Histoire coloniale et postcoloniale

Georges Frêche droit dans son fauteuil (de président)

publié le 19 mars 2006 (modifié le 10 juin 2019)

Ci-dessous, deux articles publiés dans Libération, samedi 18 mars 2006.

Les alliés locaux de Frêche ne lâchent pas leur président :
malgré son « dérapage raciste », les conseillers régionaux solidaires.




L’affaire Frêche n’a pas fini de bousculer la gauche. Alors que le PS espérait avoir réglé le problème en infligeant un blâme au président socialiste de la région Languedoc-Roussillon, « suspendu » des instances nationales après son dérapage sur les « sous-hommes » harkis, les Verts et les communistes font savoir qu’ils ne veulent pas en rester là.

Avis. Dimanche, le conseil national (Cnir) du parti écologiste sera saisi d’une motion demandant qu’en cas de non-démission de Georges Frêche, les Verts se retireront de l’exécutif régional. Cécilie Duflot et Yves Cochet, tous deux candidats à l’investiture des Verts pour la présidentielle de 2007, y sont favorables. Le sénateur Jean Desessard, autre aspirant à la candidature, n’avait, vendredi soir, pas d’avis sur la question. Dans l’entourage de Dominique Voynet, elle aussi postulante à la candidature, on se montre prudent : Jacques Archimbaud juge cette motion « assez masochiste ». Il ne voit pas pourquoi les Verts se puniraient parce que Frêche refuse de démissionner. En poussant cette logique, il faudrait, suggère-t-il, « demander la démission de tous les Verts siégeant aux côtés de socialistes qui refusent d’exiger la démission de Frêche ».

De toute façon, les écologistes de la région Languedoc-Roussillon n’ont aucune intention de démissionner, même si le Cnir le leur demande. « Nous ne sommes pas un parti stalinien. Nous gérons notre mandat comme nous le décidons nous-mêmes. Certes, le président a dérapé, c’est scandaleux, mais nous avons été élus pour mettre en oeuvre une politique, et nous voulons continuer », justifie Maryse Arditi, responsable du groupe des Verts au conseil régional
 [1]. Confirmation d’Yves Pietrasanta, grande figure de l’écologie languedocienne : « C’est vrai que ce n’est pas son premier dérapage raciste. Mais je connais Georges Frêche depuis longtemps et je sais qu’il n’est pas raciste. » « Parmi tous les membres du groupe Vert au conseil régional, aucun ne songe à se retirer », souligne Maryse Arditi. L’un des rares écologistes de la région à vouloir la rupture avec le PS, le conseiller du Gard Sylvain Pastor, s’est déjà fait exclure du groupe Vert par ses propres amis en novembre dernier.
 [2]

Critique. Côté communiste, plusieurs militants languedociens sont associés aux militants de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) pour lancer une pétition réclamant la démission de Georges Frêche. « Gayssot ergote sur le racisme ou non du terme de « sous-hommes », alors qu’avec sa politique clientéliste envers les rapatriés, qui va parfois jusqu’à l’exaltation de l’OAS, Frêche piétine sans cesse les valeurs antiracistes et anticolonialistes que nous défendons », s’insurge Jacques Bonnet, ancien conseiller municipal communiste de Montpellier.

Mais, là encore, Georges Frêche n’a aucun souci à se faire. Il peut compter sur l’ensemble de ses neuf conseillers régionaux, dont le plus important : Jean-Claude Gayssot, ancien ministre des Transports de Lionel Jospin, et auteur d’une loi condamnant la contestation des crimes contre l’humanité. « Si j’avais eu le sentiment que Frêche avait tenu des propos racistes, j’aurais quitté immédiatement sa majorité », assure aujourd’hui le leader communiste. « Mais je le connais bien. En disant « sous-hommes », il pensait à une personne « qui n’a pas de couilles », c’est-à-dire à une femmelette, et non pas aux Untermenschen des nazis. » Frêche traduit par Gayssot, c’est assez élégant.

Alain Auffray et Pierre Daum

© Plantu (Le Monde du 2 mars 2006)

La « revanche » des ex-alliés du FN


Pour Jacques Blanc et ses amis de l’UMP, montrés du doigt par les partis de gauche pour avoir fait alliance, en 1998, avec le Front national, les ennuis de Frêche sont l’occasion d’une revanche inespérée. Le président socialiste accusé de propos racistes, Blanc ne pouvait rêver mieux. Hier matin, à l’ouverture de la séance plénière du conseil régional, les élus UMP ont posé en défenseurs des valeurs antiracistes devant photographes et caméras de télévision. Depuis les bancs de l’opposition, ils ont brandi des pancartes affirmant : « Comme nos frères harkis, nous sommes des sous-hommes. » Traités de « rigolos » par Georges Frêche, ils ont quitté l’hémicycle sous les huées de la gauche.

Pierre Daum

[1Sur les 67 sièges du Conseil régional, Georges Frêche en dispose de 43, dont 9 pour le PCF et 7 pour les Verts. Aucun de ces alliés minoritaires ne peut donc faire chuter seul la majorité.

[2Ndlr : Le Conseil national inter-régional des Verts (CNIR) a voté, le 18 mars, une motion condamnant les propos récents de George Frêche et demandant son remplacement dans les plus brefs délais, faute de quoi les Verts menaçaient de suspendre leur participation à la majorité. « C’est une politique globale qui est en cause, il ne s’agit pas des dernières déclarations de Frêche mais d’un mode de gestion, de son clientélisme », avait alors déclaré Pierre Minnaert (Verts), conseiller régional d’Ile-de-France.