dans le rapport 2007 du Réseau Européen contre le racisme (ENAR)

Le racisme persiste en France

publié le 9 octobre 2008 (modifié le 22 décembre 2019)

Le Réseau Européen contre le racisme (ENAR) vient de publier son rapport 2007 sur le racisme en France [1].

En voici le résumé.

Le racisme et les discriminations sont toujours une réalité dans notre société française en 2007 et peuvent s’appréhender à plusieurs niveaux.
Se concentrer sur les communautés les plus vulnérables au racisme est
indispensable pour pouvoir mieux protéger ces populations, mais
l’identification reste complexe. En l’absence de statistiques précises sur les victimes de ces phénomènes, les discriminations à l’égard de certaines communautés sont néanmoins clairement identifiables :

  • Les Roms, essentiellement venus de Roumanie et de Bulgarie et les
    Gens du voyage sont toujours victimes de nombreux préjugés,
    d’attitudes de rejet au sein de la société et font fréquemment l’objet de
    discriminations spécifiques, que ce soit en matière d’habitat et de
    logement, de la non application de la loi Besson de juillet 2000 pour les
    personnes vivant en caravanes ou encore d’inscriptions des enfants
    dans les établissements scolaires.
  • Les étrangers en situation irrégulière sont toujours plus stigmatisés et victimes d’une politique très répressive en matière d’immigration. Ils
    évoluent dans un contexte où les arrestations massives dirigées par
    les forces de l’ordre sont de plus en plus fréquentes afin de répondre à
    des objectifs gouvernementaux chiffrés d’expulsion du territoire. Ce
    climat de terreur policière se conjugue avec une situation sociale très
    dégradée : la relégation dans les quartiers les plus défavorisés, dans
    des logements insalubres et l’exercice d’emplois difficiles et souspayés.
    Progressivement le gouvernement met en place des mesures
    que l’on peut qualifier de honteuses vis-à-vis de ces immigrés, tournant
    à une véritable xénophobie d’Etat : contrats « républicains » qui
    confondent intégration et assimilation, mesures restrictives du
    regroupement familial avec la possibilité de recours à des tests ADN
    prouvant la filiation, ou encore renvois d’étrangers malades dans des
    pays où ils ne peuvent se faire soigner…
  • Les « maghrébins », « arabes » ou « musulmans » sont trop souvent
    confondus, ce qui témoigne d’une méconnaissance profonde et de
    nombreux préjugés à l’égard de l’Islam. Suspectés a priori
    d’extrémisme, voire de terrorisme compte tenu de certains contextes
    internationaux, ces populations subissent des mesures de profilage
    racial et des contrôles au faciès.
  • Les jeunes de banlieues issus de l’immigration, sont collectivement
    identifiés par nombre de leurs concitoyens mais aussi par certains
    hommes politiques comme les responsables de nombreux troubles qui
    se sont produits ces dernières années. A cette stigmatisation constante
    s’ajoute de nombreuses discriminations qui se cumulent, tant dans
    l’emploi que l’éducation ou le logement.

Un processus cumulatif de phénomènes trouvant leur origine dans le racisme et les discriminations conduit à une réelle exclusion sociale. C’est en effet dans tous les domaines de la vie sociale que se vivent ces discriminations :

  • L’emploi est le secteur le plus touché par ces phénomènes. Les
    testings réalisés montrent bien que les jeunes immigrés ou enfants de
    familles immigrées ont beaucoup plus de difficultés à se faire
    embaucher. Outre le recrutement, c’est aussi du point de vue du
    chômage mais également des revenus que les inégalités se
    comptabilisent.
  • Le logement est également un secteur très problématique dans la
    mesure où la pénurie de logements sociaux entraîne des situations de
    grande précarité auxquelles les étrangers sont davantage confrontés.
  • L’école « républicaine » qui devrait normalement réparer ces injustices
    ne fait que reproduire des schémas inégalitaires. Encore une fois les
    enfants d’étrangers sont moins bien lotis : ils obtiennent de moins bons
    résultats et décrochent plus vite du système éducatif.

Or une société démocratique ne peut tolérer de laisser de côté des franges entières de la population. C’est normalement à l’Etat qu’incombe la mission de réparer ces injustices. Mais si au sein de l’opinion publique on mesure une tendance à la « décrispation » à l’égard des étrangers, le resserrement semblerait se produire au niveau étatique. Progressivement se développent de manière décomplexée des discours stigmatisants et s’instaurent des lois, des directives et circulaires qui vont clairement à l’encontre de la dignité de nombreux de nos concitoyens, résidents ou nationaux. Les immigrés en situation irrégulière en sont les premières victimes, mais ce phénomène frappe désormais généralement tous les étrangers. En parallèle, la mise en
place de certaines mesures économiques et sociales ne fait qu’accroître les inégalités. Et c’est souvent dans ces contextes de fortes préoccupations, voire de crises que les manifestations de racisme et de discriminations se développent.


En 2007, la situation est particulièrement préoccupante car résultant d’une imbrication de manifestations de racisme qui s’opèrent tant à l’échelle individuelle que sociétale dans de nombreux domaines. Au niveau collectif, c’est l’ancrage persistant de préjugés et le développement, au plus haut niveau, d’une idéologie xénophobe qui nous préoccupe.

[1Il est téléchargeable : http://cms.horus.be/files/99935/Med....