Après la tribune publiée par le secrétaire d’Etat aux anciens combattants dans « Le Monde » du 8 mai 2005

Des professeurs d’histoire du secondaire répondent à M. Hamlaoui Mekachera

publié le 14 mai 2005 (modifié le 8 octobre 2019)

Le secrétaire d’Etat aux anciens combattants, Hamlaoui Mekachera, ayant publié dans le quotidien « Le Monde » du 8 mai 2005 une tribune prenant la défense de la loi du 23 février 2005, les deux professeures d’histoire du secondaire qui ont été à l’initiative de la pétition intitulée « Je n’enseignerai pas le bon temps des colonies », l’ont lue avec attention et lui répondent. Pour elles, Hamlaoui Mekachera est « hors sujet ». Elles réaffirment leur refus de cette loi et leur droit à enseigner une histoire en s’appuyant sur les travaux d’auteurs qui ont acquis par des années de recherche et des diplômes d’Etat le droit d’être considérés comme des spécialistes de la question.

Des professeurs d’histoire du secondaire répondent à M. Hamlaoui Mekachera


Initiatrices de la Pétition des professeurs d’histoire du secondaire intitulée « Je n’enseignerai pas le bon temps des colonies », nous avons lu avec attention la tribune parue dans le journal Le Monde du 9 mai. N’étant pas historiennes spécialistes de la colonisation ce n’est pas sur cet aspect que nous répondrons mais bien sur celui de la loi et de l’enseignement. Habituées depuis 20 ans et plus à corriger des copies, nous écrirons dans la marge de la tribune de Hamlaoui Mekachera quelques « hors-sujet ». En effet il rappelle « ce texte contient d’importantes mesures matérielles qui répondent à des injustices que la France tolérait depuis près de cinquante ans » ; aucune des pétitions qui circulent au sujet de cette loi ne revient sur cet aspect de la loi. Le ministre évoque ensuite dans un autre paragraphe « la contribution des combattants venus de l’outre-mer, d’Afrique, du Maghreb et d’Asie » nous n’en disconvenons pas ; il serait d’ailleurs intéressant de montrer à nos élèves l’importance de la mortalité proportionnellement très élevée de ces combattants durant la Première guerre mondiale. On serait davantage amené à évoquer un massacre que « la fraternité d’armes » dont parle le ministre. On sait au demeurant comme le montre Amadou Hampaté Bâ le rôle qu’a eu cette guerre dans l’expression de revendications indépendantistes. Le ministre revient sur les souffrances des rapatriés et des harkis, mais qui les nie ? Et l’indignité de la France dans la façon dont elle a abandonné les harkis ou dans l’accueil qu’elle leur a réservée lors de leur arrivée (ainsi d’ailleurs qu’aux rapatriés) fait bien partie de ce que nous devons enseigner. Mais cette souffrance donne t-elle à leur action un rôle positif ? La souffrance est-elle à ce point rédemptrice ?

En outre que dit la loi ? Elle ne dit pas qu’il convient de ne pas oublier les souffrances de ces populations, elle ne dit même pas, quoi qu’écrive le ministre, qu’il faudrait présenter le bilan nuancé de la colonisation, elle exige que nous enseignions « le rôle positif de la présence française outre-mer particulièrement en Afrique du Nord ». Autrement dit que nous enseignions à nos élèves que la colonisation a été une bonne chose. Les mots ne laissent guère de place à la nuance.

Quant au fait que « nulle part on ne voit l’esquisse d’instructions données aux enseignants », il nous laisse pantoises... Qu’est donc l’article 4 sinon des instructions sur ce que nous devons enseigner...

Notre pétition réaffirme notre droit à enseigner une histoire en nous appuyant sur les travaux d’auteurs qui n’en déplaise à monsieur le ministre, ne sont pas autoproclamés, mais ont acquis par des années de recherche et des diplômes d’Etat le droit d être considérés comme des spécialistes de la question. Pour que ce droit soit reconnu il faut supprimer les paragraphes de la loi que nous récusons.

Catherine GALEY, professeur d’Histoire et géographie au collège Léonard de Vinci à Saint Thibault des Vignes (77),

Elisabeth HERVOUET, professeur d’histoire et géographie au lycée Van Dongen à Lagny sur Marne (77).