Histoire coloniale et postcoloniale

Allemagne

publié le 4 mars 2017
Le massacre des Hereros (1904-1908)

Des Hereros, on connaît surtout les coiffes exubérantes de leurs femmes et les couleurs vives des vêtements qu’elles arborent lors des fêtes. Mais peu de gens savent que ce peuple a subi un massacre au début du XX-ème siècle. Ce massacre est d’ailleurs considéré, à juste titre, comme « le premier génocide du siècle ». [1]

Le 14 août 2004, lors d’une cérémonie marquant le centième anniversaire du soulèvement des Hereros contre leurs colons allemands, une ministre a présenté les excuses du gouvernement allemand pour ce massacre.

[Première publication le 27 janvier 2005, mise à jour le 12 avril 2007]
 
L’Allemagne reconnait le génocide des Nama et des Herero

Le 10 juillet dernier, le gouvernement allemand a reconnu officiellement que « la guerre d’extermination menée en Namibie entre 1904 et 1908 était un crime de guerre et un génocide ». C’était la première fois que cette expression était employée de manière officielle au plus haut de la République fédérale d’Allemagne pour qualifier le comportement des troupes allemandes commandées par le général Lothar Von Trotha.

La Namibie faisait partie du domaine dévolu à l’Allemagne en 1885, par la conférence de Berlin qui avait organisé le partage de l’Afrique [2]. Cette conférence s’est déroulée de la mi-novembre 1884 à fin février 1885. Le chancelier Bismarck y avait invité des délégués de 13 Etats européens, des Etats-Unis et de l’Empire ottoman. Mais aucun Africain n’était convié à la mise en place de règles qui aboutiront au découpage du continent par des frontières ne correspondant souvent à aucune réalité pour les populations qui y vivaient.

Les Allemands ont procédé à des massacres particulièrement sanglants des peuples Herero et Nama qui s’étaient soulevés contre la domination coloniale : environ 80 % des Herero et la moitié des Nama périrent entre 1904 et 1908. Il aura fallu plus d’un siècle à l’Allemagne pour reconnaître ce premier génocide du XXe siècle.

 
Les crânes de la colonisation

La Namibie – un pays du Sud-Ouest de l’Afrique, grand comme une fois et demie la France, mais très peu peuplé (de deux à trois millions d’habitants) – a été colonisée par l’Allemagne d’une façon particulièrement brutale à partir de la fin du xix-e siècle. En 1904 certaines de ses populations autochtones se révoltèrent contre l’occupant allemand.
La répression sous le commandement du général Lothar von Trotha fut effroyable – massacres génocidaires, travail forcé, création de camps de regroupement, à l’instar de ceux installés par les Britanniques en Afrique du Sud pour écraser la révolte des Boers ... Au cours de cette période, la population herero est passée de 80 000 à 15 000 personnes. Les Herero et les Nama venaient d’être victimes du premier génocide du xx-e siècle.

D’autres pays africains eurent à souffrir de la colonisation allemande, notamment le Rwanda et la Tanzanie que le traité de Berlin avait attribués à l’Allemagne en 1885, mais qui furent placés sous tutelle de la SDN (Société des nations) lors du démantèlement de l’empire colonial allemand qui suivit en 1920 la fin de la première guerre mondiale. La lecture de la presse allemande de novembre 2016 nous apprend qu’un millier de crânes et d’ossements d’Africains, amenés en Allemagne pour la « recherche scientifique raciale » pendant l’ère coloniale, sont toujours stockés à Berlin par une institution publique [3].


Rappelons que 37 crânes d’anciens résistants algériens à la colonisation française de leur pays sont toujours en attente de leur retour dans leur pays d’origine (voyez ce dossier).

 
Négociations entre l’Allemagne et la Namibie

Deux associations représentant respectivement des Herero et des Nama namibiens ont déposé le 5 janvier 2017 un recours collectif devant la justice américaine, pour obtenir une réparation financière de l’Etat allemand. Une plainte qui vise à obtenir réparations du génocide perpétré par les Allemands durant la période coloniale : la répression des soulèvements populaires par les Allemands entre 1904 et 1905 aurait causé la mort de près de 100.000 membres des peuples herero et nama.

L’Allemagne et la Namibie sont en négociation pour élaborer une déclaration commune où Berlin compte s’excuser pour les massacres commis lors de la période coloniale, estimant avoir compensé cette page noire de son histoire coloniale par des aides au développement du pays.


En plus de compensations financières, les plaignants militent pour une reconnaissance officielle de leurs droits et l’assurance qu’aucun accord entre les deux pays ne sera conclu sans qu’ils aient été consultés.