Jean-Paul Alduy et les opposants au “Mur des disparus”

publié le 22 novembre 2007 (modifié le 18 mars 2008)

Cette page contient deux éléments qu’il nous semble utile de rendre publics :
- une lettre adressée le 22 octobre dernier par Jean-Paul Alduy aux conseillères municipales communistes,
- le compte-rendu de la rencontre de Jean-Paul Alduy avec le collectif des opposants, le 22 novembre 2007.

La lettre en date du 22 octobre 2007 du maire de Perpignan à Nicole Gaspon et Colette Tignères, conseillères municipales communistes, à propos de la stèle du cimetière Nord, suivie d’une précision de LDH-Toulon.

Mesdames les Conseillères Municipales,

Lors de notre Conseil Municipal du 7 juillet 2005, nous avons répondu à vos interrogations sur la stèle du Haut-Vernet.

Je vous rappelle la réponse faite par Monsieur Jean-Marc PUJOL, Adjoint délégué aux Rapatriés :

« Je réponds en tant qu’Adjoint aux Rapatriés. Il n’y a pas de stèle en l’honneur de l’OAS, et elle n’a pas été inaugurée récemment par les services de la Mairie. Il existe une stèle au cimetière du Haut-Vernet depuis plusieurs années, que j’ai autorisée il y a de cela environ 3 ans à l’initiative de plusieurs associations de rapatriés. Cette stèle a été financée puis érigée par les associations de rapatriés. J’ai autorisé le fait qu’on la place dans le cimetière du Haut-Vernet dans le carré réservé à tous ceux qui sont morts pour la France en Algérie, au mémorial pour les harkis... ».

Comme vous le savez les faits liés à la guerre d’Algérie ont été amnistiés par les gouvernements de la République et les responsables militaires réintégrés dans leurs droits et décorations.

Un cimetière me semble le seul lieu possible pour respecter la mémoire de
chacun d’entre nous quelle que soit son opinion.

Je vous prie de croire, Mesdames les Conseillères Municipales, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

Jean-Paul Alduy

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Une note de LDH-Toulon

Les propos de Jean-Marc Pujol, rapportés par Jean-Paul Alduy dans sa lettre, comportent une inexactitude. En effet le nom de Jean-Marie Bastien-Thiry qui a dirigé le 22 août 1962 l’attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle figure sur la stèle du cimetière du Haut-Vernet. Or, ni cet acte pour lequel il a été jugé ni sa condamnation n’ont été amnistiés.



Compte-rendu par le Collectif du Non au “ mur-musée ” du cercle Algérianiste et de la mairie de Perpignan de l’entrevue du jeudi 22 novembre avec Jean-Paul Alduy, maire de Perpigan

Une délégation du collectif, composée de Bernard Cholet (LCR), Roger Hillel (PCF), Jean Pierre Kaminker (Mouvement de la Paix ), Dominique Lasnier (LDH), Patrick Lecroq (MRAP) et Jean Marie Philibert (FSU), s’est entretenue avec le maire de Perpignan jeudi 22 novembre de 12h à 13h. Jean-Marc Pujol était présent.

Deux questions ont fait l’objet d’un long échange d’arguments : Le Centre de documentation et le “Mur des disparus”.
Faute de temps, la question de la stèle de l’ADIMAD-OAS érigé au cimetière Nord n’a été évoquée que brièvement. A notre question préalable : « Pouvez-vous nous préciser la date à laquelle la stèle sera déménagée vers un lieu privé ? », nous n’avons pas eu de réponse.

Sur le Centre de documentation et le “Mur des disparus”, nous pouvons faire trois commentaires

1- Il y a confirmation de la part du maire, que ce dossier a bien été confié Monsieur Pujol : « c’est lui qui conduit ce projet en mon nom. Lui et moi, c’est la même chose ». Nous lui avons alors demandé si c’était lui qui avait mandaté son adjoint pour prononcer une allocution à l’occasion, de l’inauguration de la stèle du cimetière Nord le 6 juillet 2003. : « Non pas dans ce cas, il s’agissait d’une initiative personnelle de M. Pujol. » Comprenne qui pourra

2- S’agissant des rapports entre la mairie et le cercle. D’un côté, le maire affirme « qu’il prend appui sur cette association, la seule représentative des pieds-noirs, à vocation culturelle qui depuis des années effectue des travaux de recherche et dispose d’un fonds de documentation considérable ». D’un autre côté, il déclare ne pas être engagé par ses déclarations et ses écrits, ceux rapportés dans la presse comme ceux donnés sur son site internet national. Par exemple, depuis longtemps, un descriptif de ce que doit accueillir le couvent Sainte Claire a été mis en ligne. Il stipule qu’il s’agira d’un “centre de documentation” et d’un “musée”. Nous avons remis ce document bien connu au maire, ce qui l’a mais dans tous ses états, nous accusant de lui faire « un procès d’intention ». Dans la même veine, nous lui avons demandé ce qu’il pensait du communiqué haineux du Cercle algérianiste national publié dans l’Indépendant du 2 novembre : « je n’ai pas de commentaire à faire »

Notre avis est que l’équivoque est délibérément entretenue et relève par moment de la tromperie.

Nous en avons encore eu l’illustration à propos du “Mur des disparus” : « Sa conception relève strictement du Cercle algérianiste. Nous avons tout de même tenu à ce que les noms soient ceux de la liste du ministère des Affaires étrangères. Ainsi, il y aura au moins une ville en France où ces disparus seront honorés ». Confronté à nos arguments, liste à l’appui le Maire nous a accordé que « cette liste n’est pas complète et qu’elle est critiquable. Mais c’est un début. » A propos des phrases gravées sur les plaques, l’une étant attribuée à Albert Camus et l’autre au dramaturge Slimane Benaïssa, nous lui avons indiqué que nous avions été informés que Catherine Camus, la fille de l’écrivain, lui avait fait parvenir une lettre dans laquelle elle stipulait son refus qu’une phrase de son père figure sur le monument. Jean-Paul Alduy a répondu que la phrase figurerait (ce qui est effectivement le cas) et qu’il avait répondu à l’auteur de la lettre. Il a dit ignorer s’il était en droit de passer outre à la demande de l’intéressée : : « S’il faut effacer on effacera ». Sur la phrase du dramaturge franco-algérien, la délégation a déclaré qu’elle était informée d’un refus de sa part, analogue à celui de Catherine Camus. M. Pujol a affirmé le contraire. Le maire a répété : « S’il faut effacer on effacera ».

De toute façon, selon les propos du maire, ce qui compte « c’est qu’un groupe social en mal d’identité soit enfin reconnu. Car ma démarche est strictement compassionnelle. Il en est de même de celles de Monsieur Pujol et du Ministre des anciens combattants qui prononceront chacun une allocution en ce sens pour l’inauguration du mur des disparus. »

La confusion entre les rôles respectifs du cercle et de la mairie est voulue. Qui contrôle qui et quoi ?
Par ailleurs, que les familles des disparus soient dans le compassionnel, rien que de plus normal, mais, que les représentants de l’Etat et de la mairie s’en tiennent là, c’est totalement irresponsable.

3- Notre troisième remarque est pour souligner qu’il y a recul de la mairie sur ce que nous conviendrons d’appeler désormais le “Centre de documentation” » puisque la mairie jure ses grands dieux que cela a toujours été sa dénomination.

« Nous voulons créer un lieu où soient réunies toutes les archives concernant l’histoire des 130 années de présence française en Algérie. Les cercles algérianistes n’ont pas vocation à être les seuls fournisseurs de documents. Il peut y avoir d’autres sources en particulier les familles. Ces documents seront traités et mis à la disposition du public par un conservateur (fonctionnaire nommée avec l’accord du Ministère de la culture) aidé d’un conseil scientifique. Je cherche la meilleure méthode pour le constituer. Ce pourraient être les historiens qui seront nommés dans le cadre de la Fondation mémorielle de Monsieur Fillon. Pour le moment, je n’ai pas de noms à proposer. Il faudra que ce soient des historiens représentatifs de toutes les tendances. Ce centre devra représenter toutes les facettes de l’histoire. Le cercle algérianiste ne sera pas gérant de ce centre. De toute façon nous avons le temps car le bâtiment ne sera opérationnel que dans environ deux ans. D’ici là les choses évolueront. Le mur aussi pourra évoluer. »

Il y a incontestablement recul. Le comité tripartite évoqué par le maire au cours d’une séance du conseil municipal est mis au tiroir. Le cercle algérianiste joue encore un rôle important mais plus exclusif. Il s’agit de contrôler les archives et de « présenter toutes les facettes de l’histoire ». Nous avons fait bouger les choses mais il reste énormément à faire, ne serait-ce que sur la dénomination du centre de documentation que le maire s’obstine à appeler « de la présence française en Algérie » ce qui est de notre point de vue inacceptable. Il ne faut pas non plus écarter les risques de manœuvre.