harkis : le président a oublié la promesse du candidat

publié le 7 décembre 2007 (modifié le 25 décembre 2009)

A son retour d’Algérie, le 5 décembre 2007, le président Sarkozy a reçu 150 représentants d’anciens combattants d’Afrique du Nord, de rapatriés et de harkis.

Il a rendu hommage à leur douleur et les a invités à tourner la page en nouant des relations nouvelles avec l’Algérie. Il a évoqué le sort des harkis qui ont cru en la parole de la France mais qu’elle a mal reçus, et les réparations qu’elle leur doit, ainsi qu’à leurs
enfants. La demande pour les harkis et leur famille de la liberté d’aller en Algérie qu’il a formulée au président Bouteflika a été aussi évoquée.

Mais le candidat Sarkozy avait promis, le 31 mars dernier, en recevant une centaine de représentants de harkis : « Si je suis élu président de la République, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre de harkis ». De cette reconnaissance officielle, il n’a pas été question dans l’allocution prononcée par le président.

Réception à l’Elysée, le 5 décembre 2007 à 18 h (Service photo Elysée - M. Klein)

Nicolas Sarkozy affirme que la France doit réparation aux harkis

par Elizabeth Pineau, Reuters, 5 décembre 2007 20:33


De retour d’Algérie, Nicolas Sarkozy a rendu hommage mercredi soir aux anciens supplétifs musulmans de l’armée française durant la guerre d’Algérie, les harkis, à qui la France doit selon lui réparation.


« Pour la France, pour moi, la cause des harkis est une cause sacrée car on ne peut pas les tenir responsables d’avoir cru en la parole de la France », a déclaré le président à l’Elysée à l’occasion de la journée d’hommage aux combattants morts pour la France pendant la guerre d’Algérie (1954-62).
« Si une faute a été commise ce n’est pas par eux, c’est par la collectivité nationale qui leur a demandé de faire cela », a-t-il ajouté sous les applaudissements de quelque 150 représentants d’anciens combattants d’Afrique du Nord et de harkis réunis dans la salle des Fêtes du palais présidentiel.

Aux yeux du chef de l’Etat, il est « légitime et juste » que les harkis « reçoivent l’hommage solennel de la Nation ».
C’est une « question d’honneur », a-t-il dit. « Il faut réparer les fautes qui ont été commises ».
« A tous les harkis envers qui la France a une dette, je dis, au nom de la République, que la France leur doit réparation », a ajouté le président.

Nicolas Sarkozy n’a cependant pas répondu à la principale revendication des harkis, à savoir la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans le massacre de leurs pairs lorsque la France a quitté l’Algérie.

« Ce discours est dans la continuité de ceux que l’on a depuis 45 ans, c’est-à-dire un discours d’une grande lâcheté politique », a dit à la presse Bernard Coll, secrétaire général de l’association Jeunes pieds noirs, qui a déploré que le président ne tienne pas ses promesses de campagne électorale.

« RÉCONCILIATION »

« Si je suis élu président de la République, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre des harkis », avait déclaré Nicolas Sarkozy le 31 mars dernier devant des représentants de harkis réunis à son QG de campagne, à Paris.
Selon les historiens, entre 60.000 et 80.000 musulmans français ont été tués entre les accords d’Evian de mars 1962, qui mirent fin à la guerre proprement dite, et l’indépendance algérienne, en juillet 1962.
Seuls 10% du million de harkis qui s’étaient placés sous la protection de l’armée française ont pu s’établir en France entre 1962 et 1968. Le nombre des harkis et de leurs descendants en France est aujourd’hui évalué à plusieurs centaines de milliers.

Les harkis réclament l’indemnisation des biens spoliés et la réparation des préjudices moraux subis - soit au total plus de 40 milliards d’euros.

Nicolas Sarkozy a déclaré que le Conseil économique et social avait été saisi « pour étudier les conditions financières concrètes » et rappelé les termes la loi du 23 février 2005 « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ».
Le chef de l’Etat a dit avoir demandé au gouvernement de « mobiliser tous les moyens » pour aider les enfants de harkis en matière de recherche d’emploi.

Il a également confirmé la création, en 2008, d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie.

Durant sa visite en Algérie, de lundi à mercredi, Nicolas Sarkozy a dénoncé le système colonial « injuste » mis en place par la France en Algérie (1830-1962), tout en invitant les deux pays à se tourner vers l’avenir.
Dans son discours de l’Elysée, le chef de l’Etat a utilisé à maintes reprises le mot « réconciliation ».
« Ma génération doit porter le discours de la réconciliation, justement parce que ma génération n’a pas connu les souffrances que vous avez connues », a dit le chef de l’Etat, qui avait sept ans en 1962.

Le chanteur pied-noir Enrico Macias, a été « profondément ému » par le discours du président, qui a « dès son retour d’Algérie, tendu la main à tous les pieds noirs, à tous les harkis, à tous les rapatriés ».

ALLOCUTION DE M. LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE


Devant les Associations des Anciens Combattants d’Afrique du Nord
et de Rapatriés Harkis

Palais de l’Elysée - Mercredi 5 décembre 2007

Mesdames et Messieurs,

Je vous prie de bien vouloir excuser mon retard, mais il faut traverser la méditerranée quand même ! Oui, dans les deux sens exactement.

En ce jour du 5 décembre, journée nationale d’hommage aux combattants morts pour la France en Afrique du Nord, et alors que je reviens à l’instant de ma première visite d’Etat en Algérie, permettez-moi de vous dire tout le plaisir et toute la fierté que j’éprouve à vous accueillir dans cette maison, l’Elysée, qui est la vôtre comme elle est celle de tous les Français.

J’ai voulu être auprès de vous pour célébrer cette journée où la France se souvient de ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie. Car si le temps est venu d’apaiser les mémoires déchirées par les drames du passé, oublier serait un reniement qui déshonorerait notre pays.

Le Ministre de la Défense a rappelé toute la reconnaissance que nous devons à tous ceux qui, au sein des forces armées ou des forces de l’ordre, ont répondu à l’appel de la Nation. Ils méritent notre respect, la profonde gratitude et la solidarité de la patrie, car à travers leur engagement et leurs sacrifices, ils ont assumé leur devoir dans une période particulièrement douloureuse et confuse de l’histoire de notre pays, période rendue encore plus difficile par la défaillance d’un régime qui vouait l’Etat à l’impuissance.
Près de 25.000 d’entre eux ont payé de leur vie leur engagement et la fidélité à leur pays et comme leurs aînés ils méritent que « sur leurs tombeaux, la foule vienne et prie ».

A tous les anciens combattants et à tous ceux qui sont morts pour la Patrie en Afrique du Nord, je veux redire ici solennellement la reconnaissance de la France.

C’est pour leur témoigner cette reconnaissance que j’ai voulu que paraisse, en ce 45ème anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, une promotion spéciale dans les ordres nationaux.

* * * * * * * *

Nos pensées vont aussi vers toutes les victimes civiles, de toutes origines et de toutes confessions, vers toutes les familles endeuillées et meurtries par ces années d’un long conflit entre des peuples qui avaient pourtant partagé tant d’épreuves, notamment en combattant côte à côte pour la liberté au cours des deux conflits mondiaux.

Ce soir je veux aussi saluer celles et ceux qui ont laissé leurs biens et une part importante de leur vie de l’autre côté de la mer, celles et ceux qui souffrent encore parfois aujourd’hui de l’incompréhension de leurs contemporains, celles et ceux qui ont trop longtemps été oubliés par la Nation.

Le système colonial était injuste. La France le reconnaît mais la France ne doit pas oublier les hommes et les femmes qui ont oeuvré de bonne foi pour leur pays, dans le respect de ses lois, et qui se sont sacrifiés parfois.

Reconnaissons le courage et la persévérance de ces Français d’Afrique du Nord qui avaient travaillé dur toute leur vie, qui avaient construit des routes, des hôpitaux, des écoles, des mairies, qui avaient enseigné, qui avaient soigné, qui avaient planté des vignes et des vergers sur un sol aride, qui avaient beaucoup donné à une terre où ils étaient nés et qui, un jour, ont tout perdu.

Je veux qu’on les respecte.

Je connais les conditions difficiles, dramatiques et les déchirements qui ont conduit au départ d’un million de femmes, d’enfants, d’hommes contraints à un exil forcé et douloureux et qui n’ont pas trouvé en France métropolitaine l’accueil qu’ils étaient en droit d’attendre et qui aurait permis d’atténuer les blessures.

Ces Français ont dû surmonter les contraintes d’une installation difficile et ont pris toute leur part à la construction d’une France moderne.

* * * * * * * *

Lorsque je parle de la France, ici comme à Alger, de son identité, de ses valeurs, je pense également aux Harkis. Il est légitime et juste qu’ils reçoivent l’hommage solennel de la Nation car, pour les Harkis aussi, si les accords d’Evian ont scellé la fin des hostilités militaires, ils n’ont pas marqué la fin des souffrances. D’autres épreuves douloureuses sont venues s’ajouter aux peines endurées au cours de huit années de guerre. [...]




Communiqué d l’Association Harkis et droits de l’Homme

Paris, le 5 décembre 2007

L’association Harkis et Droits de l’Homme est consternée par le camouflet infligé aux harkis et à leur famille : nous avons assisté, le mercredi 5 décembre 2007, “journée nationale d’hommage aux morts pour la France des combattants d’Afrique du Nord”, à une formidable opération de communication, d’intoxication des médias, de la part du Président de la République.

Le candidat s’était engagé, le Président a oublié.