la famille Donnat à Perpignan

publié le 24 mai 2008

La famille de Gaston Donnat est venue, à Perpignan le 29 février 2008, témoigner que tous les pieds-noirs n’avaient pas été de l’OAS. Le lendemain, près de deux cents personnes ont manifesté à l’appel du Cercle algérianiste leur attachement au “Mur des disparus”, seul lieu consacré à « la mémoire de leurs familles ».

L’affaire de la famille Donnat repose la question du nombre et de l’exactitude des dossiers de disparus : il faut établir une liste qui ne puisse être contestée. Ce travail devrait être confié à des historiens, sous la responsabilité d’un comité scientifique indépendant de la mairie et de toute association mémorielle, comité dont le collectif départemental réclame la constitution pour piloter un véritable « centre de documentation sur l’histoire franco-algérienne ». Sans attendre, il faudrait qu’une plaque rende hommage à toutes les victimes de la guerre Algérie.

[Publié le 4 mars 2008, mis à jour le 24 mai]

La famille Donnat à Perpignan le 29 février 2008 (L’Indépendant, le 1er mars 2008).

« Les pieds noirs, c’est pas seulement l’OAS »

par Sandra Canal, L’Indépendant, le 1er mars 2008 (extraits)

La famille de Gaston Donnat, dont le nom a été gravé “par erreur” dans le mur des Disparus, était hier à Perpignan. Yvan, Joëlle et Liberté ont dénoncé l’absence de vérification de la part de la mairie.


Aux côtés d’Yvan, Joëlle sa soeur et Liberté leur maman, 90 ans. Ensemble pour dire leur colère : « Si notre père qui est décédé l’an passé savait que son nom apparaît aux côtés d’assassins de l’OAS, ces mêmes tueurs qui nous avaient condamnés à mort... Cela aurait fini de l’achever !  » Hier matin, ils ont donc souhaité voir de leurs propres yeux ce mur érigé tout près du Couvent Ste Claire. Impossible. Les hautes grilles sont cadenassées. Les Donnat ont bien compris qu’ils n’étaient pas les bienvenus. « A La Ciotat, il y a probablement le double de pieds-noirs qu’a Perpignan. Jamais pourtant je n’ai connu cet état d’esprit, cette pensée unique qui consiste depuis 1962 à dire que les pieds-noirs, c’est l’OAS. On se sent étrangement revenir à l’époque de la terreur...  »


Sandra Canal


« Les nostalgiques de l’Algérie française oublient les 132 ans de colonialisme avec ses dégâts et ses nombreuses victimes »

par Alain Raynal, L’Humanité, le 3 mars 2008 (extraits)


Yvan et sa soeur reviennent sur le fond et le sens de leur engagement familial en Algérie. « Les drames ne peuvent se résumer aux dernières années de la guerre, les nostalgiques de l’Algérie française oublient les 132 ans de colonialisme avec ses dégâts, ses reculs et ses nombreuses victimes », explique Yvan. Sa soeur ne peut oublier, témoigne-t-elle avec beaucoup d’émotion, « cette terrible douleur d’avoir vu des vieillards mitraillés dans la rue  », ou « des types de l’OAS fournir des armes à des jeunes pieds-noirs  ». La famille se réserve la possibilité d’engager des poursuites, tout en soulignant qu’il ne peut être question pour elle de « rentrer dans le jeu qui consiste à s’envoyer des morts à la figure  ».


Alain Raynal

« Assez de nous traiter d’assassins »

par Barbara Gorrand, L’Indépendant, le 2 mars 2008 (extraits)

« L’affaire Donnat a pas mal secoué notre communauté ». Un euphémisme. Non, la communauté pied-noire n’a pas été secouée. Elle a été blessée. Parce que “l’affaire Donnat”, du nom de cette famille qui s’est retrouvée par erreur inscrite sur le Mur des Disparus, ravive des plaies encore à vif. Des plaies que beaucoup pensaient avoir refermées le 25 novembre dernier en inaugurant ce mémorial, seul cénotaphe obtenu après 45 années de vide. Et hier, c’est par centaines que les familles de Disparus sont venues montrer leur profonde détermination devant le restaurant Café Vienne, soudées par des années de peine partagée.

En sous-sol, entourant la présidente du Cercle algérianiste de Perpignan, Suzy Simon-Nicaise, et le président national, Thierry Rolando, une dizaine de proches de disparus attendaient, à leur tour de pouvoir s’exprimer. « Cette conférence nous permet de rappeler la vocation de ce mémorial, entamait Thierry Rolando. Il permet de réparer un oubli, puisque depuis 45 ou 46 ans, ces familles sont dans la souffrance, dans le deuil, et n’ont pas de lieu pour la mémoire de leurs familles. »

« Assez de nous traiter d’assassins ! Mon père n’était pas un assassin, ce n’était pas un meurtrier », s’écriera d’ailleurs Josette Gonzalez.

Mais c’est par un voeu d’apaisement, et de reconnaissance du drame des familles de disparus, que s’achevait la conférence de presse. « Aujourd’hui encore, au niveau de l’Etat, ce scandale est méprisé. S’il vous plaît, ouvrons ce livre et essayons de nous entraider pour pouvoir enfin tourner cette page ».

Barbara Gorrand


A l’extérieur, brandissant comme des talismans les portraits des membres de leur famille disparus en Algérie, prés de 200 personnes ont demandé à ce que l’on traite leurs défunts avec respect (Fred Vennarecci, L’Indépendant).