communiqué de la LDH

l’appel de Perpignan

publié le 21 novembre 2007 (modifié le 23 novembre 2007)

Deux communiqués pour dire l’inquiétude suscitée par la prochaine inauguration d’un “Mur des disparus” à Perpignan, l’un à l’initiative de la LDH et l’autre émanant de deux associations de descendants de victimes de l’OAS. Tous deux déplorent une manifestation qui risque de relancer une nouvelle guerre des mémoires.

[Première mise en ligne le 7 nov. 07, mise à jour le 21 nov. 07]

APPEL DE PERPIGNAN

le 7 novembre 2007




Alors que le discours sur les bienfaits de la colonisation semble être revenu à la mode, tout ce que la France compte de nostalgiques de l’Algérie française et d’apologistes du colonialisme lève la tête. Divers projets s’inscrivent plus ou moins dans cette perspective, tel le Mémorial national de la France d’outre-mer annoncé à Marseille, le Musée de l’histoire de la France en Algérie à Montpellier, et à Perpignan un Centre de la Présence Française en Algérie.

Le projet le plus avancé, celui de Perpignan, devrait ouvrir ses portes en 2008, dans un espace public où sera également érigé un « Mur des disparus, morts sans sépulture en Algérie (1954-1963) ». L’inauguration de ce mur a été annoncée pour le 25 Novembre prochain, à l’occasion du Congrès national des Cercles algérianistes.

La réalisation de ce « mur-musée » suscite particulièrement notre inquiétude :

  • il instrumentalise les mémoires et les souffrances réelles et légitimes de certaines victimes européennes disparues lors de l’indépendance de l’Algérie, et il en occulte d’autres ;
  • il développe le discours du « rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » que l’article 4 de la loi du 23 février 2005, retiré depuis, prétendait officialiser ;
  • il contrevient gravement au rôle assigné à des projets publics qui est de transmettre aux citoyens les principaux acquis de la connaissance historique, sans porter de jugements de valeur, sans taire les souffrances, sans oublier aucune des victimes.
  • il a été confié par le sénateur-maire UMP de Perpignan Jean-Paul Alduy au Cercle algérianiste, organisation de nostalgiques de l’Algérie coloniale qui est loin de représenter tous les rapatriés d’Algérie et dont les responsables ont participé en 2003, avec le maire-adjoint Jean-Marc Pujol chargé de ce dossier, à l’inauguration d’une stèle à la mémoire « des héros de l’OAS ».
  • il prétend ignorer les travaux des historiens réunis sous l’égide de l’Université de Perpignan dans leur rapport « Montrer l’Algérie au public. Pour en finir avec les guerres de mémoires algériennes » publié sur le site de cette université.

Tous les ingrédients idéologiques sont présents pour enflammer une nouvelle guerre des mémoires, pour diviser et attiser la haine et le communautarisme.
Les signataires de cet appel y sont résolument opposés. Tout comme ils sont inquiets de l’annonce par le Premier Ministre de la création en 2008 d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie en application de l’article 3 de cette même loi du 23 février 2005, article que ses deux prédécesseurs avaient, compte tenu des réactions que cette loi avaient provoquées, eu la sagesse de ne pas mettre en œuvre.

Nous soussigné/es,

  • soutiendrons les musées, centres de documentations ou mémoriaux où s’écrirait l’Histoire : celle des colons, des immigrants et des militaires, mais aussi celle des colonisés, ce qui implique de travailler aussi avec des historiens algériens ;
  • soutiendrons toutes les réalisations qui, sans privilégier ni ignorer aucune mémoire, chercheraient à poser un regard apaisé sur ce passé et s’inscriraient dans une démarche de réconciliation pour l’avenir.


Le Collectif « Non au musée de la Mairie de Perpignan à la gloire de la colonisation » :

AFMD-DT66, AFPS 66, ANACR 66, ANCAC 66, ARAC 66, ASTI 66, ATTAC 66, CFDT Interco 66, Coup de Soleil des P-O, CGT UD 66, France El Djazaïr, FSU 66, LCR 66, LDH 66, Mouvement de la Paix 66, MRAP 66, UNSA 66, PCF 66, SURVIE 66, Verts 66, Femmes Solidaires 66.

Les organisations nationales :

Anciens Appelés en Algérie contre la guerre, Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, Au nom de la mémoire, Association des combattants de la cause anti-coloniale (ACCA), Association Harkis et Droits de l’Homme, Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO), Association des Marocains en France (AMF), Association des travailleurs maghrébins en France (ATMF), Association républicaine des anciens combattants (ARAC), ATTAC-France, Collectif du Volvestre (31), Comité Vérité Justice pour Charonne, Coup de soleil, Diversi-T37, Fédération IFAFE, France-Algérie, FSU, Jeunes radicaux de gauche (JRG), Ligue des droits de l’Homme (LDH), Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), Mouvement de la paix, Mouvement des jeunes socialistes (MJS), MJCF, Parti communiste français (PCF), Réseau international Frantz Fanon, SURVIE, UNEF, UNSA, UNSA Education, Union Peuples et cultures.


L’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO) et l’association « Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons » nous ont adressé le communiqué commun suivant.


COMMUNIQUÉ

Le souvenir des disparus sans sépulture de la guerre d’Algérie est respectable, comme celui de toutes les victimes de ce conflit.

Il est une mémoire tout aussi estimable et qui mérite d’être célébrée également : celle des victimes civiles et militaires de l’OAS, dont certaines ont été citées à l’ordre de la Nation et ont vu leur acte de décès revêtu de la mention « Mort pour la France ».

Or, cette mémoire-là est, à Perpignan comme dans d’autres lieux, non seulement ignorée mais même méprisée et bafouée par des monuments élevés, sur le domaine communal, en hommage à cette organisation du crime, responsable d’attentats et assassinats en série commis dans le but de renverser la République.

Cette mémoire-là est, à Perpignan et ailleurs, piétinée et les institutions outragées, lors des rassemblements publics dont ces stèles de la honte sont le théâtre : le déshonneur s’y accomplit lorsque d’anciens activistes inclinent le drapeau de la France pour exalter le souvenir de quatre des leurs, condamnés à mort à raison de la gravité de leurs forfaits.

Il faut savoir que les promoteurs du « Mur des disparus » sont les mêmes que ceux qui ont contribué à la réalisation et participé à l’inauguration, le 5 juillet 2003, de ce monument glorifiant l’OAS et ses tueurs emblématiques.

En limitant aux seuls disparus sans sépulture la portée d’un hommage dont nul ne conteste la justification, les artisans du « Mur », nostalgiques de l’Algérie coloniale, s’approprient une douleur qui n’appartient qu’aux veuves et aux descendants de victimes.

Proches des anciens de l’OAS, ils établissent une discrimination entre les victimes.

Persuadées que les familles de disparus ne sauraient se reconnaitre dans les sympathisants d’une organisation terroriste ayant commis de nombreux crimes racistes, l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS et l’association « Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons » dénoncent cette insupportable instrumentalisation des souffrances.

Honorer, sans distinction, TOUTES les victimes de la guerre d’indépendance de l’Algérie aurait été de nature à favoriser la réconciliation de TOUTES les mémoires blessées.

Le 25 novembre 2007, à Perpignan, un clan continue d’attiser les conflits mémoriels.

Les deux associations soussignées exigent des autorités compétentes le déplacement dans un lieu privé du cénotaphe présent au cimetière du Haut-Vernet et l’interdiction de tout projet de manifestation apologétique de l’OAS sur le domaine public ».

Paris, le 21 novembre 2007.