Histoire coloniale et postcoloniale

La guerre du Mali (depuis 2013)

publié le 23 mai 2017
les Maliens refusent de signer l’accord sur les flux migratoires proposé par la France

Afin de sensibiliser les Maliens à la pression que la France exerce sur les autorités maliennes en vue de la signature de l’accord de “gestion concertée des flux migratoires et du développement solidaire”, le forum pour un autre Mali (FORAM) et l’association malienne des expulsés (AME), ont organisé le 8 janvier 2009 une conférence débat au centre Djoliba de Bamako sur le thème : « Crises, migrations et expulsions, quelles alternatives pour le Mali ».

Au cours de la rencontre, deux lettres que nous reprenons ci-dessous ont été lues [1]. La première, lue par Assétou Founé Samaké, invite le Président de la République du Mali à s’opposer à la signature de l’accord que la France tente d’imposer au Mali. La deuxième, lue par Alassane Dicko de l’AME, adressée à l’ambassadeur de France au Mali, est une invitation à l’intention de la France qui doit réviser sa politique migratoire à l’endroit de l’Afrique avec laquelle elle entretient des relations vieilles de plusieurs siècles.

Dans son intervention, Alima Diarra de l’Association Malienne des Droits de l’Homme (AMDH) a mis en exergue le refus de la France de signer la convention relative aux droits des migrants et de leur famille.

Dans la soirée du 8 janvier 2008, on apprenait que le Mali avait refusé de signer l’accord proposé par la France (voir article 3059).

 
intervention armée de la France au Mali : honni soit qui oublie les populations civiles

Répondant à un appel d’autorités maliennes, la France a envoyé des militaires affronter des “terroristes islamistes”.

Afghanistan, Irak, Libye ... ces guerres sont-elles venues à bout du terrorisme, ou, au contraire, ne l’ont-elles pas entretenu ?
On peut certes apporter une aide à un État souverain qui la demande. Mais « le Mali est actuellement un État en situation de dissolution » rappelait récemment Rony Brauman. Il poursuivait : « Reprendre Tombouctou, Gao ou Kidal ne devrait pas être compliqué, mais c’est le fameux jour d’après qui pose un problème ; s’il n’y a pas un État, un ensemble intégrateur, ce jour-là sera celui d’une catastrophe. » [2]

Ci-dessous, deux communiqués – l’un, récent, de MSF qui appelle au respect des populations civiles, l’autre d’Amnesty International, publié en décembre dernier à la suite de l’adoption par le conseil de sécurité d’une résolution autorisant une intervention armée au Nord-Mali – et un article de décembre dernier où Rony Brauman évoquait le risque de déstabilisation de toute la région.

[Mise en ligne le 14 janvier 2013, mis à jour le 15]


 
Mali : la CPI ouvre une enquête sur des crimes de guerre

Le Procureur de la Cour pénale internationale, Mme Fatou Bensouda, a officiellement ouvert une enquête, le 16 janvier 2013, sur les crimes présumés commis sur le territoire du Mali depuis janvier 2012 [3].

La FIDH et l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH) se félicitent de cette décision dans un communiqué.

 
guerre au Mali : consensus et oubli des leçons du passé

Au-delà du consensus qui règne actuellement, deux réflexions sur la décision française d’intervenir au Mali éclairent une situation lourde de risques. L’analyse de Bérangère Rouppert rejoint celle d’Alain Gresh pour qui on n’a pas suffisamment tiré les leçons du passé, notamment en Afghanistan.

[Page mise en ligne le 19 janvier 2013, complétée le 20 avec l’édito de D. Sieffert ]


 
la FIDH dénonce des exactions commises par l’armée malienne

Dans un communiqué daté du 23 janvier 2013, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) accuse des soldats de l’armée malienne d’avoir perpétré « une série d’exécutions sommaires » dans l’ouest et le centre du Mali, et réclame la création immédiate d’une commission d’enquête indépendante.

Comment en est-on arrivé là ? Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS, expose la responsabilité de la France dans l’effondrement de l’État malien [4].

 
Samir Amin appelle à soutenir l’intervention française au Mali

Un texte de Samir Amin diffusé par le M’PEP avec l’autorisation de l’auteur [*].

Économiste franco-égyptien, Samir Amin est directeur du Forum du Tiers-Monde.
Il est l’auteur de Le développement inégal, paru aux éditions de Minuit en 1973.

[Mis en ligne le 24 janvier 2013, complété le 6 février]


 
Mireille Delmas-Marty : “résister d’abord à la barbarie”

L’armée française au Mali. De quel droit ?
Le Monde des Livres a posé la question à Mireille Delmas-Marty, auteur de Résister, responsabiliser, anticiper, ou comment humaniser la mondialisation, qui vient de paraître au Seuil.

L’intervention de la France au Mali nourrit la réflexion de la juriste sur les processus d’humanisation que peut porter le droit.

 
“le Mali, prochain Afghanistan ?”, par Immanuel Wallerstein

Un article, publié plus de deux mois avant le déclenchement de l’intervention militaire française au Mali, dans lequel Immanuel Wallerstein revient sur l’histoire récente du Mali – afin d’aider à comprendre.

 
Survie : “la France joue le rôle de gendarme de l’Afrique”

L’association Survie, qui milite pour l’assainissement des relations franco-africaines et contre la Françafrique et le néocolonialsme, a dénoncé l’intervention militaire française au Mali, dès le 14 janvier 2013. Quelques jours plus tard, l’organisation mettait en ligne un dossier d’information sur « Les zones d’ombres de l’intervention française au Mali ».

 
Mali : quelques réflexions de Pierre Stambul

« Parce qu’en aucun cas un pyromane ne peut éteindre le feu qu’il a allumé, nous devons condamner l’intervention française au Mali. »

Pierre Stambul
co-président de L’Union Juive Française pour la Paix (UJFP)


 
pour la FIDH, il faut juger afin de briser le cycle de l’impunité et de la violence

Les soldats français et maliens sont entrés sans combattre dans deux villes du Nord-Mali, Gao le 27 janvier 2013, et Tombouctou le lendemain. Avant d’évacuer la cité historique qui fut la capitale intellectuelle et spirituelle de l’islam en Afrique aux XVe et XVIe siècles, les insurgés ont mis le feu au centre Ahmed Baba qui abritait des dizaines de milliers de manuscrits datant de plusieurs siècles.

La Fédération internationale des ligues de droits de l’Homme (FIDH) lance un appel aux différents protagonistes. Refusant « toute logique punitive et de vengeance », elle demande que tous les responsables de violations des droits de l’Homme et d’exactions – qu’ils soient membres de groupes “islamistes” ou de l’armée malienne – soient jugés.

 
Jean-Marie Muller : “la France devait-elle partir en guerre au Mali ?”

Pour le philosophe Jean-Marie Muller – membre fondateur du Mouvement pour une alternative non-violente [*] – la guerre n’est pas la solution, mais elle est le problème.

 
Amnesty International dénonce des exactions au Mali

Suite à une mission au Mali, l’organisation de défense des droits de l’homme publie un rapport dans lequel elle dénonce les graves violations des droits humains commises par l’armée malienne et par des groupes d’“islamistes” armés. Amnesty International met également en cause des bombardements de l’armée française qui auraient fait des victimes civiles à Konna dès le 11 janvier 2013.

 
terre brûlée, bibliothèques en feu

Aucune époque, aucun peuple, n’est à l’abri du désastre moral que constitue la destruction de livres, de bibliothèques, comme de tout ce qui permet à l’homme de réfléchir sur sa condition.

Aujourd’hui la destruction d’une des bibliothèques de Tombouctou, comme il y a cinquante ans l’incendie de la bibliothèque universitaire d’Alger relèvent d’une même barbarie.

 
Mali : la dette de la France

Dans son discours de Bamako [5], le 2 février 2013, François Hollande a déclaré que la France avait désormais payé sa dette à l’égard du Mali. Il faisait alors allusion aux “tirailleurs sénégalais” – dont beaucoup étaient en fait originaires du Mali – qui ont pris une part importante à la défense et à la libération de la France au cours des deux guerres mondiales. Mais la France l’a oublié et elle expulse aujourd’hui des descendants de Maliens morts naguère pour elle.

Pour les Maliens la dette de la France n’est sans doute pas éteinte et ils en attendent vraisemblablement davantage : le soutien à une véritable politique de développement, une politique d’immigration moins restrictive, la non-ingérence politique dans leurs problèmes qu’il leur appartient et à eux seuls de régler … Comme l’expose l’historien Francis Simonis, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et de la période coloniale notamment au Mali et en Guinée, « pour la population malienne [...] la France est sans doute encore loin, très loin d’avoir payé sa dette. »

 
Boubacar Boris Diop : “c’en est fini pour longtemps de l’indépendance du Mali”

L’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop refuse d’applaudir la France officielle qu’il qualifie de « pompier pyromane ». Dans l’entretien donné le 2 février 2013 au Pays au quotidien que nous reprenons ci-dessous, il analyse les différentes implications de la guerre au Mali.

 
Mali : la politique de la canonnière n’est pas une solution

Tract diffusé par la LDH de Toulon, le 2 mars 2013 :

La France est en guerre au Mali
Cela nous concerne tous

L’intervention française ne sera sans doute pas un long fleuve tranquille. Les informations provenant du lieu des combats sont rares, mais les risques de dérapage sont importants.
Personne ne peut prévoir combien de temps elle durera ni comment elle se terminera.
Les résultats des guerres d’Afghanistan, d’Irak, ou de Libye, sur la population civile devraient susciter débats et questionnements.

Au-delà des justifications humanistes qui sont avancées – la défense de la civilisation et de la démocratie… – questionnons-nous sur les véritables buts et notamment sur les enjeux économiques bien réels de cette guerre.
François Hollande a déclaré le 12 janvier dernier que l’opération française au Mali n’avait pas d’autre but que « la lutte contre le terrorisme ». Mais il ne faut pas se laisser abuser par les éléments de langage : les Touareg qui demandent l’autonomie du Nord-Mali sont des rebelles et non des « terroristes ».

On peut s’interroger sur la légitimité des autorités gouvernementales maliennes actuellement en place – issues d’un coup d’État.
Interrogeons-nous surtout sur les origines de la crise. N’oublions pas que l’Afrique est pillée, déstructurée, appauvrie par ces mêmes puissances qui jouent les pompiers après avoir été des incendiaires – pensons aux armes, parfois de haute technologie, dont nous avons inondé la Libye. Peuples appauvris, gouvernements corrompus plus ou moins à la solde de puissances étrangères, agricultures détournées de leur fonction vivrière ...

Les Maliens attendent autre chose qu’une intervention armée : le soutien à une véritable politique de développement, une politique d’immigration moins restrictive, la non-ingérence dans leurs problèmes internes qu’il leur appartient, et à eux seuls, de régler.

Toulon, le 19 février 2013

 
Mali : et maintenant ?

Le Conseil de sécurité des Nations unies
se penche sur la situation au Mali, un pays dont les trois quarts des 15 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté, et qui compte plusieurs centaines de milliers de personnes déplacées ou réfugiées dans les Etats voisins.

La situation sécuritaire y demeure incertaine et notamment du fait du comportement de militaires maliens. Confirmant les inquiétudes manifestées par le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, l’organisation Human Rights Watch (HRW) a recueilli près de Tombouctou les témoignages de personnes portant des marques de tortures que leur auraient infligées des militaires maliens qui les soupçonnaient d’être des partisans de groupes terroristes armés. « Le recours à la torture par des soldats qui ont précisément pour mandat de restaurer la sécurité dans le nord du Mali ne peut qu’aggraver une situation déjà difficile », a déclaré l’organisation [6].

Lors de son intervention télévisée de jeudi 28 mars sur France 2, François Hollande avait émis deux signaux contradictoires à propos de la crise malienne. Il avait en effet tenu à se démarquer de la Françafrique, en affirmant que le « temps où la France désignait des chefs d’Etat en Afrique est révolu » tout en se déclarant « intraitable » sur le respect d’un calendrier électoral : « nous voulons qu’il y ait des élections au Mali à la fin du mois de juillet.  » [7]

Les voix opposées à l’intervention militaire française restent minoritaires mais continuent à se faire entendre : les propos d’Aminata Traoré au Forum social mondial de Tunis, ainsi qu’un “appel citoyen”, sont repris ci-dessous ...

 
Mali : aux origines de la crise

Le Mali, et en particulier sa région Nord, est devenu le théâtre de violents combats, complexes en ce qu’ils impliquent différents acteurs (armée malienne, combattants jihadistes et indépendantistes touareg), sur fond d’activités mafieuses et terroristes. « Quels sont les obstacles à la sortie de crise ? », demande l’auteure de l’article, Catherine Choquet, membre du Comité central de la Ligue des droits de l’Homme.

Cet article est repris du n° 161, mars 2013, de la revue Hommes & Libertés de la LDH dont voici le sommaire complet.

 
Mali : la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts

La déclaration attribuée à lord Palmerston, « L’Angleterre n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents, elle n’a que des intérêts permanents », pourrait être reprise comme viatique par les diplomates de tout pays — il suffit de l’adapter.

Concernant l’intervention militaire française au Mali qui a débuté le 11 janvier dernier, l’existence au Niger voisin de mines d’extraction d’uranium – elles sont «  protégées par des forces spéciales » – est l’un des « principaux intérêts stratégiques français dans la région », comme les sénateurs Chevènement et Larcher le rappellent dans leur rapport d’information [8].
Cette réalité était certainement présente à l’esprit des parlementaires français le 22 avril dernier quand ils ont approuvé à la quasi-unanimité la poursuite de l’opération Serval.

Le rapport parlementaire insiste sur la nécessité d’une « véritable réconciliation » entre Maliens. Mais ce n’est pas en empêchant certaines personnalités maliennes – Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali et Oumar Mariko, Secrétaire Général de SADI – de voyager que l’on favorisera cette réconciliation. Françafrique pas morte !

 
la guerre au Mali vue d’un collège de l’Aube

Initiative de l’Est-éclair : à l’occasion de la 24e Semaine de la presse à l’école, treize établissements scolaires de l’Aube participent à un concours d’écriture. Plusieurs contributions, publiées sur un blog ouvert pour la circonstance, s’intéressent au Mali.

B. Girard, animateur du site Journal d’école, en commente ci-dessous certains extraits.

 
le Mali face à ses problèmes

Les troupes françaises se retirent du Mali, les programmes d’aide sont en cours et des élections organisées en juillet. Et pourtant l’économiste Joseph Brunet-Jailly [9] s’inquiète : la crise a révélé la faillite du modèle de développement et d’une démocratie « de façade », et, en n’abordant pas les problèmes de fond, le Mali et la communauté internationale risquent de les voir resurgir.

« L’organisation des élections est une priorité, en vue d’asseoir un pouvoir “normal” », mais, comme l’a déclaré le président de l’Association malienne des expulsés (AME), « celle-ci ne doit pas être faite à n’importe quel prix ». Les défis que le pays doit affronter sont considérables – rétablir un dialogue politique à Bamako, un dialogue intercommunautaire au Nord, constituer une force de sécurité et de défense, redéployer l’État au Nord... C’est au peuple malien, et non à l’armée française ou à la mission de stabilisation de l’ONU, qu’il incombe d’y répondre.

 
Mali : multiplication des violations des droits de l’Homme

Amnesty international et Human rights watch dénoncent les exactions commises par l’armée malienne et par les groupes rebelles : exécutions sommaires, “disparitions”, tortures, viols, détentions arbitraires, pillages…

Les forces de sécurité maliennes continuent à porter atteinte aux droits de l’Homme en semblant ne pas craindre d’avoir à rendre des comptes.

 
Emmanuel Macron en chef militaire au Mali

En se rendant auprès des troupes françaises déployées au nord du Mali la semaine de son investiture, Emmanuel Macron assume l’interventionnisme militaire qui a marqué le quinquennat de François Hollande et de son ministre Jean-Yves Le Drian. Un symbole de plus, en quelques jours, de la perpétuation d’une politique africaine faite d’ingérence et de soutien aux dictateurs.

 
« Il n’y a pas d’issue militaire au bourbier malien »

« Presque deux ans après sa signature, l’Accord de paix du 20 juin 2015 est aujourd’hui fragilisé par la stratégie des groupes armés djihadistes, qui s’activent à étendre le conflit du Nord Mali vers les régions du centre et les pays limitrophes. La recrudescence de l’insécurité y entraîne désengagement de l’État, violences intercommunautaires, et exactions de l’armée malienne et des groupes armés, fournissant un terreau idéal à l’extension des groupes terroristes. Il est urgent que la communauté internationale renforce les moyens de la MINUSMA dans les régions centrales du Mali et que les autorités maliennes engagent par ailleurs une véritable lutte contre l’impunité. » (Extrait d’un article du site de la FIDH)