Perpignan : contestation d’un centre de documentation de la présence française en Algérie

publié le 30 janvier 2007 (modifié le 12 février 2007)

La décision de Jean-Paul Alduy, sénateur-maire de Perpignan, d’aménager l’ancien couvent de Sainte-Claire, pour y installer un Centre de documentation de la présence française en Algérie, et y dresser un « Mur des disparus » de la guerre d’Algérie, continue à soulever une forte contestation.

Afin d’apaiser les esprits, il serait peut-être plus raisonnable que la municipalité de Perpignan renonce à un projet qui, avec la stèle des fusillés de l’OAS, ne peut que contribuer à donner une image discutable de la cité catalane.

Les dates

  • Par délibération en date du 10 juillet 2006, le conseil municipal de Perpignan approuve une convention de maîtrise d’œuvre entre la ville et M. Olivier Weets Architecte en Chef des Monuments Historiques, pour la mise en place d’un mémorial et la restauration du jardin sud de l’ancien couvent des Clarisses [1]
  • Le 23 octobre 2006, le conseil municipal adopte deux délibérations concernant l’ancien couvent des Clarisses : demandes de subvention auprès de l’Etat, de la région et du département, et lancement d’un appel d’offres pour un total de 2 millions d’euros pour le mémorial « Mur des Disparus », et la restauration de l’aide sud et de la galerie sud du cloitre [2]
  • A l’occasion du conseil municipal du 27 novembre 2006, des manifestants expriment leur opposition au projet de la mairie.


L’ancien couvent de Sainte-Claire.

La mémoire de la présence française en Algérie sur fond de contestations

par Josianne Cabanas, L’indépendant du 30 Janvier 2007

C’est un projet dont on parle depuis longtemps, et qui petit à petit se concrétise.

La séance du conseil municipal du 23 octobre 2006 fut passablement agitée. Du moins sur le plan de l’idéologie. Ce jour-là, les élus municipaux avaient à délibérer sur un sujet délicat : la création d’un Mur des disparus et d’un Centre de documentation de la présence française en Algérie, à l’ancien couvent de Sainte-Claire, ancienne prison civile, rue Derroja. Pas n’importe où, on le remarquera, mais dans un lieu qui fut de recueillement, de prière, de paix, puis de réclusion, de souffrance, et peut-être de remords. Un lieu chargé de tant d’histoire humaine qu’il était difficile, de toute façon, de lui assigner une destination ludique ou frivole. Ce ne sera pas le cas.



Nous passerons sur les différentes appréciations au sujet de la restauration du site, pour n’en retenir que ses affectations. Il faut savoir que depuis longtemps une commission travaille sur le projet de restituer ici la mémoire des pieds-noirs et des harkis, leur mémoire sentimentale, leur mémoire historique aussi. La commission chargée de la réflexion sur un Centre de documentation de la présence française en Algérie, est composée de Jean-Marc Pujol, porteur du projet, de Maurice Halimi, et de Raymond Sala, tous trois élus municipaux, étroitement associés au Cercle algérianiste, présidé par Suzy Simon-Nicaise. Le premier acte du projet sera la réalisation d’un mémorial : dans le jardin Mère Antigo, se dressera une stèle dramatiquement appelée « Mur des disparus ». Sur cette stèle seront inscrits tous les noms des personnes disparues durant le conflit franco-algérien, hommes, femmes, enfants, dont les familles, 40 ans après, ne savent toujours rien sur le sort qui fut le leur. A côté des noms, un espace libre portant seulement une phrase, sera dédié aux harkis, dont on ne connaît pas forcément les identités, mais qui payèrent également un lourd tribut à la guerre d’indépendance.

L’architecte des Bâtiments de France se serait opposé à ce que le mot prison soit enlevé de la façade.

La date d’inauguration de ce monument a déjà été fixée au 20 octobre 2007, indique Raymond Sala, conseiller municipal délégué au patrimoine, et membre de la commission au titre d’historien.

Le 23 octobre 2006, tandis que se déroulaient les débats dans la salle du conseil municipal, des associations de gauche, avec des pancartes, exprimaient silencieusement leur désapprobation. Les élus, eux, l’exprimaient sans ambiguïté. Le vote l’était aussi : tant sur le Mur des disparus que sur les travaux concernant la restauration de l’aile et de la galerie sud du couvent, où se trouvera le centre proprement dit, M. Olive et Mme Sabiols (PS), Mmes Gaspon et Tignères (PC), ont voté contre ; Mme Ruiz (DVG) s’est abstenue (M. Cansouline, absent, n’a pas voté).
Là où la ville parle d’un Centre de documentation de la présence française en Algérie, l’opposition de gauche comprend musée et éloge du colonialisme. Ce qui a amené Maurice Halimi à préciser : « Ce centre de documentation sera dédié à la présence française en Algérie, et non pas à l’histoire de l’Algérie française » [3]. En outre, c’est le Cercle algérianiste, dont Jean-Marc Pujol dit qu’il est « la seule association à faire dans l’intellectuel et non dans le revendicatif », qui fournira le fonds du centre. Et là encore, la gauche n’a pas la même lecture de son rôle que la majorité municipale.

Et pourtant, au 52 de la rue Maréchal-Foch, les locaux du Cercle Algérianiste croulent sous les 4000 ouvrages, les dossiers, les documents, les tableaux, les objets, qui forment un fonds considérable et inestimable, témoignant de plus d’un siècle de présence française en Algérie. Et sur lesquels Suzy Simon-Nicaise fait remarquer : « La guerre, cela représente 7 ans sur ces 132 ans de présence ».

Josianne Cabanas

Lundi 29 janvier 2007, place de la Loge devant la mairie de Perpignan. Il est 17h. Dans quelques minutes ils vont s’installer dans la partie de la salle du conseil municipal réservée au public.

Manifestation pacifique le 29 janvier 2007 (DR).

Vers 18h, ils seront une quinzaine.
Le fameux centre de documentation n’était pas à l’ordre du jour du conseil municipal, mais les manifestants sont décidés à revenir, pacifiques et déterminés.

[2Les délibérations adoptées ce jour-là : http://www.mairie-perpignan.fr/inde....

[3- Note de LDH-Toulon - Interpellé par courrier par Patrick Lecroq, du MRAP des Pyrénées-orientales, sur le projet de la mairie d’ouvrir un musée de la présence française en Algérie, Maurice Halimi, maire-adjoint aux projets culturels de la Ville de Perpignan, lui a répondu par une lettre au contenu un peu surprenant.

Après avoir pris acte « de la constitution d’un collectif « de défense » d’autant plus inutile qu’incantatoire, s’agissant visiblement de désinformer ostensiblement vos adhérents ainsi que nos concitoyens », il poursuivait en rappelant que « le MRAP ne s’est pas à ce jour ému des persécutions religieuses à l’encontre des communautés juives et chrétiennes en Egypte, Syrie, Pakistan, Iran, Nigeria, Soudan ... »
toutes choses dont on ne perçoit pas très bien le rapport avec le centre de documentation ...

[Pour prendre connaissance de la lettre, du 4 septembre 2006, de M. Halimi : http://www.perpignan-toutvabien.com....]