Rom signifie homme

publié le 1998 (modifié le 8 août 2008)

La LDH a, depuis son origine, pour mission principale de combattre l’injustice et l’arbitraire. Comment dès lors pourrait-elle ignorer la situation d’hommes et de femmes qui, depuis des siècles, sont victimes des pires fantasmes et sont rejetés quotidiennement d’un territoire à l’autre au seul motif que leur mode de vie s’articule autour du voyage, avec un habitat traditionnel constitué de caravanes.

L’État a lui-même toujours exprimé sa méfiance vis-à-vis de ces populations méconnues, incomprises, différentes du modèle social majoritaire fondé sur la propriété et la sédentarité.

Roms, Tziganes, Manouches, Gitans, Yéniches... ces « gens du voyage », comme on les nomme par simplification, sont régis par des lois et régimes d’exception, visant essentiellement à les contrôler et à les surveiller.

Henri Leclerc (août 2000)

Les gens du voyage sont parmi les plus anciennes populations de l’Europe. Pourtant en Europe, l’effondrement du monde communiste a conduit à une dégradation des conditions de vie des Tsiganes et à un redoublement du racisme à leur encontre. Les persécutions se multiplient en Roumanie, en Tchéquie, en Slovaquie, en Bulgarie, en Hongrie. Ailleurs, on refuse de les accueillir. L’Allemagne monnaie le retour des réfugiés vers la Roumanie, en 1996, elle renvoie les Roms vers l’ex-Yougoslavie. En France, en 1994, 3 500 Roms sont refoulés de Lyon. La même année le Royaume-Uni annule la loi garantissant des lieux de campement pour les 70 000 Roms nomades.

Les rapports de la FIDH et d’Amnesty International regorgent de témoignages d’atteintes aux droits de l’homme dont sont victimes les Tsiganes. A l’heure où beaucoup font oeuvre de repentance pour leur silence des années 30 et 40, les Tsiganes sont une fois de plus les oubliés de l’Histoire en dépit des 500 000 à 600 000 victimes des camps d’extermination (pour une population évaluée aujourd’hui à environ 8 millions de personnes). Arrivés en Europe au cours du XVème’ siècle, ils sont partie intégrante de l’espace européen. L’écrivain Gunther Grass qui vient de créer une fondation pour le peuple rom peut écrire à leur sujet « De nous tous, ils sont les plus européens ». Comment l’Europe en construction pourrait-elle ignorer la question tsigane et l’existence d’une nation dépourvue de territoire...

Les maires français hors la loi

Si en France, on ne relève pas les exactions généralisées constatées en Europe centrale, la situation n’en est pas moins préoccupante. Les gens du voyage (Roms, Manouches, Sinti, Yéniches) représentent environ 300 000 personnes. 50 000 emplacements sont nécessaires pour les accueillir dignement. Moins de 10 000 existent, constate le Préfet Merhelm, ancien rapporteur de la commission nationale consultative des gens du voyage. Et la moitié seulement répond aux normes sanitaires.

Pourtant la loi Besson de 1990 impose aux départements l’adoption d’un schéma départemental d’implantation et aux communes de plus de 5000 habitants la création et l’entretien d’un terrains aménagé. Hélas, cette loi est dépourvue de décrets d’application et ne prévoit pas de sanctions. Elle reste trop souvent lettre morte et la plupart des mairies renvoient le problème aux communes voisines en réclamant l’expulsion hors du territoire muni­cipal. De sorte que les gens du voyage errent des aires de repos d’autoroute au parking d’HLM ou d’hypermarché en passant par les friches industrielles dangereuses. La plupart du temps, ils sont accompagnés, précédés ou suivis par des forces de police ou des CRS. Pour des raisons électoralistes, les élus impulsent ou relaient souvent les protestations d’une population sédentaire ancrée dans ses stéréotypes et généralement manoeuvrée par l’extrême droite. L’inexistence des conditions minimales d’accueil (sanitaires, point d’eaux, bennes pour les ordures) contribue évidemment au développement de stéréotypes tout à fait intolérables.

Le problème de fond : l’éducation


Pour accueillir les populations nomades, le problème de fond est celui de l’éducation. La société des gens du voyage est en profonde mutation. Les métiers traditionnels disparaissent. Le chômage se développe. La paupérisation s’accroît de manière galopante. Or la population nomade est une population jeune. Sa croissance démographique est comparable à celle des pays du tiers monde. L’écriture, la lecture, de nouvelles qualifications professionnelles, la réappropriation de la culture du voyage sont des impératifs si l’on veut éviter que la violence ne l’emporte. Or notre système d’éducation est totalement en panne sur la question. Les qualités et la générosité d’expériences menées par des associations et des enseignants ne peut masquer l’absence de projet, l’absence de concertation, l’absence de volonté politique.

L’urgence : le stationnement

Mais comme le note le préfet Merhlem, rien n’est possible dans le domaine de l’éducation si l’on ne résout pas le problème le plus urgent : celui du stationnement. Trop souvent dans le passé, on a cherché des solutions dans la sédentarisation et donc dans l’assimilation. Cela ne marche pas. La coupure avec le groupe, la perte des solidarités com­munautaires vouent ces sédentarisations forcées ou guidées à l’échec. II est nécessaire de développer un vaste programme national et régional d’implantations diversifiées. Des terrains familiaux équipés « en dur » pour ceux qui ont une faible mobilité. Des terrains de passage plus vastes et équipés plus légèrement pour les grands voyageurs. De vaste aires provisoires pour les grands rassemblements. Sans doute y a-t-il nécessité d’un programme national d’urgence si l’on veut éviter le basculement dans la violence d’une population fière qui ressent durement l’humiliation et l’injustice qui les frappent. Une population qui réaffirme de manière lancinante son appartenance à la nationalité française.

... et la citoyenneté ?

Tout ceci ne peut se faire qu’en concertation avec les intéressés : les gens du voyage eux-mêmes. Il faut arrêter de penser à leur place et de les enfermer dans un assistanat que certaines associations pratiquent avec les meilleures intentions du monde. Les gens du voyage ont besoin d’être reconnus comme des citoyens à part entière. Le carnet de circulation et les mesures qui les excluent de fait du droit de vote doivent être abrogés. Mais il faut aussi que les ministres, les préfets, les maires et les administrations les reconnaissent comme des partenaires et qu’ils les associent à la définition des plans nationaux, départementaux et locaux, aux règlements intérieurs des terrains d’accueil, aux politiques culturelles des villes. La citoyenneté ne se résume pas au dépôt régulier du bulletin de vote dans l’urne républicaine...

Certes, la tâche est difficile. Les divisions internes, religieuses ou ethniques ne facilitent pas le débat et l’urbanisation frénétique de la société sédentaire a réduit comme une peau de chagrin les espaces qui étaient traditionnellement les lieux de passage et de stationnement des voyageurs.

Pour les défenseurs des droits de l’homme, il y a là un défi. Un pari sur l’Homme. Liberté de circulation, droit à l’éducation, à la culture, au logement, droit d’asile, aménagement du territoire, citoyenneté, lutte contre le racisme et l’exclusion, égalité des droits, solidarité... Tous ces mots traduisent les inquiétudes, les espoirs mais aussi les luttes centenaires des militants des droits de l’homme. Au coeur de chacun de ces problèmes on trouve les gens du voyage qu’il a pendant trop longtemps oubliés, marginalisés.

Puisse le colloque de Lille être un facteur de sensibilisation, de mobilisation et d’action. En cette année où nous allons célébrer le centenaire de la LDH, le travail de la Ligue avec les gens du voyage prend une haute valeur symbolique.




La population « Gens du voyage » en France est estimée à 250.000 ou 300.000 personnes. Elle représente donc 0,5% de la Communauté Nationale (d’après le rapport de mission de Monsieur Arsène DELAMON). Il convient de rappeler que la plupart des gens du voyage résidant en France sont de nationalité française.

Les ROM ou Bohémiens, originaires d’Europe centrale et orientale. Conservateurs des traditions ils sont de grands voyageurs. Ils sont arrivés en France principalement au XIXe siècle après l’abolition du servage tsigane en Roumanie. Traditionnellement, chaque sous-groupe représente un corps de métier : Kalderasha : chaudronniers ; Lovara : maquignons ; Thourara : fabricants de tamis.

Les MANOUCHES et les SINTI, originaires d’Allemagne et d’Italie ; ils sont installés en France depuis plusieurs siècles. Parmi eux des noms célèbres, Django Reinhart pour la musique, Torino Zigler pour la peinture, les Bouglione, les Zavata , pour le cirque. Les Manouches sont souvent parmi les plus modestes, certains vivent encore avec des véhicules hippomobiles. Chaque sous-groupe rappelle le pays de provenance : Sinte : Italie ; Galshkene : Allemagne ; Valshtike : France.

Les GITANS qu’ils soient andalous ou catalans ont connu une influence espagnole importante et ont marqué très fortement de leur personnalité la musique et la danse du flamenco. Ils résident plus au sud et vivent avec difficultés une sédentarisation forcée qui est bien souvent un échec.

Les NON-TSIGANES. Les Tinker, nomades d’Irlande, surnommés ainsi depuis le XIIe siècle. Les Quinqui, voyageurs d’Espagne apparus au XVIe siècle. Les Yeniches ou Barengre, émigrés en France au XIXe siècle, on mentionne leur présence en Allemagne suite à la guerre de trente ans qui a jeté beaucoup de gens sur les routes.