« c’est une véritable guerre que nous allons livrer ... »

publié le 23 juillet 2010 (modifié le 24 juillet 2010)

« C’est une véritable guerre », « une lutte implacable », « j’ai décidé » ... quel ennemi Nicolas Sarkozy visait-il ainsi le 21 juillet dernier ? Les Gens du voyage et les Roms, à la suite des incidents de Saint-Aignan qui ont suivi la mort d’un jeune gitan sur un tir de la police.

En fait, oubliant la condamnation de la France par le Conseil de l’Europe, le 30 juin 2010, les autorités ont déjà engagé cette lutte implacable : mardi matin 6 juillet 2010, cars de CRS et bulldozer sont arrivés, et environ 170 Roms ont été expulsés des installations du Hanul à St Denis, dans lesquels certains vivaient depuis 2003. 170 personnes – dont beaucoup d’enfants – à la rue...

Evacuation de Roms d’un bidonville (Houcine Haddouche).


La France condamnée par le Conseil de l’Europe
 [1]

30 juin 2010 : Considérant la réclamation présentée le 23 octobre 2007 par le Centre européen des droits des Roms (CEDR) contre la France, le comité des Ministres du Conseil de l’Europe a conclu à l’unanimité que la France viole l’article 31§1 et 31§2 de l’article E combiné avec l’article 31 de la Charte sociale européenne révisée.

Le Conseil relève notamment :

  • la création d’un nombre insuffisant d’aires d’accueil
  • des mauvaises conditions de vie et des dysfonctionnements des aires d’accueil
  • l’accès insuffisant au logement des Gens du voyage sédentarisés
  • des procédure d’expulsion qui peuvent être mise en œuvre la nuit ou en hiver,
  • des discriminations liées à la loi du 3 janvier 1969 notamment concernant le droit de vote,
  • un manque de moyens mis en œuvre pour lutter contre l’exclusion sociale,
  • des difficultés d’accès au logement des Roms migrants en situation régulière



« Les Roms jouent un rôle de bouc émissaire dans un contexte de crise »

interview d’Olivier Gros par Pauline André, Libération.fr, le 21 juillet 2010


Olivier Legros est maître de conférence en géographie à l’université de Tours et membre du réseau Urba-Rom qui rassemble des chercheurs et acteurs associatifs s’intéressant aux politiques en direction des Roms et Tsiganes dans les villes européennes. Il revient sur les déclarations de Nicolas Sarkozy après les violences dans le Loire-et-cher.

  • Nicolas Sarkozy a annoncé une réunion sur « les problèmes que posent certains parmi les gens du voyage et les Roms » et prévoit « l’expulsion de tous les campements en situation irrégulière ». Doit-on s’attendre à une vague d’expulsions massives?

Le gouvernement avait déjà annoncé, début juin, une simplification des procédures d’expulsion. C’est une politique répressive qui ne date pas d’aujourd’hui et qui s’applique déjà en Seine-Saint-Denis. On l’a vu dernièrement avec la fermeture du Hanul, où les forces de l’ordre ont poursuivi les familles jusqu’à ce qu’elles partent du département. Cette annonce est surtout une opération de communication dans un contexte de crise politique et de reconquête électorale. Cela vise à montrer une reprise en main par l’Elysée d’une situation difficile, d’affirmer l’existence d’un Etat fort et efficace.

  • Quelle est la différence entre les « gens du voyage » et les Roms?

Les Roms sont des groupes plutôt situés en Europe centrale et dans les Balkans et qui se désignent eux-mêmes comme « Roms ». Le terme de « gens du voyage » est une catégorie administrative apparu en France au cours du XXe siècle et désigne des populations mal identifiées et perçues comme des populations flottantes instables. Il peut y avoir des Roms, mais ce terme regroupe surtout d’autres groupes socialement différents comme les Manouches, les Gitans ou les forains. Les gens du voyage sont soumis à certaines obligations comme le carnet de circulation [2].

  • Comment interpréter cette politique schizophrène des pouvoirs publics qui crée des « villages d’insertion » tout en multipliant les expulsions?

La première politique qui s’applique en France à l’égard des Roms c’est la politique de l’éloignement, de reconduite à la frontière. L’Etat part du principe que les personnes n’ont pas à être là, faute de ressources nécessaires. Cette politique concerne la majorité des Roms qui vivent en France dans des bidonvilles. Ensuite, à la marge, les acteurs locaux et l’Etat acceptent – du bouts des doigts – d’intégrer quelques familles qui ont été sélectionnées et regroupées dans ces villages d’insertion parce qu’elles sont jugées « intégrables ». A condition qu’elles acceptent certaines règles et assimilent certains codes.

Le contexte actuel rappelle un peu celui de la fin des années 60. De la même manière que les élus de l’époque avaient fait pression sur le gouvernement, les élus de Seine-Saint-Denis et des associations exercent cette même pression aujourd’hui pour la mise en place d’un hébergement spécial avec un accompagnement social « d’intégration forcée ». On est en train de réinventer la cité de transit.

  • Alors que le Conseil de l’Europe vient de condamner la France sur l’insuffisance du nombre d’aires d’accueil, où en est-on de l’application de la loi Besson selon laquelle les communes de plus de 5.000 habitants doivent prévoir un terrain d’accueil pour « gens du voyage »?

Elle n’est pas appliquée entièrement. Son application est partielle tout autant que la loi Besson est une réponse partielle à la question de l’habitat. Une aire d’accueil, c’est d’abord un instrument de pouvoir, un code qui assigne les « gens du voyage » à un territoire qualifié de « terrains désignés ». C’est très révélateur de la façon dont on perçoit les personnes en question : à l’écart de la société.

  • Comment se situe la France au regard de la politique des autres pays européens en la matière?

En Italie comme en France, la situation est très difficile. Les Roms et les voyageurs jouent un rôle de bouc émissaire dans un contexte de crise. C’était très net en 2008 en Italie, c’est très net en France en 2010 où les Roms et les voyageurs ont été catégorisés comme délinquants. On note depuis quelque temps déjà un durcissement de la politique à l’égard des migrants Roms qui se traduit par le fichage via le système d’aide au retour et la mise en place d’un accord de coopération dans le domaine policier pour éviter le retour des personnes sur le territoire.

On est en train d’inventer de nouveaux dispositifs qui vont permettre de contrôler la mobilité des populations jugées indésirables et de restreindre leur accès au territoire français. Et au niveau local, les villages d’insertion visent à sauver un peu l’image de cette politique répressive. La France est pour l’intégration des Roms dans leur pays d’origine, telle est sa position.



Un peuple de trop en Europe?

par Martine et Jean-Claude Vernier, Fini de rire




Les Rroms sont encore nombreux à ne pas trouver leur place dans une Europe sédentaire attachée à ses territoires. Les tentatives d’éparpillement et d’expulsion sont incessantes, mais la mobilisation des autochtones parvient parfois à les tempérer.

Les citoyens européens peuvent circuler dans les autres pays de l’Union, mais certains n’ont pas le droit d’y séjourner. Pour les nationaux bulgares et roumains, les pays adhérents plus anciens peuvent légalement refuser le séjour s’ils n’ont pas de contrat de travail. Et ceci jusqu’en 2014. Une politique discriminatoire, dénoncée par la HALDE, qui prive Roumains et Bulgares de l’accès à l’emploi dont bénéficient tous les autres citoyens européens.

Les préfets organisent donc des rafales de « retours volontaires » qui font du bien à la politique du chiffre. Avec prise d’empreintes au passage, ce qui fait du bien à la « gestion de l’immigration ». Puisque, semble-t-il, cela a un sens de parler d’immigration entre pays européens...

Si certaines des personnes concernées sont des pratiquants de la « migration circulaire » pour les besoins de leurs affaires, les familles ont besoin de lieux où se poser et organiser leur vie - mettre leurs enfants à l’école, vivre en société avec leurs voisins.

[ Lire la suite ]


[1Référence : la résolution du comité des ministres du Conseil de l’Europe.

[2Voir également la loi : http://www.legifrance.gouv.fr/affic....