Histoire coloniale et postcoloniale

Condamnation de la création d’un Institut d’études sur l’immigration et l’intégration

publié le 5 octobre 2007 (modifié le 8 octobre 2019)

COMMUNIQUÉ LDH

Paris, le 5 octobre 2007

La LDH condamne la création de l’Institut d’études sur l’immigration et l’intégration

Si les services de la communication du Premier ministre ont annoncé le report de l’installation de l’Institut d’études sur l’immigration et l’intégration, le projet n’en est pas retiré pour autant.

La Ligue des droits de l’Homme partage l’inquiétude des chercheurs sur la mise en place « d’un guichet unique » pour le lancement et le financement des recherches sur l’immigration. C’est une véritable atteinte à la liberté de la recherche qui ne peut être que multiple et diverse sur des sujets aussi complexes. Par ailleurs, la direction de cet institut est confiée à Hélène Carrère d’Encausse dont les propos - expliquant la révolte des banlieues par la polygamie - témoignent autant d’ignorance que de mépris et sont incompatibles avec une démarche scientifique.

En outre, cet institut devait être installé par Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement, ce qui signifie une tutelle de fait qui ne peut qu’augmenter l’inquiétude des chercheurs.

Pour toutes ces raisons, la Ligue des droits de l’Homme ne peut que souhaiter le retrait de ce projet.

Contre la création d’un Institut d’Etudes sur l’Immigration et l’Intégration


Un Institut d’études sur l’immigration et l’intégration vient d’être créé par le Haut Conseil à l’Intégration sous l’égide du Ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité
nationale et du co-développement. Il a vocation, selon ses fondateurs, à être le « guichet unifié » des financements venant des administrations et des entreprises pour les recherches portant sur ces thèmes.

De fait, l’institut - dont l’indépendance
annoncée n’est assortie d’aucune garantie institutionnelle - est un nouvel instrument de
pilotage politique des recherches qui déterminera les « champs et sujets pertinents » sur lesquels engager des travaux scientifiques.

Dans un contexte où le discours politique tend de plus en plus à présenter l’immigration comme un danger pour la collectivité
nationale, où les législations successives restreignent toujours plus les droits des étrangers, où la rhétorique sur l’intégration sert à occulter les discriminations, nous exprimons les plus vives inquiétudes quant à la création de cet institut :

  1. pour la menace qu’il constitue pour la liberté de la recherche sur une thématique aussi sensible, dès lors qu’il prétend devenir le lieu exclusif de contrôle des financements des travaux scientifiques,
  2. pour le symbole que représente la nomination à la présidence de son conseil scientifique d’une personnalité dont les propos publics sur les familles africaines ont suscité l’étonnement et l’indignation.

Qu’au moment où le gouvernement annonce un accroissement du potentiel de la recherche en France, le choix soit fait de renforcer le pilotage politique du travail scientifique nous semble inacceptable non seulement pour les chercheurs mais aussi pour l’ensemble des citoyens. Nous croyons que la crédibilité de la recherche sur l’immigration, les discriminations ou la diversité, comme celle de toute recherche, ne peut être assurée que par l’entière liberté de définir les thèmes à aborder et les méthodes à appliquer. Il n’appartient pas à un institut sous tutelle politique de poser les « bonnes
questions » auxquelles les chercheurs devront trouver de « bonnes réponses ». Engagés depuis des années dans des programmes scientifiques nationaux et
internationaux autour de ces questions, nous considérons que la recherche ne peut se développer fructueusement qu’avec l’appui d’institutions publiques indépendantes et pluralistes.

Paris, le 1er octobre 2007

Liste des initiateurs

Marie-Claude Blanc Chaléard, historienne, Université Paris 1
Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne, Université Paris 7
Véronique De Rudder, sociologue, CNRS
Didier Fassin, anthropologue, EHESS
Eric Fassin, sociologue, ENS
Denis Fougère, économiste, CNRS
Nancy Green, historienne, EHESS
Nacira Guénif, sociologue, Université de Paris 13
Nonna Mayer, politiste, CNRS
Pap Ndiaye, historien, EHESS
Gérard Noiriel, historien, EHESS
Catherine Quiminal, anthropologue, Université Diderot-Paris 7
Daniel Sabbagh, politiste, FNSP
Emmanuelle Santelli, sociologue, CNRS
Paul Schor, historien, Université Paris 10
Patrick Simon, socio-démographe, INED
Jocelyne Streiff-Fenart, sociologue, CNRS
Sylvie Thénault, historienne, CNRS
Vincent Tiberj, politiste, FNSP
Patrick Weil, historien, Université Paris I

Liste des soutiens

Jean-Loup Amselle, anthropologue, EHESS
Etienne Balibar, philosophe, Université Irvine
Nicolas Bancel, historien, Université de Lausanne
Sophie Bava, sociologue, IRD
Jean-Luc Bonniol, anthropologue, Université d’Aix-Marseille
Nadir Boumaza, géographe, Université Pierre Mendès France, Grenoble
Yael Birnbaum, sociologue, Université de Bourgogne
Stéphanie Condon, géographe, INED
Jocelyne Dakhlia, anthropologue, EHESS
Corinne Davaut, sociologue, doctorante, Université de Paris 8-URMIS
Irène Dos Santos, sociologue, doctorante
Caroline Douki, historienne, Université Paris 8
Stéphane Dufoix, sociologue, Université de Paris X
Mireille Eberhard, sociologue, post-doc INED
Jules Falquet, sociologue, Université Paris 7
Brigitte Fichet, Sociologue, Université Marc Bloch, Strasbourg
Camille Gardesse, sociologue, doctorante IUP
Christelle Hamel, sociologue, INED
Marie-Antoinette Hily, sociologue, CNRS-MIGRINTER
Fanny Jedlicki, sociologue, doctorante URMIS, Université Paris 7
Marie-Thérèse Lanquetin, juriste, Université de Paris X
Jean-Baptiste Leclercq, doctorant URMIS, Université Paris 7
Luc Legoux, démographe, Université de Paris I-IDUP
Françoise Lorcerie, sociologue, CNRS
Eric Macé, sociologue, Université Paris 3
Pierre Merklé, sociologue, Université de Lyon 2
Dominique Meurs, économiste, ERMES
Elise Palomares, sociologue, Université de Rouen
Edmond Préteceille, sociologue, OSC
Christian Poiret, sociologue, Université de Paris 7-URMIS
Janine Ponty, historienne
Philippe Poutignat, sociologue, CNRS-URMIS
Aude Rabaud, sociologue, Université de Prais 7-URMIS
Isabelle Rigoni, sociologue, Université de Poitiers-MIGRINTER
Christian Rinaudo, sociologue, Université de Nice
Valérie Sala Pala, politiste, Université de Clermont-Ferrand
Emmanuelle Sibeud, historienne, Université Paris 8
Roxane Silberman, sociologue, CMH-CNRS
Maryse Tripier, sociologue, Université Paris 7
François Vourc’h, sociologue, CNRS-GRASS
Loïc Waquant, sociologue, Université de Berkeley
Claire Zalc, historienne, ENS-EHESS

Le malaise des historiens


par Catherine Coroller, Libération, mardi 2 octobre 2007 [extraits]

Ils craignent que la recherche sur l’immigration ne soit inféodée au pouvoir.

Nicolas Sarkozy tente-t-il de créer des think-tank de droite avec des chercheurs à sa botte sur les questions d’immigration et de colonisation? La prochaine inauguration d’un Institut d’études sur l’immigration et l’intégration et d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie suscitent une forte émotion dans les milieux scientifiques. Une pétition contre la création de l’Institut circule, coordonnée par Patrick Simon, chercheur à l’Institut national d’études démographiques (Ined), et devait être rendue publique la nuit dernière. D’autres universitaires, dont l’historien Gilles Manceron, réfléchissent à une « prise de position des milieux scientifiques » sur la Fondation.

Point commun entre les deux projets? « On assiste à une reprise en main de la droite en général et du gouvernement en particulier dans le domaine de la production de recherche sur les questions d’immigration, d’intégration, de mémoire et d’histoire de la colonisation, analyse Patrick Simon.
Le gouvernement fonde les décisions qu’il prend sur des diagnostics, et il est important pour lui que ces diagnostics soient partagés par la communauté scientifique. »Or, en matière d’immigration notamment, les chercheurs contestent certains diagnostics gouvernementaux, comme le fait que la France accueillerait plus de migrants que les autres pays.

[...] Parmi les points qui inquiètent les chercheurs, le fait que cette instance soit créée par le Haut conseil à l’intégration, dont le président est nommé par le Premier ministre. C’est d’ailleurs Brice Hortefeux qui « procédera à [l’]installation officielle » de cet institut, lundi prochain. Autre souci : sa présidente est l’historienne et académicienne Hélène Carrère d’Encausse, qui s’était fait remarquer en associant les émeutes en banlieue de l’automne 2005 et la polygamie. Enfin, des chercheurs figurant dans la liste des membres du Conseil scientifique affirment ne pas avoir donné leur accord. Ainsi, Elikia M’Bokolo, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) ou Paul Schor, maître de conférences à Paris X-Nanterre.

François Guéry, secrétaire général du HCI, ne voit pas où est le problème. « Nous sommes rattachés au Premier ministre, c’est normal qu’il confie l’inauguration de cet institut au ministre qui s’occupe de l’intégration ». « Les chercheurs sont libres, poursuit-il. Je n’ai jamais vu un chercheur ne pas être libre ». Pour lui, le rôle de l’Institut sera de présenter des préconisations au gouvernement :
« On va par exemple regarder comment les immigrés eux-mêmes planifient leur intégration, quel est leur souhait, leur stratégie . Il ne faudrait pas qu’une immigration mal agencée vienne mettre en cause le régime républicain. Il peut y avoir des ennemis de la République qui s’arrogent tous les moyens pour mettre les institutions en danger ». La présence de Carrère d’Encausse? « C’est quelqu’un d’absolument respectable. Certains ont mis en avant des déclarations, mais qui n’en a pas fait? » [...]


Catherine Coroller

Premier Ministre
Haut Conseil à L’Intégration
Communication
Paris, le 3 Octobre 2007


COMMUNIQUE DE PRESSE


Afin de donner toutes les informations nécessaires sur les futures missions de l’Institut d’études sur l’immigration et l’intégration, créé en son sein, et pour dissiper tout malentendu, le Haut Conseil à l’intégration, en accord avec la Direction de l’Institut, a décidé de reporter son installation officielle à une date qui sera communiquée prochainement.









PREMIER MINISTRE
HAUT CONSEIL A L’INTEGRATION

Paris, le 19 septembre 2007

Le Haut Conseil à l’Intégration présidé par Madame Blandine Kriegel, a le plaisir de vous annoncer la création en son sein, de l’Institut d’études sur l’immigration et l’intégration.

Monsieur Brice HORTEFEUX, Ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement, procédera a son installation :
le 8 Octobre 2007 à 16h30 au 101 rue de Grenelle, 75007 Paris.

Cet Institut a pour vocation de constituer un guichet unifié rassemblant des chercheurs, des universitaires, des administrations et des entreprises privées qui commanditent des recherches sur ces questions.
Cet Institut indépendant est associé au Forum mondial Métropolis dont il est l’antenne française.

Présidé par Mme Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de l’Académie française, son Conseil Scientifique réunit d’éminentes personnalités du monde de la recherche, des grandes écoles, de l’université, de l’administration et de l’entreprise.
Sa mission est de dégager les grandes lignes de recherche et de sélectionner des projets d’études qui seront financés par les administrations et les entreprises. Un Forum annuel rendra compte des résultats obtenus.

La direction de l’Institut est assurée par M. Gilles Képel, Professeur à l’Institut d’Etudes Politiques, son Secrétariat Général par M. François Guéry, Doyen de la faculté de philosophie de Lyon III, la direction du groupe de travail par Mme Catherine Withol de
Wenden, Directrice de recherches au CNRS.