ;
  • l’encouragement, au contraire, du travail autonome des historiens, en lien avec leurs collègues des pays anciennement colonisés et dans une perspective internationale.

Paris, le 6 juin 2008

Communiqué du collectif perpignanais

La mairie de Perpignan doit débarrasser le cimetière nord de la stèle OAS

Les organisations qui ont été à l’initiative du rassemblement anti-OAS du samedi 7 juin se félicitent que leur combat ait empêché, cette année encore, qu’hommage soit rendu à des membres d’une organisation terroriste qui au nom de l’Algérie française commirent, au début des années soixante, attentats et assassinats à l’encontre de milliers d’européens et d’algériens.

Ce combat nous est imposé par la présence de la stèle OAS érigée en 2003 dans le cimetière nord avec le soutien de la mairie de Perpignan. Ce qui vient de se passer prouve, une nouvelle fois, que l’existence de ce monument est potentiellement génératrice de troubles à l’ordre public. Elle entretient dans notre ville un climat favorable aux comportements haineux et revanchards de tous les nostalgiques du colonialisme, alors que nous avons besoin de messages de réconciliation et de tolérance entre les peuples algériens et français.

Les incidents liés aux tentatives de cérémonie pro-OAS à l’intérieur de ce lieu public qu’est le cimetière cesseront dès lors que cette stèle sera déplacée dans un lieu privé. La municipalité de Perpignan est seule en mesure de faire effectuer ce transfert. Nous le lui demandons en vain depuis plusieurs années. Nous allons multiplier et diversifier nos initiatives pour obtenir enfin satisfaction.

Perpignan le 7 juin 2008

AFMD, AFPS, APNPA, ARAC, ASTI, ATTAC, Coup de Soleil des P-O, CGT, Femmes Solidaires, FFREEE, FSU, LCR, LDH, LO, MRAP, PCF, SURVIE, UNSA, Verts. Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, ANPROMEVO, l’Association des Anciens Appelés en Algérie

Amers souvenirs du temps des assassins

par le commissaire divisionnaire honoraire Jacques Delarue [1]

Peut-on transformer impunément les assassins en héros et en martyrs, élever des monuments à leur gloire et falsifier l’histoire douloureuse d’un passé à la fois proche et lointain, dans l’indifférence générale et sans provoquer la moindre réaction officielle ? Pour ceux qui, comme moi, ont vécu cette époque dangereuse en défendant la légalité républicaine et la démocratie, près d’un demi siècle écoulé n’a pas effacé le souvenir des heures difficiles où la haine l’emportait sur le bon sens. L’OAS poussait la haine à son paroxysme et désignait aux tueurs les fonctionnaires comme cibles privilégiées. Au premier rang des victimes, les officiers loyaux à la République, les policiers républicains et les membres de l’Education Nationale. Qui se souvient de ceux qui ont donné leur vie pour la défense de l’idéal républicain?

De Septembre 1961 à Juin 1962 dix-neuf officiers, six inspecteurs de l’Education Nationale et cinq commissaires de police (sans compter les inspecteurs) ont été assassinés par les tueurs de l’OAS [2]. Nous ne sommes plus que quelques survivants dont la mémoire conserve le souvenir des hommes courageux qu’ils étaient.

Aujourd’hui la prétendue défense de l’Algérie Française est censée justifier toutes ces horreurs et c’est sous le même alibi que l’on promeut des assassins au titre de martyrs de l’Algérie française.
Curieuse conception de l’honneur, toujours revendiqué.

Au sortir de cette époque meurtrière nous n’aurions pu imaginer que l’on oserait un jour édifier des stèles en l’honneur des assassins sans provoquer de réaction officielle et la destruction de ces stèles. Si la police des rues et des cimetières est bien de la responsabilité des maires, alibi commode derrière lequel on s’abrite pour ne rien faire, ces monuments
n’en constituent pas moins une apologie du crime qui, elle, est bien un délit. Une ville du midi à donné le nom de Salan à l’un des ses principaux carrefours. Trouvera-t-on un jour une municipalité républicaine assez courageuse pour donner à l’une de ses voies le nom de l’un des officiers ou des fonctionnaires tombés pour la défense de la République ?

Jacques Delarue

[1Ce texte a été écrit par Jacques Delarue pour la conférence de presse réunie le 4 juin 2008 pour demander l’interdiction de la manifestation de Perpignan.

[2[Note de LDH-Toulon] - Il faut mentionner un maréchal des logis tué le 22
avril 1961 et deux commissaires tués par l’OAS entre mai et août 1961 — tous trois déclarés “Morts pour la France”.