Scènes de chasse à l’Arabe sur les Champs-Elysées

publié le 25 novembre 2009 (modifié le 30 août 2019)

Anyss Arbib, Français d’origine marocaine demeurant à Bondy (93), est étudiant en quatrième année de Sciences-Po Paris. Il raconte ce qu’il a vécu sur les Champs-Elysées, mercredi 18 novembre, soir de la qualification de l’Algérie pour la Coupe du monde de football : des « violences policières aveugles » à l’encontre de personnes “issues de l’immigration”.
Un témoignage sur une « guerre franco-française » à verser au dossier du débat lancé par les pouvoirs publics sur la notion d’“identité nationale”.

Ces discriminations au faciès que subissent quotidiennement des milliers de Français ou de présumés étrangers, lors des contrôles de police, ne peuvent être tolérées au pays qui a « inventé les droits de l’Homme » (Nicolas Sarkozy [1]).



Communiqué du collectif « Police + Citoyens » [ 24 novembre 2009 ]

Contrôle au faciès : les associations demandent une initiative gouvernementale d’urgence

Le journal Libération rapporte dans son édition datée du 24 novembre 2009 le témoignage accablant de Anyss Arbib, qui confirme la discrimination au faciès que subissent quotidiennement des milliers de Français ou de présumés étrangers, lors des contrôles de police.

Pour ces citoyens, les humiliations sont le lot quotidien. Depuis trop longtemps, les enquêtes se succèdent, dont une étude récente du CNRS (*), pour dénoncer les contrôles d’identité au faciès, sans qu’aucune mesure ne soit prise.

Ces personnes dont l’identité est systématiquement contrôlée, parfois plusieurs fois par jour, à cause de la couleur de leur peau ou d’une origine supposée, nous disons aujourd’hui que la République doit les entendre.

Car il ne faut pas s’y tromper. Notre cohésion nationale est en jeu. Les contrôles au faciès divisent la population, et donnent l’impression à certains que, quoi qu’ils disent, quoi qu’ils fassent, ils ne feront jamais partie de la communauté nationale. Ils seront, à vie, présumés irréguliers, présumés coupables.

Plusieurs associations se sont réunies au sein du collectif « Police + citoyens » : le CRAN, Banlieue active, HUI Ji, AC le feu, LDH, ENAR France etc…
 [2]

Ces associations demandent au gouvernement d’adopter sans délais qu’à l’issue de chaque contrôle d’identité, le policier délivre à la personne contrôlée une attestation, où figurent : le numéro de matricule du policier, le nom de la personne contrôlée, ainsi que la date, le lieu, et le cadre légal du contrôle.

Ces associations souhaitent que chaque policier puisse être identifié par un numéro de matricule, qu’il portera sur lui d’une manière visible par les usagers.

Le 8 décembre prochain le collectif organisera (en partenariat avec l’Open Society Justice Initiative & la Maison de l’Europe) à la Maison de l’Europe : 35 rue des Franc-Bourgeois Paris 4ème ; un colloque intitulé « Une police au service de tous les citoyens ». Ce colloque permettra à des policiers venus d’Europe et des Etats-Unis, d’expliquer la mise en place des attestations de police dans leurs pays respectifs

Ces associations lanceront ensuite une campagne nationale pour la mise en place de ces attestations de contrôles en France.

Elles demandent au gouvernement de se prononcer en faveur de ces mesures pour en finir avec la discrimination au faciès.

Nous sommes profondément attachés à la police républicaine, et c’est au nom de ce lien, indestructible, qui doit exister entre la police et ses administrés, quels que soient leur âge, leur religion, leur mode de vie ou leur couleur de peau, que nous appelons à agir, pour en finir avec les contrôles au faciès.

 


(*) En France une enquête rendue publique le 29 juin 2009, réalisée conjointement par la fondation américaine Open Society Justice Initiative et par deux chercheurs du CNRS a démontré d’une manière indiscutable l’existence de pratiques policières fondées particulièrement sur l’âge et la couleur de la peau, et non sur le comportement des personnes contrôlées, comme l’exige la loi. Cette enquête a été réalisée sur 5 sites parisiens (autour de la Gare du Nord et de la station de RER/métro Châtelet-Les Halles). Elle indique que les individus ressentis comme « Arabes » ont été 7 fois plus contrôlés que ceux perçus comme « Blancs ». A la station Châtelet-Les Halles, la probabilité de contrôle des « Noirs » était, elle, 11 fois et demie plus grande que celle des « Blancs ». [3].
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« Dégage, sale Arabe ! »

[Extrait du témoignage d’Anyss Arbib [4]]


Peu après, la voiture dans laquelle se trouve le frère de mon ami arrive. On décide de partir. A ce moment-là, on voit un CRS fracasser le nez d’un jeune d’un coup de matraque net et précis. On regarde, atterrés. Un CRS s’approche de notre voiture, tape du poing sur la tôle et lance : « Qu’est-ce que tu regardes ? Dégage, dégage ! » Je commence à trouver cela révoltant. J’ai l’impression que nous ne sommes plus dans un Etat de droit. On est livrés à une police qui agit comme elle le veut, qui déploie une violence incroyable sans légitimité. Porte Maillot, il n’y a pas de casseurs. Au policier qui me demandait ce que je regardais, je lui réponds : « Je regarde devant moi, je connais mes droits, je suis étudiant à Sciences-Po. » Réponse : « J’emmerde Sciences-Po ! » Je lui fais observer que je suis poli avec lui et qu’il n’a pas à utiliser un tel langage. Il coupe court : « Ferme ta gueule. » Son collègue me pulvérise sur le visage un gel lacrymogène. C’est la première fois que cela m’arrive. C’est une agression gratuite. Un geste injustifiable. Je n’arrive plus à respirer. Je sors de la voiture, je m’allonge par terre. J’ai la sensation d’agoniser en étouffant. Mon ami est dans le même état. Quand je reprends mes esprits, j’essaie d’avoir des explications. On me dit : « Dégage, sale Arabe !  » Après coup, mes copains m’ont dit : « Sciences-Po ou pas, tu restes un Arabe ! » Ce soir-là, j’ai eu l’impression que la police agissait en se disant : « Ils nous ont fait chier sur les Champs-Elysées, on va les castagner avant qu’ils ne rentrent, pour marquer les esprits. » Quand il y a des manifestations de ce type, on se retrouve identifié comme un ennemi dans sa propre République. Or les seuls points communs entre un casseur et moi, c’est qu’on est tous les deux français et qu’on a tous les deux le teint bronzé. A part ça, je n’ai pas plus de point commun avec lui qu’avec quelqu’un qui promène son chien avenue Foch. Je ne suis pas dans la victimisation. Je me suis toujours battu pour atteindre mes objectifs en utilisant l’offre qui est faite à tout citoyen. Je veux juste témoigner des dérives auxquelles j’ai assisté. Des gens se sont battus pour avoir des droits dans ce pays, je ne veux pas que, plus tard, mes enfants subissent encore ce genre d’injustices.

Anyss Arbib


Le « sale arabe » de Sciences-Po porte plainte contre la police
 [5]

Après avoir pris comme avocat, Jean-Pierre Mignard, l’ex-président de l’association de Ségolène Royal Désirs d’Avenir, il s’est rendu mardi à l’Inspection générale des services, la police des polices :

« J’ai déposé plainte contre trois agents des forces de l’ordre, deux pour jet de gaz lacrymogène sur ma personne et un pour insulte raciste. Les policiers de l’IGS ont écouté mon récit et m’ont indiqué qu’une enquête allait être ouverte.

Ils m’ont aussi précisé que ce n’était pas la seule plainte déposée qui concerne ce soir-là, pour des violences plus graves encore, des fractures notamment. Je ne suis donc pas un cas isolé. »

[Note ajoutée le 2 décembre 2009]

[1Discours à Nice, le 30 mars 2007.

[2Contacts :
CRAN Patrick LOZES 06 85 93 95 45
LDH - ENAR France Malik SALEMKOUR 06 07 12 64 37

ENAR : Réseau européen contre le racisme.

[4Source : le blog de Richard Descoings, directeur de Sciences Po Paris, ou le site de Libération.

[5Publié sur le site Rue89, le 2 février 2009 à 19H11 : http://www.rue89.com/2009/12/02/le-... .