Nicolas Sarkozy : “aucune armée étrangère n’a réussi dans un pays qui n’était pas le sien”

publié le 29 août 2008 (modifié le 31 août 2008)

Pour Immanuel Wallerstein, « la barbarie des autres, le devoir de mettre fin à des pratiques qui violent des valeurs universelles, la défense des innocents face à la cruauté des autres, la nécessité de faciliter la diffusion des idées universelles » sont « les quatre arguments de base qui ont toujours servi à justifier les “ingérences” des “civilisés” du monde moderne dans les zones “non civilisées” ». [1]

C’est bien ainsi que le président Nicolas Sarkozy justifie aujourd’hui l’implication croissante de la France en Afghanistan, oubliant les déclarations du candidat Sarkozy : « Si vous regardez l’histoire du monde, aucune armée étrangère n’a réussi dans un pays qui n’était pas le sien. »

Et c’est au nom de la civilisation que l’OTAN multiplie les bombardements et... les victimes civiles.

[Première mise en ligne le 23 août 2008, mise jour le 29 août]

Cérémonie d’hommage aux soldats tués en Afghanistan  [2]

Jeudi 21 août 2008, au milieu de la cour d’honneur des Invalides, le chef de l’Etat a rendu un hommage solennel aux dix soldats tués en Afghanistan [3].

« Ils ont donné leur vie, loin de leur pays, pour faire leur devoir, a déclaré le président, pour la liberté des droits de l’homme, pour des valeurs universelles qui sont au coeur de notre République. »
S’écartant fréquemment du discours écrit, il a résumé l’embuscade des « terroristes talibans », a souligné le courage des soldats engagés « dans un combat essentiel contre la barbarie, l’obscurantisme et le terrorisme » et longuement justifié la présence des troupes françaises, car « la France n’est pas un pays comme les autres, [...] elle a en charge avec les autres grands pays du monde la responsabilité de la paix dans le monde ». M. Sarkozy a assuré que l’armée pouvait être fière de son rôle « dans un pays ravagé par la guerre, aux mains d’un régime moyenâgeux qui donne encore hélas asile au terrorisme international ».

« Nous n’avons pas le droit de renoncer à défendre nos valeurs. Nous n’avons pas le droit de laisser les barbares triompher. Car la défaite à l’autre bout du monde se paiera d’une défaite sur le territoire de la République. ». Quelques heures plus tôt, au conseil des ministres, M. Sarkozy avait affirmé « la nécessité absolue de continuer le combat contre le terrorisme » et assuré que « la France défend la liberté du monde en Afghanistan comme ailleurs ».

Tireurs d’élite du 2e REI en Afghanistan en 2005 (Darvic/Wikipedia)

Le 26 avril 2007, le candidat Sarkozy déclarait vouloir retirer les militaires français d’Afghanistan :




« La présence à long terme des troupes françaises dans cet endroit du monde ne me semble pas décisive.

« Le président de la République [Jacques Chirac] a pris la décision de rapatrier nos forces spéciales et un certain nombre d’éléments, c’est une politique que je poursuivrai.

« Si vous regardez l’histoire du monde, aucune armée étrangère n’a réussi dans un pays qui n’était pas le sien. Même la Chine sur le Vietnam, les Japonais... Aucune ! Quelle que soit l’époque, quel que soit le lieu. »







L’ONU confirme l’erreur de la coalition

[www.radio-canada.ca, mardi 26 août 2008 à 11 h 37]

La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) soutient à son tour que l’offensive menée vendredi [21 août] par des troupes de la coalition internationale à Nawabad, dans la province d’Herat, dans l’ouest du pays, a bel et bien entraîné la mort de 90 civils, comme l’a conclu une commission d’enquête afghane.

Devant les décombres de sa maison à Nawabad (photo : La Presse Canadienne /AP/Fraidoon Pooyaa).

« Des enquêtes de la MANUA ont permis de trouver des preuves convaincantes, appuyées sur les témoignages de témoins oculaires, et d’autres, que 90 civils ont été tués, dont 60 enfants, 15 femmes et 15 hommes. Quinze autres villageois ont été blessés », stipule une déclaration officielle du représentant spécial de l’ONU en Afghanistan, Kai Eide. Des résidents de Nawabad, explique-t-il, ont pu confirmer le nombre de victimes, ainsi que leur nom et leur âge.

La mission onusienne raconte que des employés ont discuté lundi avec le gouverneur du district et des « anciens » et que ces derniers ont raconté qu’une opération militaire menée par des troupes afghanes et étrangères a duré plusieurs heures, pendant lesquelles des bombardements aériens ont eu lieu. Sept à huit maisons ont été totalement détruites ou sérieusement endommagées, rapporte l’équipe de la MANUA.

« C’est un sujet de grave préoccupation pour les Nations unies, j’ai fait comprendre à maintes reprises que la sécurité et le bien-être des civils devaient primer sur tout le reste dans la planification et l’exécution de toutes les opérations militaires », indique Kai Eide. « L’impact de telles opérations entame la confiance de la population afghane à l’égard des efforts qui visent à construire un État juste, pacifique et respectueux de la loi. » [...]



Sarkozy candidat : « Il faut partir d’Afghanistan »
Sarkozy Président : « Il faut continuer le travail »

[Source : Philippe Brochen, Libération, 20 août 2008]


En 2007, Nicolas Sarkozy, alors candidat à la présidentielle, estimait que la France n’a « pas vocation à rester en Afghanistan ».

Ce matin [mercredi 20 août 2008], au surlendemain de la mort de dix soldats français de la force de l’Otan tombés dans une attaque des talibans, le même Sarkozy déclarait depuis Kaboul aux forces hexagonales : « Il faut continuer le travail [en Afghanistan]. » Une lecture des deux positions défendues par le Président à seulement quelque quinze mois de distance est étonnante.

Sarkozy candidat : « Il était certainement utile qu’on envoie [ces soldats], dans la mesure où il y a un combat contre le terrorisme. Mais la présence à long terme des troupes françaises à cet endroit du monde ne me semble pas décisive. [...] Il y a eu un moment donné, pour aider le gouvernement de M. Karzaï, où il fallait faire un certain nombre de choix, et le président de la République a pris la décision de rapatrier nos forces spéciales et un certain nombre d’éléments. C’est une politique que je poursuivrai. »

Sarkozy Président, ce matin : « Pourquoi on est ici ? Parce qu’ici se joue une partie de la liberté du monde. Ici se mène le combat contre le terrorisme. Nous sommes ici non pas contre les Afghans, mais avec les Afghans, pour ne pas les laisser seuls face à la barbarie. [...] Je n’ai pas de doute, il faut être là. [...] Je vous dis en conscience que si c’était à refaire, je referais le choix qui m’a amené à confirmer le choix de mes prédécesseurs d’envoyer l’armée française ici. »

[1Référence : article 2564.

[2D’après Le Monde du 22 août 2008

[3Un bref reportage vidéo de la cérémonie (JT de Tf1) :
http://video.google.fr/videoplay?do...