Roms et Tsiganes : pour la fin des discriminations du présent et la reconnaissance des persécutions du passé

publié le 9 avril 2010

8 avril 2010 : journée internationale des Roms.

Amnesty International appelle l’Union européenne et ses États membres à prendre des mesures concrètes pour rompre le cycle de la discrimination, de la pauvreté et de l’exclusion que les communautés roms subissent en Europe.
L’organisation publie un document dans lequel elle dénonce les expulsions de Roms en Europe [1].

Des Tsiganes de France, appuyés par des historiens, appellent les autorités françaises à reconnaître les persécutions dont ces Français furent victimes dans des camps de 1940 à 1946 et à abolir les discriminations qui continuent à les frapper.


Heureusement...

Qu’est-ce qu’il se passe le 8 avril ? Eh ben, c’est la journée internationale des Roms. Et y’a pas à dire, dans le Nord–Pas-de-Calais, on sait s’y prendre pour célébrer cette journée. Un vrai florilège. Dans 20 Minutes, on apprend aujourd’hui, que le préfet se félicite de voir le nombre de Roms à Lille passer d’un millier à environ 450. Et qu’il se satisfait aussi d’avoir renvoyé 140 adultes dans leur pays par avion.

Autre info balancée par France 3. On apprend que les Roms de la porte de Douai (20 à 25 familles installée là depuis un an et demi) sont évacués depuis la veille au soir, suite à une pétition de riverains et à la demande du propriétaire de cette station-service désaffectée. Mieux encore, cette expulsion a été reculée jusqu’à cette date. On poursuit. A l’autre bout de la région, à Boulogne-sur-Mer. Là, ce sont 80 migrants installés dans le camp de Wimille depuis deux ans (par le sous-préfet de l’époque, pour l’anecdote), qui sont menacés d’expulsion à la fin du mois (La Voix du Nord, 20 Minutes).

Heureusement que cette journée internationale n’a lieu qu’une fois l’an !




Communiqué de la LDH de Boulogne-sur-Mer (extrait) [2]

le 6 avril 2010


Alors qu’ils s’y étaient installés depuis deux ans de par la volonté de la sous-préfecture de Boulogne, tous les Roms de ce campement [de Wimille] viennent d’être arrêtés par la P.A.F. : les hommes ont été mis en garde à vue au Centre de Rétention de Coquelles et les femmes conduites au Commissariat de Boulogne. Au total 42 O.Q.T.F. (Obligation de quitter le territoire français dans un délai d’un mois), tous les passeports ont été confisqués alors qu’ils sont ressortissants européens, ce qui est donc illégal aux dires même des associations Romeurope et la Cimade. Il semble que le Gouvernement s’apprête à procéder à des renvois groupés, ce qui, là encore, est contraire à la juridiction en vigueur, en particulier à la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme.


Raymond Gurême, 85 ans, dernier témoin. (AFP/Archives/Bertrand Guay)


Les Tsiganes de France veulent la reconnaissance des persécutions de 1940-46

par Isabelle Ligner, AFP, 6 avril 2010


Des Tsiganes de France, appuyés par des historiens, ont appelé mardi les autorités françaises à reconnaître les persécutions dont ces Français furent victimes dans des camps de 1940 à 1946 et à abolir les discriminations qui les frappent toujours aujourd’hui.

L’internement de quelque 6.500 « nomades » français par l’Etat français pendant la Seconde guerre mondiale est une histoire « non pas oubliée mais boycottée », a affirmé le réalisateur Tony Gatlif lors d’une conférence de presse. « Revenir sur cette histoire est un devoir car cette population est toujours traitée avec un irrespect incroyable », a ajouté l’auteur du film « Liberté ».

« Nous demandons la reconnaissance officielle de cet internement familial qui a frappé un grand nombre d’enfants et conduit à faire disparaître jusqu’à la mémoire même des familles touchées », a expliqué l’historienne Henriette Asséo du collectif « mémoire française » qui organise nombre d’évènements culturels sur cette question en 2010.

Mais pour le moment, le collectif parle seulement de « petites avancées » sur le sujet du côté du gouvernement.
Le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, Hubert Falco, serait disposé à évoquer l’internement des Tsiganes français dans un discours à la mi-juillet, selon l’historienne Marie-Christine Hubert.

« Je voudrais vraiment qu’il y ait une reconnaissance de ce qu’on a vécu », a témoigné Raymond Gurême, 85 ans, qui fut interné à l’âge de 15 ans à Linas-Montlhéry (Essonne), l’un des 30 camps français pour « nomades ».
« Je ne peux pas attendre encore 70 ans », a-t-il murmuré.

« Pour la mémoire de nos ancêtres, de nos anciens », Alain Daumas de l’Union française des associations tsiganes (Ufat), souhaite aussi une « préservation des lieux de mémoire » et un « devoir de mémoire dans les manuels scolaires ».
« Notre liberté, nous l’avons toujours payée trop cher », souligne-t-il en faisant le lien entre les persécutions passées contre les Tsiganes français et les discriminations actuelles contre les « gens du voyage » (au moins 500.000 personnes), en particulier les carnets de circulation visés tous les trois mois par un commissariat.

« Ce qui est très humiliant », insiste Milo Delage, responsable de France Liberté Voyages, association laïque de commerçants itinérants. « Nous sommes des citoyens français, nous vivons dans notre pays et nous avons encore ce poids sur le dos qui nous pourrit la vie en permanence », dit-il, refusant que ses « neuf petits enfants soient obligés de subir ça ».

Ce régime administratif spécifique a été jugé discriminatoire à plusieurs reprises par la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde). M. Delage rappelle aussi que « le stationnement est un combat permanent » puisque 20 ans après la loi de Louis Besson, seules 20% des communes concernées ont respecté leur obligation de mettre à disposition des terrains de stationnement appropriés.
« Alors que nos familles grandissent vite, va-t-on être obligé de rentrer dans une épreuves de force, de bloquer des axes routiers avec nos caravanes pour que les autorités françaises nous traitent comme des citoyens à part entière? », interroge Milo Delage.