Recensement « ethnique » en Nouvelle-Calédonie

publié le 24 mars 2009 (modifié le 8 octobre 2019)

« Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a émis un avis favorable au projet de décret fixant la date et les modalités d’organisation d’un recensement général de la population de Nouvelle-Calédonie en 2009. Le recensement se déroulera en juillet et août 2009 et contrairement à celui de 2004 comprendra des questions relatives à l’appartenance à une communauté. » [1]

La question devrait être : « à quelle(s) communauté(s) estimez vous appartenir ? », à laquelle on pourra répondre en cochant une ou plusieurs des neuf cases proposées (Européenne, Indonésienne, Mélanésienne, Vanuatuaise, Tahitienne, Vietnamienne, Wallisienne-Futunienne, Autre Asiatique et Autre tout court).

Cette façon de procéder, dans un pays où « le climat [reste] tendu » [2], est-elle un signe que l’on est décidé à entendre ceux qui disent : « Ne pensez plus pour nous. Laissez-nous venir à notre façon dans l’histoire du monde. Avec notre propre conscience de la terre, notre conception de la vie et du bonheur, de la place de l’homme parmi ses frères et du mode de satisfaction de ses véritables besoins. Laissez-nous poser notre pierre personnelle à l’édifice d’un pays multiracial. [3] » ?

En 2009, le recensement sera aussi ethnique

[Les Nouvelles Calédoniennes, le 12 mars 2009 [4] ]





Un, deux, trois... et probablement jusqu’à 250 000 habitants ou un peu plus. En août, la Calédonie va officiellement se recompter. Avec données ethniques, donc probablement sans boycott. Histoire de lever les doutes sur les chiffres de 2004.

C’était annoncé depuis la fin de l’année dernière, et c’est officialisé depuis hier par le gouvernement : le recensement général de la population, édition 2009, commencera fin juillet. Relevant de la compétence de l’État, il s’effectuera sous l’autorité de l’Institut national de la statistique et des études économiques, avec les moyens techniques de l’institut territorial. Durant quatre semaines, quelque 600 agents recenseurs et une cinquantaine de contrôleurs, préalablement formés, sillonneront la Grande Terre et les îles, de maison en immeuble, de case en cabane, avec un double questionnaire. L’un des volets du recensement sera individuel et à caractère nettement démographique : nom, sexe, âge, nationalité, ethnie, lieu de naissance, lieu de résidence, niveau d’études, emploi, formation, etc. L’autre volet concernera le logement : nature de la construction, propriété ou location, nombre de pièces, mode d’éclairage, équipement sanitaire et ménager, etc.

Les données recueillies permettront de donner, en fin d’année 2009, le chiffre réactualisé de la population légale du pays et des communes, fondamental puisqu’il conditionne le niveau des dotations budgétaires en provenance du territoire ou de l’État. Puis dans les mois suivants, viendront des analyses socio-économiques sur l’habitat, l’emploi, l’équipement des ménages, etc.

Bref, les outils habituels d’un recensement, mais mieux, bien mieux qu’en 2004. Car le dernier comptage, contrairement aux précédents et à cause des pudeurs de Jacques Chirac qui avait trouvé la chose « proprement scandaleuse », ne comportait pas de données ethniques. Du coup, impossible de mesurer la part respective des ethnies, et surtout la portée du rééquilibrage en faveur de la communauté mélanésienne, qui depuis vingt ans sous-tend le fonctionnement politique calédonien. L’Union calédonienne, fâchée, avait alors appelé au boycott du recensement. Et les chiffres de 2004 ont toujours été regardés avec suspicion
 [5].


Mais Chirac avait juridiquement tort. Les données ethniques ne sont ni illégales, ni scandaleuses, ni immorales dans un pays aussi pluriculturel que la Calédonie. Et elles refont leur apparition dans le recensement 2009, avec une formulation légèrement modifiée.

Elles sont deux. L’une demande simplement aux membres de la communauté mélanésienne d’indiquer leur tribu d’appartenance. L’autre est celle qui avait fait débat. En 1996, elle demandait aux habitants recensés : « À laquelle des communautés suivantes estimez-vous appartenir ? » Il fallait donc obligatoirement se rattacher à une ethnie, ce qui avait heurté un certain nombre de métis fiers de leur double appartenance. Cette année, la question devrait être : « A quelle(s) communauté(s) estimez vous appartenir ? » Suivent neuf cases à cocher pour Européenne, Indonésienne, Mélanésienne, Vanuatuaise, Tahitienne, Vietnamienne, Wallisienne-Futunienne, Autre Asiatique et Autre tout court. La présence du pluriel dans la question implique que l’on pourra cocher une, deux ou plusieurs cases. Le dépouillement sera plus compliqué, mais les métis s’y retrouveront.

Le dernier chiffre connu

244 410 habitants : c’est le chiffre estimé de la population calédonienne au 1er janvier 2008, sur la base du recensement 2004 complété par les chiffres de l’accroissement naturel et du solde migratoire au cours des années suivantes. Soit
4 020 personnes de plus qu’au 1er janvier 2007, chiffre lui-même en augmentation de 3 862 par rapport au 1er janvier 2006. La part de l’accroissement naturel (naissances et décès) entre en moyenne pour les trois quarts dans cette augmentation annuelle, et la part du solde migratoire pour un quart. Reste à savoir si les chiffres 2004 sont fiables. L’Isee a toujours estimé que oui, à plus ou moins 5 % près, parce qu’il existe des outils statistiques et mathématiques permettant de corriger les effets du boycott. D’autres ont avancé un chiffre de 300 000 habitants, et les indépendantistes ont souvent exprimé leur crainte d’une « immigration massive ». Le recensement de 2009 permettra de faire la part des choses.

Parfaitement légal

La loi « informatique et liberté » de 1978, qui interdit les références à l’appartenance ethnique en France métropolitaine, les autorise explicitement pour la Nouvelle-Calédonie dans l’alinéa 3 de son article 31. Argument retenu : « La Cnil (Commission nationale informatique et liberté) considère que le recueil de l’appartenance ethnique des personnes, compte tenu du caractère socio-démographique propre à la Nouvelle-Calédonie, répond à un motif d’intérêt public. » Seule condition : que le Conseil d’État l’autorise par décret. C’est à ce décret que le gouvernement a donné hier un avis favorable.

[1Communiqué, du 11 mars 2009, de la présidence du gouvernement de Nouvelle-Calédonie[[Source : http://www.gouv.nc/portal/pls/porta....

[2Cf l’article de Christian Darceaux publié dans Le Monde diplomatique en novembre 2008, « Climat tendu en Nouvelle-Calédonie » : http://www.monde-diplomatique.fr/20....

[3Extrait d’une lettre ouverte de Jacques Nyiteij, membre du directoire du parti travailliste, citée dans Politis du 10 juillet 2008.

[4Source de l’article : http://www.nouvelle-caledonie.gouv.....

[5Le document de l’INSEE concernant le recensement de 2004 : http://www.insee.fr/fr/themes/docum....