Retour sur les « émeutes » de novembre 2005, par SUD-intérieur

publié le 16 juillet 2006 (modifié le 29 août 2019)

Serge Rabineau, policier de SUD-Intérieur, revient sur les révoltes de novembre 2005 dans un entretien accordé à Vert n° 7 (juillet 2006), mensuel du parti politique Les Verts.

  • Vert : Quelle est la part de responsabilité des forces de l’ordre dans le déclenchement des révoltes de novembre 2005 ?

Serge Rabineau : Le problème fondemental des services de police, c’est qu’on leur demande du résultat : « faire du chiffre », avoir le plus de gardes à vue, le plus d’affaires élucidées, dans chaque service, à tous les échelons. Et c’est vraiment Sarkozy qui a mis l’accent là-dessus. regardez les brigades anti-criminalité (BAC) : alles sont censées faire de la prévention, éviterles incidents, mais en réalité elles les provoquent. On envoie toujours les BAC parce qu’on sait qu’elles ramènent des gardes à vue. Quand il ne se passe rien, certains fonctionnaires des BAC peuvent être tentés de contrôler des jeunes que l’on sait pouvoir être porteurs d’un bout de shit sur eux. Ou alors on houspille quelques jeunes, en attendant qu’ils réagissent, pour les accuser ensuite d’outrage et rébellion, parce que c’est le délit le plus simple pour avoir une affaire élucidée sans effort. Et pour un jeune de 15-16 ans, c’est dur de garder son calme , de peur de perdre la face devant ses copains. Mais il existe des techniques gestuelles pour diminuer la tension dans ces situations... ou pour l’augmenter. Ce productivisme de la « bâtonnite » est à courte vue : on n’est pas une assemblée d’actionnaires qui devrait avoir une rentabilité quantifiée tous les ans...

  • Pourquoi les policiers bénéficient-ils d’une telle impunité ?

La plupart du temps, en cas de litige entre un policier et des habitants, c’est parole contre parole. Et la magistrature a tendance à suivre la police, tout simplement parce qu’elle en a de plus en plus besoin, car un magistrat peut difficilement aller à son encontre. En quelque sorte, le policier est juge et partie, puisque c’est le fonctionnaire de police impliqué qui rédige le PV et le transmet à la police judiciaire. Sans compter les ITT (Interruptions temporaires de travail) de complaisance fournies aux policiers soi-disant victimes. Parfois il suffit de quelques policiers pour instaurer de mauvaises relations. Dans mon commissariat, je me souviens que deux fonctionnaires seulement étaient à l’origine de la moitié des délits d’outrage et rébellion.

  • Nous proposons la création d’un « corps de citoyens » autorisé à être physiquement présent auprès des forces de l’ordre en action : est-ce que cela serait utile pour instaurer un contrôle indépendant et régulier des pratiques policières ?

S’il dispose d’un vrai pouvoir, c’est une très bonne idée ; cette « réserve citoyenne » devrait aussi avoir mandat pour inspecter tous les lieux de détention. Les parlementaires aussi devraient jouer leur rôle, avec des commissions d’enquête tous les ans, comme aux Etats-Unis.


Propos recueillis par Manuel Domergue, Nadia Redon et Eros Sana.