pour la réconciliation des mémoires françaises et algériennes

publié le 15 mars 2007 (modifié le 28 mars 2007)

L’association « Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons » commémore les 45 ans de l’assassinat de Château Royal.

Afin que nul n’oublie



par Mohamed Khaled Drareni, La Tribune, le 15 Mars 2007

L’histoire est entre de bonnes mains. C’est ce que nous ressentons de prime abord en écoutant les analyses pertinentes de Sylvie Thenault.
Historienne de renom, elle a fait partie de la délégation qui nous a rendu visite au siège de la rédaction hier matin.

Membres actifs de l’association « Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons », ils contribuent depuis des années à préserver la mémoire des six victimes assassinées par l’OAS il y a quarante-cinq ans.

Le 15 mars 1962, plus précisément au Château royal à Ben Aknoun, le commando Delta de l’Organisation de l’armée secrète dirigé par Roger Degueldre surgit dans la salle de réunion et ordonne à six présents de les suivre dans la cour centrale.

Ils seront aussitôt fusillés. Il s’agissait de Marcel Basset, directeur du Centre de formation de l’éducation de base à Tixeraïne (CSE d’Algérie), de Robert Eymard, ancien instituteur et chef du bureau d’études pédagogiques aux CSE, de Mouloud Feraoun, directeur adjoint au chef de service des CSE, ancien instituteur et écrivain, de Ali Hammoutene, inspecteur de l’éducation nationale, directeur adjoint aux CSE et ancien instituteur, de Max Marchand, chef de service aux CSE et ancien instituteur, et de Salah Ould Aoudia, ancien instituteur et inspecteur des centres de la région Alger-Est.

Ils étaient tous des dirigeants des Centres sociaux éducatifs d’Algérie.

Aujourd’hui, leur mémoire continue à être perpétuée par cette association à laquelle nous devons admiration et respect. Dirigée par Louisette Caux, elle-même inspectrice de l’éducation, l’association « Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons » axe son travail sur deux volets essentiels, le premier concerne les commémorations et le second, l’ancrage de ces moments douloureux dans l’actualité. Face aux commémorations timides qui avaient lieu le 15 mars de chaque année sur les lieux du crime, l’association se targue aujourd’hui d’avoir pu et su mobiliser davantage de personnes afin de se rappeler les sacrifices de ces Algériens et Français morts pour une cause noble. En plus de cela, l’association organise trois colloques par an. Ces derniers abordent nombre de thèmes intéressants tels que la littérature, l’histoire ou la sociologie. Quant au socle moral et si précieux, il s’agit bien évidemment des familles des victimes des six tués du Château royal. Ils ont eu à intervenir lors des débats d’hier auquel ont participé des journalistes d’autres rédactions que la nôtre. A ce sujet, madame Hammoutene, fille de Ali Hammoutene, nous a fait part de ses opinions toutes aussi poignantes les unes que les autres.

Son époux Thierry Basset, fils de Marcel Basset, a, lui aussi, évoqué le retour pernicieux des nostalgiques de tous bords. Ces derniers, représentant aux yeux de nos interlocuteurs une atteinte inadmissible à la mémoire et aux valeurs que défendaient avec acharnement les six victimes du 15 mars 1962.

Quant à l’historienne Sylvie Thenault, elle nous a donné un avant-goût de la conférence qu’elle devait animer hier après-midi à Tizi Ouzou.
Poursuivant leur travail de mémoire, l’association doit organiser ce matin à 10h00 un instant de recueillement sur le lieu même de la tuerie au Château royal à Ben Aknoun, et une conférence le jour même à 16h00 au palais de la culture Moufdi Zakaria.

Au bout d’une heure et demie de débats à la fois intenses et constructifs, nous ne pouvons que féliciter tous les membres de l’association « Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons ». Leur courage, leur témérité et leur recherche constante de la vérité ne quitteront jamais nos esprits.

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Il faut dépasser l’usage politique de l’histoire

par Naïma B., Le jeune indépendant, 15 mars 2007

Le meilleur travail pour la réconciliation de la mémoire entre la France et l’Algérie est la distinction des rôles, car ce travail doit être scientifique et dépourvu de passion, se basant sur des documents et des témoignages et non sur des opinions.

C’est ce qu’a affirmé hier une historienne membre de la délégation de l’association les amis de Max Marchand, Mouloud Feraoun et leurs compagnons, venue se recueillir à la mémoire des enseignants et intellectuels assassinés par l’OAS le 15 mars 1962 à El-Biar.

Soulevant la question des relations entre les deux pays, notamment l’écriture de l’histoire, l’oratrice a affirmé qu’« il faut dépasser l’usage politique de l’histoire ». Les membres de l’association ont dans une rencontre avec la presse, au siège du quotidien La Tribune évoqué la loi de février 2005 glorifiant la colonisation ainsi que la résurgence des anciens de l’OAS, qui sont « fiers de ce qu’ils ont fait […] et veulent perpétuer leur idéologie et blanchir leur image et l’histoire en se présentant aux élections ».

« Usant de la terreur pour relancer la guerre après les accords d’Evian, ils ont été amnistiés, mais les crimes doivent rester des crimes. La reconnaissance des crimes est aujourd’hui nécessaire », a-t-on affirmé. N’ayant pas encore oublié, ils ont commémoré, en mai dernier, l’anniversaire du départ du corps expéditionnaire pour conquérir l’Algérie.

Nombreux et puissants, ils exercent des pressions sur les maires et militent pour leur indemnisation et la reconnaissance de « leur rôle positif ». La glorification de leurs symboles avec la réalisation de stèles est une preuve, selon les défenseurs des victimes de l’OAS. « Cela est plus compliqué qu’une question de lobby et nous réfutons ce qui a été fait », a-t-on ajouté.