Les « tirailleurs sénégalais »

publié le 15 août 2016
ces Africains qui libérèrent la Provence, nommons-les ...

On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu.
Vous, mes frères obscurs, personne ne vous nomme.

Leopold Sedar Senghor, Hosties noires

 
les tirailleurs, bras armé de la France coloniale, par Emmanuel Blanchard

Longtemps occultée, la participation des populations coloniales aux efforts de guerre de la France est aujourd’hui un véritable enjeu de mémoire au cœur des luttes politiques et juridiques des anciens combattants et des sans-papiers. En mettant l’accent sur la contribution de leurs aînés à la défense d’idéaux démocratiques, mis à mal par les gouvernements passés et présents de la France des colonies ou de la fermeture des frontières, ces derniers ont contribué à sortir de l’oubli des milliers d’hommes dont les sacrifices ne sont toujours pas reconnus. Il reste que l’image du tirailleur [1] libérateur de la France occupée ne permet pas d’appréhender, dans toute sa complexité, l’histoire des troupes coloniales.

 
Demba et Dupont : le retour ...

Abdoulaye Wade, président du Sénégal, a déclaré la journée du 23 août “journée du tirailleur”. Cette date a été choisie en référence à la libération de Toulon : dans la soirée du 23 août 1944, « les soldats du 6ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais du Colonel Salan pénètrent les premiers à Toulon » [2]. Le monument Demba et Dupont qui a été inauguré à cette occasion a une longue histoire.

 
les musulmans et la libération de la France, par Belkacem Recham

Cet article est la version développée de la communication de Belkacem Recham [3]
faite le 14 février 2004, à la Faculté de Droit de Toulon, dans le cadre de l’exposition de Caroline Fellowes et Grégoire Georges-Picot, Nos Libérateurs - Toulon - août 1944.

Nous avons complété ce document avec un entretien paru en septembre 2006 concernant le recrutement des soldats dans les colonies, et avec le point de vue de Belkacem Recham : «  la revalorisation prévue des pensions et retraites militaires reste a minima. »

[Première publication : mai 2004 ; mise à jour : 22 octobre 2006]
 
les Sénégalais retrouvent la mémoire

Un projet d’autoroute menace l’ancien site militaire de Thiaroye, où, en 1944, l’armée française réprima une mutinerie de tirailleurs. A l’approche de la présidentielle, la politique s’en mêle.

Un dossier de Philippe Bernard,
publié dans Le Monde du 23 février 2007.
 
l’inauguration bien discrète d’une exposition sur les tirailleurs sénégalais

Samedi matin 22 septembre, au Musée du Chemin des Dames, a été inaugurée l’exposition « Dans la guerre des toubabs. Les tirailleurs sénégalais en 14-18 », consacrée aux soldats africains qui ont été lancés le 16 avril 1917 à l’assaut des crêtes du Chemin des Dames et aux milliers d’entre eux qui y ont perdu la vie. Voir sur ce
sujet, l’article d’Emmanuel Blanchard les tirailleurs, bras armé de la France coloniale.

Bizarrement, ni les historiens qui ont travaillé sur cette histoire, ni les associations concernées n’avaient été invités, et même les élus locaux du département les plus impliqués dans le travail de mémoire autour de la Grande Guerre comme le maire de Craonne n’ont été informés qu’au dernier moment. Comme si les autorités étaient désireuses que l’inauguration se fasse en catimini.

Notons, par ailleurs, que plusieurs médias avaient annoncé la présence à cette inauguration du président de la République, en particulier le quotidien gratuit Matin plus du vendredi 21 septembre, alors que Nicolas Sarkozy n’est pas venu. Cette annonce reposait-elle sur une information erronée ou révélerait-elle changement de programme ?

 
prisonniers de guerre « indigènes », par Armelle Mabon

Après la débâcle de juin 1940, les combattants de l’armée française sont faits prisonniers. Tandis que les métropolitains partent pour l’Allemagne, les prisonniers coloniaux prennent le chemin des frontstalags répartis dans la France occupée : en avril 1941, près de 70 000 hommes sont internés dans 22 frontstalags. En janvier 1943, ils se sentiront trahis lorsque le gouvernement de Vichy acceptera de remplacer les sentinelles allemandes par des cadres français. À la Libération, leurs retours en terre natale donneront lieu à de nombreux incidents dont celui de Thiaroye, près de Dakar, qui fera plusieurs dizaines de victimes en décembre 1944 [4].

Après avoir découvert le destin de ces hommes dans les rapports professionnels d’une assistante sociale du service social colonial de Bordeaux, Armelle Mabon s’est consacrée à ces “oubliés de la République”, travaillant dans des archives publiques et privées et recueillant de nombreux témoignages inédits. Cet ouvrage donne la mesure de l’injustice, du déni d’égalité et du mépris, dont l’Etat a fait preuve à l’égard de ces ressortissants de son “empire”… Un sujet qui est toujours d’actualité.

La table des matières du livre est reprise à la suite de l’avant-propos.

 
des troupes africaines ouvriront le défilé du 14-Juillet à Paris

Le Secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants, Hubert Falco, a annoncé que les troupes des anciennes colonies africaines de la France ouvriront le défilé du 14 juillet 2010 sur les Champs-Elysées, en hommage aux Anciens combattants africains et malgaches.

Cette déclaration a été faite lors de la soirée de lancement du cycle « Force Noire - Tirailleurs 2010 », organisée dans le Salon d’Honneur du musée de l’Armée, Hôtel national des Invalides, mardi 13 avril 2010, dans le cadre des célébrations du cinquantième anniversaire des indépendances africaines [5].

Notre question : le gouvernement français profitera-t-il de ce cinquantenaire pour décider la dé-cristallisation des pensions des anciens combattants coloniaux ?...

 
stèle de Lanniron : un devoir de vérité

Lors de la seconde guerre mondiale, les prisonniers de guerre coloniaux ont été détenus en France, car Hitler n’en voulait pas sur le territoire allemand (à partir de 1943, ils seront gardés par des Français... ). L’un de ces camps se trouvait à Quimper, où une stèle a été inaugurée le 18 mai 2010 pour rendre hommage aux milliers de prisonniers qui sont passés par l’ancien “Frontstalag 135” de Lanniron.

L’historienne Armelle Mabon, auteure du livre Prisonniers de guerre “indigènes” - Visages oubliés de la France occupée qu’elle a consacré à cet épisode peu connu de la seconde guerre mondiale [6], s’est réjouie de cet hommage rendu à des milliers d’anonymes.

Mais elle se bat maintenant pour obtenir que soit corrigé le texte de la stèle qui évalue à 7 746 le nombre de « soldats issus des colonies françaises d’Afrique et d’Asie » qui ont été détenus dans ce camp. Une évaluation qui, d’après l’historienne, n’a aucune valeur et qui est certainement inférieure à la réalité. C’est pourquoi elle est intervenue auprès du maire de Quimper et du préfet du Finistère, et elle a pris contact avec le cabinet d’Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, en demandant que l’inscription figurant sur la stèle soit modifiée.

On ne peut imaginer que sa demande ne soit pas entendue, car

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur des hommes. »
Albert Camus


 
“les poilus d’ailleurs”, de Mehdi Lallaoui

Lorsque l’on évoque la « Grande guerre » on rappelle souvent les boucheries de la guerre des tranchées ou l’infamie des fusillés pour l’exemple. Avec le film Les poilus d’ailleurs et le livre du même nom [7], Mehdi Lallaoui revient, en cette année du centenaire de la première guerre mondiale, sur ces centaines de milliers de « tirailleurs sénégalais » issus en réalité de plus de cinquante ethnies et arrivés de tout l’empire colonial français.
Car près de 700.000 colonisés sont venus combattre auprès de 4.700.000 soldats métropolitains.

Mehdi Lallaoui présente son travail ci-dessous.

 
colloque : massacres et répressions dans le monde colonial

Le massacre de Thiaroye est un événement dramatique qui s’est déroulé près de Dakar en décembre 1944, au cours duquel plusieurs dizaines de “tirailleurs sénégalais” ont trouvé la mort. En France, cet épisode tragique du passé colonial a quasiment disparu de la mémoire collective. Une pétition est proposée sur le site du CVUH (Comité de vigilance face aux usages publics de l’Histoire) demandant que cesse le silence sur cet épisode, ainsi que la réhabilitation des victimes.

De son côté, l’Université de Bretagne Sud à Lorient organise, du 27 au 29 novembre 2014, un colloque consacré aux massacres coloniaux. Vous en trouverez le programme ci-dessous.
 [8]

 
les soldats coloniaux de 14-18, éternels oubliés ?, par Gilles Manceron

Délaissés par la République, les soldats coloniaux de 14-18 ont été les grands absents des monuments aux morts qui ont couvert le territoire français. Eternels oubliés, ils l’étaient encore des commémorations du Centenaire jusqu’à l’ajout tardif de l’opération « Frères d’armes », bienvenue, mais qui aborde partiellement leur histoire. C’est dire l’intérêt du film Les poilus d’ailleurs de Mehdi Lallaoui, et du débat qui a suivi la projection ce lundi 10 novembre, avec Mediapart.

Gilles Manceron nous propose ci-dessous une réflexion sur l’oubli dont les
soldats coloniaux de 14-18 sont aujourd’hui victimes.

 
la France et ses tirailleurs sénégalais ...

Il y a dix ans, Abdoulaye Wade, président du Sénégal, proclamait le 23 août “Journée du Tirailleur”. La date avait été choisie en référence à la libération de Toulon : dans la soirée du 23 août 1944, « les soldats du 6e Régiment de Tirailleurs Sénégalais du Colonel Salan pénètrent les premiers à Toulon » [9].

Le Sénégal et la France partagent une longue histoire militaire, notamment au travers des tirailleurs sénégalais – penser au Banania – mais, côté français, cette histoire commune n’est pas toujours bien connue – voir le massacre de Thiaroye.

 
la guerre des Autres : les colonies dans la Première Guerre mondiale

Colloque “ Traces, récits et mémoires”, organisé les 1er, 2 et 3 décembre 2014, par le département Relations euro-méditerranéennes – monde maghrébin (REMOMA) et le département de Littérature française de l’Université Paris 8.

Renseignements :
tquemeneur@hotmail.com et zinebbenali@yahoo.fr

 
soldats indigènes : devoir de mémoire ou de vérité ?

Chaque année, au mois d’août, la Provence célèbre sa libération de l’occupation nazie : il y a 72 ans, le 15 août 1944, une armée alliée forte de 350 000 hommes débarquait sur les plages du Var.

Nombre de villes et de villages rendent chaque année hommage à ceux qui les libérèrent. Pourtant, parmi ces libérateurs, certains sont rarement évoqués. Lors des célébrations, les soldats indigènes de l’armée française ne sont presque jamais représentés et leurs témoignages souvent ignorés. Ils représentaient la moitié des troupes françaises débarquées, mais ils eurent bien plus de tués et de blessés que leurs frères d’armes. Comment expliquer ces faits ?

Seule une investigation minutieuse dans les archives militaires peut apporter des éléments de réponse à ces questions complexes. L’article inédit ci-dessous rend compte d’un travail sur ce sujet. Son auteur, l’historien Grégoire Georges-Picot, a été, en 2003, l’un des commissaires de l’exposition Nos libérateurs -Toulon 1944 présentée au Musée d’Art de la ville. Ce site en a fait le compte-rendu.

 
le blanchiment des troupes coloniales

Le documentaire de France 3 diffusé le 11 juillet dernier est repris ci-dessous à la suite de sa présentation du 11 juillet.

Voir également cette autre page : soldats indigènes : devoir de mémoire ou de vérité ?