Bouteflika demande à la France de demander pardon

publié le 21 septembre 2005 (modifié le 30 juillet 2019)

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a demandé mardi 20 septembre 2005 à la France de demander pardon aux Algériens pour les exactions commises lors de la colonisation de l’Algérie de 1830 à 1962.

El Watan , mercredi 21 septembre


Dans un discours prononcé, hier, à Batna [1], le président de la République a, de nouveau, appelé la France à faire son mea culpa pour les exactions commises durant sa présence coloniale en Algérie. Faisant allusion au traité d’amitié, dont les jalons ont été jetés lors de la visite d’Etat du Président Chirac en Algérie, en 2003, Abdelaziz Bouteflika rappelle implicitement qu’un tel traité reste conditionné par une reconnaissance solennelle par la France des atrocités commises de 1830 à 1962.


Il a toutefois reconnu en Jacques Chirac un homme d’Etat ayant « la probité et la conscience politiques ». Par la voix du porte-parole du Quai d’Orsay, Paris a rappelé, hier, qu’un traité d’amitié était en cours de négociation entre les deux pays, tout en exprimant sa volonté de prendre en compte « toutes les dimensions de la relation ». Selon les analystes, ce « ton nouveau » est qualifié de prélude à une reconnaissance officielle française des crimes commis contre le peuple algérien. Cela d’autant qu’il coïncide, selon une source diplomatique française, citée par l’AFP, avec la rencontre du chef de la diplomatie française, M. Douste-Blazy, avec son homologue algérien, M. Bedjaoui, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York. Les deux ministres ont évoqué la négociation du traité bilatéral « qui inclut le travail de mémoire ».

Djamel Zerrouk

Colonisation : Bouteflika demande à la France de demander pardon

[AFP, mardi 20 septembre]



Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a demandé mardi à la France de demander pardon aux Algériens pour les exactions commises lors de la colonisation de l’Algérie de 1830 à 1962.

« Si vous nous demandez pardon, nos coeurs sont assez vastes pour l’accepter, mais hormis cela, chacun défend ses intérêts avec les moyens qu’il juge appropriés », a affirmé le président Bouteflika dans un discours à Batna, dans les Aurès (430 km à l’est d’Alger).

« Si j’ai commis un crime, une faute contre toi, il faut que j’aie l’humilité de te demander pardon », a-t-il ajouté feignant de s’adresser à un interlocuteur dans ce discours dans le cadre de sa campagne pour le référendum sur la réconciliation nationale du 29 septembre.

Il a estimé que « pour que l’amitié soit comme du beurre sur du miel [2], il faut que chacun reconnaisse l’autre avec ses qualités et ses défauts ».

« Nous sommes une nation dont l’honneur ne peut être piétiné, mais nous avons des coeurs pleins d’amour, d’amitié, de fraternité pour tous les peuples, notamment ceux avec lesquels nous avons partagé le meilleur et le pire », a-t-il ajouté dans une allusion à la France.

Il a également salué le président français Jacques Chirac, un « homme intègre » lui souhaitant « bonne santé et bonheur » depuis « les Aurès, bastion de la révolution du 1er novembre », début de la guerre d’indépendance (1954-1962).

« Nous ne sommes pas les coupables, nous ne sommes pas de ceux qui demandent l’impossible. Nous avons des droits et nous ne voulons d’amitié que venant de bonnes intentions », a-t-il ajouté, soulignant que « la coopération algéro-française se porte bien et nous ferons en sorte qu’elle le reste et qu’elle se développe, se renforce ».

Lundi, à Tizi Ouzou (Kabylie, 110 km à l’est d’Alger), le président Bouteflika avait souhaité que la France « reconnaisse des responsabilités » durant cette colonisation.

« Pour peu que la France reconnaisse ses responsabilités dans les dégâts de la colonisation et de la guerre de libération [3], nous sommes prêts à signer un traité d’amitié définitif » avec elle, avait-t-il affirmé.

La France et l’Algérie doivent, en principe, signer, avant la fin de l’année un traité d’amitié à l’image du Traité de l’Elysée avec l’Allemagne.

« Il n’y aura pas de retour de l’autre drapeau », avait-t-il clamé à Tizi Ouzou dans une claire allusion à la France, précisant que le seul drapeau qui flotterait sur son pays serait celui aux couleurs « rouge, blanc et vert », celles de l’emblème national.

Dans un discours, le 28 août à Béchar (960 km au sud-ouest d’Alger), il avait affirmé que « l’Algérie travaille avec la France pour la signature d’un traité d’amitié entre les deux pays dans le respect mutuel et des intérêts des deux peuples ».

« Il n’y a aucune animosité entre l’Algérie et la France. Notre seul but est d’avoir des relations paisibles et amicales. Nous ne voulons qu’une paix et une quiétude sur un pied d’égalité », avait-t-il ajouté.

La France s’était déclarée, le 23 août, « confiante » dans la signature d’un traité d’amitié avec l’Algérie comme prévu, en principe avant la fin de l’année

Le 25 août, à Sétif (300 km à l’est d’Alger), M. Bouteflika avait estimé que les Français « n’ont pas d’autre choix que de reconnaître qu’ils ont torturé, tué, exterminé » durant la colonisation de l’Algérie.

[1Un article d’El Watan du même jour signé Adlène Meddi nous apprend que

Des militants du MDS et de SOS Disparus, critiques par rapport au projet de charte, ont été interpellés et même présentés à la justice pour « distribution de tracts menaçant l’intérêt national ».

[2Expression symbolisant l’amitié.

[3Guerre d’indépendance de 1954 à 1962.