Non ! à l’hommage le 7 juin à Perpignan aux assassins de l’OAS

publié le 6 juin 2006 (modifié le 12 février 2007)

Devant le refus du préfet des Pyrénées Orientales d’interdire l’hommage que l’ADIMAD a prévu de rendre mercredi 7 juin 2006 à d’anciens activistes de l’OAS, des organisations locales et nationales appellent à un rassemblement autour de représentants des familles touchées par les assassinats de l’OAS

Après les communiqués de la LDH, de l’ANPROMEVO, et celui émanant de plusieurs associations locales, vous pourrez prendre connaissance de la réponse du préfet à la demande d’interdiction qui lui avait été adressée, puis un article publié le 4 juin dans le Midi libre.

[Dernière mise à jour le 6 juin 2006.]


Communiqué de la Ligue des droits de l’Homme


Non à l’hommage le 7 juin à Perpignan aux assassins de l’OAS


A Perpignan est annoncé pour le mercredi 7 juin à 11 heures au cimetière du Haut Vernet devant le monument érigé à leur gloire un hommage aux “ fusillés de l’OAS ” :

  • Jean-Marie Bastien-Thiry qui a dirigé le 22 août 1962 l’attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle,
  • Roger Degueldre, chef des commandos “ Delta ” qui a notamment organisé l’assassinat le 15 mars 1962 à Alger de six enseignants des Centres sociaux éducatifs,
  • Albert Dovecar et Claude Piegts qui ont participé à l’assassinat du commissaire central d’Alger Roger Gavoury, le 31 mai 1961.

La date choisie pour cette manifestation est l’anniversaire de l’exécution après leur condamnation à mort (à une époque où la peine de mort n’avait pas encore été abolie) d’Albert Dovecar et Claude Piegts.

La LDH appelle tous les démocrates à se rassembler à 10h30 à l’entrée du cimetière, autour de représentants des familles touchées par les assassinats de l’OAS.

C’est à ceux qui défendaient pendant le drame algérien les droits de l’Homme et les valeurs républicaines qu’il faut rendre hommage.

Paris, le 5 juin 2006


Communiqué de presse


Les organisations et partis ci-dessous s’insurgent contre « l’hommage » qui sera rendu par les nostalgiques de l’OAS au cimetière du Haut Vernet de Perpignan, devant leur stèle commémorative [1], le mercredi 7 juin à 11 heures.
Nous regrettons que cette commémoration soit soutenue cette année encore par l’équipe de la majorité municipale.

Dans un premier temps, il a été demandé au Préfet de la République d’interdire cette cérémonie, qui, comme à Marignane, est une forme d’apologie de crime de guerre et par ailleurs, constitue un trouble réel à l’ordre public.

Monsieur le Préfet vient de décider de ne pas interdire cette manifestation. Nous nous voyons donc contraints d’appeler tous les citoyens solidaires des victimes des terroristes de l’OAS, tous les citoyens qui s’opposent aux idées et aux actions de l’extrême droite, à se rassembler à 10h30 à l’entrée du cimetière, en présence de représentants des familles touchées par les assassinats de l’OAS.

Perpignan, le 4 juin 2006

ANPROMEVO - Appel des Cents pour la Paix - Association des Amis de Max Marchand, Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons - ASTI - LCR - Ligue des Droits de l’Homme - Mouvement de la Paix - MRAP - PCF - UD/CGT - Les VERTS


Communiqué de l’ANPROMEVO [2]



Le préfet des Pyrénées-Orientales laisse se dérouler à Perpignan une manifestation organisée par d’anciens de l’OAS, le 7 juin, en hommage à Dovecar à Piegts [3], exécutés le 7 juin 1962 à la suite de leur condamnation à mort pour leur participation à l’assassinat du commissaire central d’Alger Roger Gavoury.

Ce haut fonctionnaire de la police nationale a été cité à l’ordre de la Nation et déclaré Mort pour la France.

Les familles des victimes civiles et militaires de cette organisation terroriste et raciste, ennemie de la République, s’indignent du mépris de l’Etat à l’égard de ceux qui l’ont servi loyalement, au prix de leur vie, durant les heures difficiles de son histoire.

Cette réhabilitation de l’OAS, fruit vénéneux d’un putsch avorté, et l’indemnisation en cours de ses activistes les plus irréductibles - en application de l’article 13 de la loi du 23 février 2005 - constituent, au regard des valeurs fondatrices de la République et de l’unité de la Nation, des atteintes graves dont l’ANPROMEVO exige la cessation immédiate et définitive.

Paris, le 5 juin 2006


Réponse du préfet à la demande d’interdiction

Perpignan, le 2 juin 2006


Vous avez attiré mon attention sur un projet de rassemblement au cimetière du Haut Vernet de Perpignan organisé par l’association ADIMAD le 7 juin 2006.
Vous me demandez de faire obstacle à ce rassemblement en prenant un arrêté d’interdiction.
J’ai donné instructions à mes services d’étudier les circonstances de ce rassemblement et de me préciser les troubles à l’ordre public qu’il est susceptible de provoquer.
Ainsi, il apparaît que ni la mairie ni mes services n’ont été destinataires d’une déclaration de manifestation et que l’association ADIMAD annonce par le moyen de son site internet « une manifestation privée devant la stèle des réfugiés du cimetière du Haut Vernet ».
Je vous précise par ailleurs qu’une manifestation ou une réunion ne peuvent être interdites que s’il apparaît une menace telle à l’ordre public qu’il ne peut être paré à tout danger par des mesures de police appropriées.
Tel ne semble pas être le cas. En effet, l’association ADIMAD annonce une manifestation privée et aucun trouble à l’ordre public n’a été signalé sur ce site les années précédentes à l’occasion de rassemblements similaires.
Par ailleurs, vous estimez que ce rassemblement constitue une apologie de crime et à ce titre constitutif de trouble à l’ordre public.
Or, l’objet illégal d’une manifestation ou d’un rassemblement ne peut justifier à lui seul son interdiction. De plus, l’objet annoncé par les organisateurs de cette manifestation, « rendre hommage aux réfugiés tombés pour que vive l’Algérie française », n’est pas en lui-même constitutif d’un délit.

Cependant, si ce rassemblement était l’occasion de la commission de délits, en particulier de celui d’apologie de crime tel qu’il est prévu par l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881, j’en informerai M. le procureur de la République à qui il appartiendra de décider des poursuites pénales.

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Polémique autour d’une stèle

par Guillaume Clavaud, le Midi libre, édition du 4 juin 2006



Implantée au cimetière Nord, la stèle doit être le théâtre, jeudi, d’une cérémonie à la mémoire des anciens de l’Algérie française.
Le fils d’un commissaire d’Alger assassiné par l’OAS demande
l’interdiction de cette manifestation.



La plaie n’est toujours pas cicatrisée. Le sera-t-elle un jour ? Il y a
plus de 40 ans, en 1962, l’Algérie passait de française à algérienne.
Fin de l’histoire ? Bien sûr pas.

Depuis ce temps, ceux qui ont subi les événements dans un camp ou dans
l’autre, de même que ceux qui en ont été acteurs, entretiennent le
souvenir de leur cause. Comme du sel jeté régulièrement sur une blessure est toujours vive et ouverte. C’est cela qui, à Perpignan, fait débat, pour ne pas dire polémique.

Pourquoi ? Parce que Perpignan est une des rares villes où est
implantée, au cimetière du Haut-Vernet et depuis 2003 pour être précis,
une stèle dédiée « aux fusillés, aux combattants tombés pour que vive
l’Algérie française ».

En clair, le monument est un hommage aux anciens de l’OAS. Ce qui ne
manque évidemment pas d’en choquer plus d’un. D’autant que jeudi s’y
tiendra une cérémonie en hommage à Claude Piegts et Albert Dovecar,
fusillés le 7 juin 1962 après avoir été jugés coupables de l’assassinat, le 31 mai 1961, de Roger Gavoury, commissaire central d’Alger.

A l’origine de l’édification de la stèle un Perpignanais, Jean-Pierre
Prévoteaux, délégué départemental de l’Association amicale pour la
Défense des Intérêts Moraux et matériels des Anciens Détenus et exilés
politiques de l’Algérie française, l’ADIMAD pour faire court.

Que dit-il à propos de l’hommage organisé jeudi ? « Ceci se passe entre nous, entre sympathisants de l’Algérie française et aucun d’entre nous ne demande que cette cérémonie soit exposée. Ce n’est pas politique. C’est pour nous un devoir de mémoire envers les soldats de l’Algérie française. »

Seulement voilà, face à eux, depuis Paris, se dresse Gavoury fils.
Jean-François. Par courrier, il vient de saisir le préfet des Pyrénées Orientales pour lui demander d’interdire la cérémonie du 7 juin.

Ce que le préfet, pour l’heure, se refuse de faire. « Le trouble à
l’ordre public n’est pas établi »
, expriment ses services.

L’an dernier à Marignane où se dresse une stèle réplique de celle de
Perpignan, le préfet des Bouches-du-Rhône avait pris la décision
inverse. « Mon combat remonte à l’an dernier avec l’interdiction du
rassemblement de Marignane.

J’ai intenté deux actions en justice. Une auprès du tribunal
administratif de Marseille contre la mairie de Marignane, l’autre au
tribunal de grande instance d’Aix contre trois responsables de l’ADIMAD
pour délit d’apologie de crime de guerre. »

Le but de Jean-François Gavoury est de « faire respecter la mémoire de
mon père dont l’acte de décès est revêtu de la mention mort pour la
France. »
Une mémoire qu’il estime bafouée. Il ajoute : « Ces stèles
sont une honte pour ceux qui ont tourné les armes contre la République
et qu’elles érigent en martyrs. »

On s’en doute, l’ADIMAD ne partage pas l’analyse de Jean-François Gavoury.

Jean-Pierre Prévoteaux : « Je comprends sa douleur, mais comprend-il la nôtre ? Il a perdu son père, c’est malheureux, mais combien son père
a-t-il fait tomber de nos camarades. Dans un combat, il y a des gens
d’un côté et de l’autre. »

Que l’on parle de l’activisme de l’OAS et Jean-Pierre Prévoteaux répond
du tac au tac : « J’avais 19 ans à l’époque, j’ai été en tôle, détenu
politique durant des années. Nous étions des patriotes, nous ne sommes
pas des droits communs. D’ailleurs nous avons tous été amnistiés. »

Doit-on aujourd’hui porter un jugement sur l’attitude des uns et des
autres il y a 40 ans ?

C’est aux historiens de répondre et à chacun, selon sa conscience, de se positionner.


Guillaume CLAVAUD

[1Voir une photo de la stèle.

[2Vous trouverez une présentation de breve 495.

[3D’après l’ANPROMEVO, l’ADIMAD a procédé, au cours de l’après-midi du 1er juin 2006, à la modification de son appel sur son site Internet.
L’appel initial :

« à 11 heures : devant la Stèle du Cimetière Vernet : Hommage
de l’ADIMAD aux 113 Fusillés et Combattants morts pour l’Algérie française, en particulier Claude Piegts et Albert Dovecar »

a été remplacé par celui-ci :

« à 11 heures : Manifestation privée devant la Stèle des Réfugiés
du Cimetière Vernet (à côté des stèles des Harkis et de l’ADIMAD) :
Hommage de l’ADIMAD aux Réfugiés tombés pour que vive l’Algérie française. »