Histoire coloniale et postcoloniale

victimes du terrorisme : la mémoire sélective

publié le 27 juillet 2011 (modifié le 25 septembre 2019)

Sur son blog [1], à la date du 16 juillet, Alain Gresh évoque la prochaine réunion du VIIe congrès international des victimes du terrorisme [2], organisée par l’Association française des victimes du terrorisme [3] à Paris, dans les locaux de l’Ecole Militaire, du 15 au 17 septembre.

« Qui pourrait y trouver à redire ? Des victimes ou des proches des victimes, en provenance de 35 pays, qui témoignent de leur douleur, quoi de plus émouvant ? » écrit Alain Gresh qui poursuit cependant en qualifiant ce congrès d’« imposture » :

« La liste des attentats s’étale sur plus de cinquante ans et commence avec l’attentat contre le Milk Bar à Alger en 1956. On y trouve ceux des Brigades rouges en Italie (mais pas ceux commis à la même époque par les groupes d’extrême droite, notamment celui de la piazza Fontana, attribué à l’extrême gauche et dont on sait qu’il fut commis par l’extrême droite et marqua le début des années de plomb) ; celui contre l’avion de Habyarimana en 1994 (mais pas un mot sur le génocide du Rwanda qui a suivi), deux attentats en Israël durant la seconde Intifada, mais rien sur les milliers de Palestiniens tués par des tirs et des bombardements israéliens... Et tout est à l’avenant. [3] »

Et il revient sur l’attentat du Milk Bar à Alger le 30 septembre 1956 :

« Voici un attentat qui ne peut que susciter l’indignation. Une bombe dans un bar, qui fait 11 morts : qui pourrait approuver cette “lâche action” du Front de libération nationale (FLN) ? Pourtant, il suffit d’ouvrir un livre d’histoire [...] pour établir le contexte. La guerre a commencé le 1er novembre 1954, les combats se sont intensifiés, des négociations secrètes entre Paris et le FLN se déroulent durant l’été. C’est le moment, selon Wikipédia, que choisit André Achiary, ex-officier du SDECE qui fut sous-préfet dans le Constantinois au moment du massacre de Sétif (1945), pour monter l’attentat de la rue de Thèbes, dans la Casbah d’Alger, dans la nuit du 10 août 1956, qui fait 16 morts et 57 blessés. [3] »

Le contexte de l’époque

Dans son livre Escadrons de la mort, l’école française, Marie-Monique Robin rappelle la manifestation violente des « ultras », partisans de l’Algérie française, qui accueillit le chef du gouvernement français, Guy Mollet, de passage à Alger le 6 février 1956. C’est à la suite de cette « journée des tomates » que Robert Lacoste fut nommé ministre résidant en Algérie, en remplacement du général Catroux :

[Encouragés par leur victoire du 6 février 1956, les militants de l’Algérie française les plus radicaux] « commencent à s’organiser en Algérie en groupuscules paramilitaires, sous la houlette notamment d’André Achiary, un ancien du SDECE qui fut sous-préfet dans le Constantinois au moment du massacre de Sétif. C’est avec des membres de l’Union française nord-africaine, créée par Robert Martel, un viticulteur de la Mitidja, que l’ancien commissaire [Achiary] monte l’attentat de la rue de Thèbes, au coeur de la Casbah, le quartier arabe d’Alger. Commis dans la nuit du 10 août 1956, l’attentat fait soixante-treize victimes. [4] »

Yacef Saâdi était alors adjoint de Larbi ben M’Hidi, chef militaire FLN de la Zone autonome d’Alger en 1956. Il devait déclarer ultérieurement à Marie-Monique Robin :

« Jusqu’au massacre de la rue de Thèbes, nous ne faisions des attentats à Alger qu’en réponse à des arrestations massives ou à des exécutions. Mais là, nous n’avions plus le choix : fous de rage, les habitants de la Casbah ont commencé à marcher sur la ville européenne pour venger leurs morts. J’ai eu beaucoup de mal à les arrêter, en les haranguant depuis les terrasses, pour éviter un bain de sang. Je leur ai promis que le FLN les vengerait [6].

Suite à cet attentat de la rue de Thèbes le FLN décide de porter le terrorisme au coeur de la ville européenne :

« Le 30 septembre 1956, deux bombes éclatent au Milk Bar et à la Cafétéria, deux établissements à la mode chez la jeunesse européenne. Bilan : quatre morts et cinquante-deux blessés, dont plusieurs enfants amputés. Cruelle et aveugle, la bataille d’Alger a commencé, et avec elle s’envolent les derniers espoirs d’un règlement politique, dont ne veulent d’ailleurs ni les pieds-noirs ni l’armée. [6] »


Ce cycle infernal devait conduire à la “bataille d’Alger”.


Les victimes de la guerre d’Algérie

L’historien Gilbert Meynier considère comme « plausible » le nombre de 400 000 morts algériens victimes de la guerre de 1954-1962 avancé par le démographe Kamel Kateb [5].
Estimant à environ 50 000 le nombre d’Algériens tués par le FLN/ALN, il en reste donc autour de 350 000 tués par les Français – parmi eux, il y avait sans doute davantage de civils que de maquisards.

Guy Pervillé compte environ 25 000 morts parmi les militaires français, et près de 5 000 parmi les civils Pieds Noirs, dont 2 788 du 1er novembre 1954 au 19 mars 1962.
Le nombre de victimes de l’OAS serait d’au moins 2 200 [6] .

Question : lesquels de ces morts sont imputables au terrorisme ?

[1Le blog d’Alain Gresh : http://blog.mondediplo.net/2011-07-....

[3L’Association française des victimes du terrorisme : http://afvt.org.

[4Référence : Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l’école française, éd. La Découverte, 2004, pages 86/87.

[6Guy Pervillé, « La guerre d’Algérie. Combien de morts ? », in Mohamed Harbi et Benjamin Srtora (dir), La guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2004.