Histoire coloniale et postcoloniale

France/Algérie : lettre aux enfants de 1962

publié le 3 décembre 2007 (modifié le 24 janvier 2019)

L’Algérie : aucune terre africaine n’est plus proche de la France. Et pourtant, tout reste si compliqué. Combien de temps faudra-t-il pour pouvoir dire « France-Algérie » tout simplement ?


Français, Algériens,… tout nous unis. Une mer, la belle Méditerranée. Les mêmes grandes influences, depuis la préhistoire. Des civilisations proches, nourries des mêmes cultures, et mêlant les trois grandes religions monothéistes.

Les plus belles perspectives sont à portée de main : deux grandes économies qui s’allient au-dessus de la mer, pour construire un pont entre l’Europe et l’Afrique. Un nouvel imaginaire pour le monde, ringardisant le soi-disant « choc des civilisations ».

Oui, mais voilà. Nous avons une histoire commune, mais cette histoire a été violente, souvent cruelle, parfois criminelle. Beaucoup de sang a coulé, et nombre de blessures sont encore à vif. Le dernier chapitre a été celui d’une guerre des Français contre les Algériens.

L’accord de paix de 1962, lourd de trop d’ambigüités, n’a pas été la paix. Le séisme d’incompréhension, né du tristement célèbre « Je vous ai compris », est toujours là. Un coup d’œil sur les derniers épisodes des relations franco-algériennes le confirme bien assez.

France/Algérie : ce miasme si bien entretenu devient intolérable. Combien de temps les enfants de 1962 devront-ils payer pour cette histoire qui n’est pas la leur ?

Nous devons savoir tourner la page. Voici trois pistes qui ne ruinent pas les budgets :

Histoire et réconciliation. Une commission d’historiens, pour, archives à l’appui, tout mettre sur la table. Et la diffusion la plus large de tout : le non-dit est notre ennemi.

Connaissance mutuelle. Une politique systématique de jumelage : lycées, universités, entreprises, villes, hôpitaux, institutions culturelles… Il s’agit de parvenir à penser ensemble.

Rapprochement des populations. Une politique des visas et des conditions de séjour qui permette d’aller au plus vite vers un espace de libre échange, par la mutualisation des richesses.

Le propos n’est pas de nier le passé, mais de le dépasser. Dans la vie de tous les jours, nombre de Français et d’Algériens entretiennent les relations les plus simples, se retrouvent avec joie, et construisent des projets. Nous devons nous organiser pour que cela devienne l’affaire des peuples, et des Etats.

Alors, êtes-vous partant ?

« Les retrouvailles » d’après Plantu, 2 mars 2003

[...] On peut dire que déjà on sait tout. Oui, les spécialistes arrivent à parvenir à une bonne connaissance de l’enchainement des faits. Mais il faut aller au delà. Renouveler les équipes de chercheurs. Ouvrir au large public. Publier les travaux, et internet va acccélerer le mouvement. [...]

Rien ne se fait sans passion, chacun a ses morts, dans cette phase terrible de l’histoire.

Mais nous sommes en 2007. Si nous ne savons pas comment régler l’héritage de 1962, au moins pouvons-nous essayer de nous prémunir des nouveaux drames que nourissent les incompréhensions.

Comprenez que des Gaulois comme moi, nés à cette époque, souhaiteraient au moins amorcer une phase nouvelle. En termes d’Etats, et même de peuples, c’est bloqué. Dont acte. Mais personne ne dit « la réconciliation est impossible ».

Le débat se scinde : d’une part, l’histoire et les Etats, d’autre part les gens de 2007, et au moins ceux qui pensent que – sans rien nier à la nécessité d’affronter les problèmes du passé et leurs conséquences – dès aujourd’hui nombre de pas individuels et collectifs peuvent être faits.

Est-ce que nous pouvons laisser cela à nos arrière-petits-enfants, en disant « nous avions autre chose à faire » ?

L’affermissement de nouveaux liens entre Français et Algériens, d’ici, de là-bas ou d’ailleurs, serait un message au monde entier.