Histoire coloniale et postcoloniale

il y a cinquante ans : la fusillade de la rue d’Isly

publié le 26 mars 2012 (modifié le 1er septembre 2019)

Guerre d’Algérie : rassemblement prévu à 14h30 à Paris

[ AtlasInfo.fr, le 26 mars 2012]




Des familles de victimes de la fusillade de la rue d’Isly, survenue le 26 mars 1962 à Alger, appellent à un rassemblement ce lundi à 14H30 au Mémorial de la guerre d’Algérie à Paris, à l’occasion du 50e anniversaire du drame au cours duquel plusieurs dizaines de personnes ont été tuées.

Dans un communiqué, les organisateurs associent à l’hommage « les disparus, les harkis, les victimes d’attentats et d’exactions » durant le conflit. « A 14H50, heure précise de la fusillade, les drapeaux s’inclineront et la sonnerie aux morts retentira pour tous les nôtres tombés en Algérie », écrivent-ils.

Une semaine après la signature des Accords d’Evian et le cessez-le-feu, le 19 mars 1962, en Algérie, des manifestants civils partisans de l’Algérie française qui tentaient de forcer le passage vers le quartier de Bab El-Oued, dans le centre d’Alger, étaient mitraillés à un barrage tenu par l’armée française.

La fusillade qui dura plus d’un quart d’heure fit, selon différentes sources, au moins une cinquantaine de morts, tous civils, parmi les manifestants, mais d’autres personnes ont ensuite succombé à leurs blessures. La fusillade de la rue d’Isly marqua le début de l’exode massif des pieds noirs d’Algérie. L’inscription des noms des victimes de la rue d’Isly sur le Mémorial de la guerre d’Algérie a été décidée en 2010 par le gouvernement.

Retour sur la fusillade de la rue d’Isly, le 26 mars 1962

par Nadjia Bouzeghrane, El Watan, le 25 mars 2012 [1]




L’historien Alain Ruscio a replacé la fusillade de la rue d’Isly, le 26 mars 1962, dans son contexte, celui d’une « escalade de la violence de l’OAS contre l’armée française et la population algérienne ». Il a rappelé que le général putchiste Salan avait prôné « l’offensive généralisée » contre l’armée française, donnant consigne à ses activistes l’emploi de bouteilles explosives. Instrumentalisant la population européenne, Salan l’avait considérée comme un « outil valable ». L’annonce de la signature des Accords de cessez-le-feu précipite l’escalade. « Je donne l’ordre de harceler les forces armées partout en Algérie », dit Salan. « Le cessez-le-feu de de Gaulle n’est pas le nôtre. »

Le général Salan jette la population européenne d’Alger dans la rue pour faire le forcing de Bab El Oued, bouclé par l’armée. La majorité des commentaires relève l’irresponsabilité de ceux qui ont envoyé la population à la mort. L’OAS cherchait-elle le martyr, se demande l’historien. « L’OAS porte la plus lourde responsabilité de ce drame. » Et de citer les propos de Jean-Jacques Susini (fondateur de l’OAS) : « La violence était mûrement planifiée dès le début de l’organisation, nous cherchions à mobiliser la population européenne. » Alain Ruscio considère que Susini et ses comparses « ont changé le cours de l’histoire, ont précipité le départ des Européens d’Algérie ».

Philippe Ould Aoudia rappelle que pour le seul mois de mars, il y a eu 611 attentats de l’OAS, soit 20 par jour. Et il rappelle que le 25 février 1962, le général Salan donnait l’ordre de s’attaquer aux intellectuels musulmans chaque fois qu’ils seront soupçonnés de sympathie avec le FLN.

[1Nadjia Bouzeghrane rend compte de l’intervention d’Alain Ruscio au colloque d’Évian sur le thème : « Les jours d’après : le drame de la fusillade de la rue d’Isly (26 mars 1962) : histoire et mémoire ».