Une Maison de l’histoire de France ?

publié le 22 janvier 2011
un musée officiel de l’“identité nationale” ?

Le 13 janvier 2009, à l’occasion de la présentation de ses voeux au « monde culturel », Nicolas Sarkozy a annoncé la création d’un musée de l’histoire de France. Cette décision s’appuyait sur un rapport Hervé Lemoine intitulé « La maison de l’histoire de France » [1] où le conservateur du patrimoine proposait la réalisation d’un « centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France ».

Un grand nombre d’historiens, notamment les membres du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH), y ont vu une légitimation du repli identitaire que Nicolas Sarkozy tente d’imposer, avec le retour à une « histoire civile et militaire de la France » reposant sur de grands hommes – Louis XIV, Napoléon ... – et des événements – la bataille de Poitiers, la première croisade et la révocation de l’édit de Nantes – considérés comme fondateurs de ce qui constituerait la nation française.

La présentation des voeux de Nicolas Sarkozy, et l’annonce de ce projet, se sont déroulées à Nîmes, dans le quartier de la Maison Carrée bouclé pour cause de manifestations : « pas âme qui vive dans un rayon de 600 mètres, commerces fermés à 9 heures alors qu’il arrivait à 11 h 30, personnes âgées interdites d’accès à leur domicile jusqu’à 14 heures » [2].

 
“maison de l’histoire de France” ou promotion de “l’identité française” ?

Le 13 janvier 2009, Nicolas Sarkozy était à Nîmes pour présenter ses vœux aux “acteurs de la culture”. C’est ce jour-là qu’il a annoncé dans son discours du Carré d’Art [3] sa décision de créer un musée permettant de «  questionner l’histoire de France dans son ensemble ».

On ne connaît toujours pas le lieu symbolique où se situera cette Maison de l’histoire de France. En revanche la lecture du rapport [4] de Hervé Lemoine [5] qui est à l’origine du projet permet d’en saisir un des objectifs. Après avoir affirmé que « la France souffre de son histoire, donc de son identité », il s’agirait de revenir « d’une histoire plurielle [...] à une histoire singulière »? [6]

 
la Maison de l’histoire de France ira aux Archives

Vingt mois après avoir annoncé officiellement, à Nîmes, sa décision de créer une Maison de l’histoire de France, Nicolas Sarkozy a décidé de son implantation : ce musée s’installera sur le site parisien des Archives nationales et fonctionnera en réseau avec d’autres musées historiques.

A l’issue d’une visite en famille de la grotte de Lascaux, le président de la République a déclaré, dans un discours prononcé le 12 septembre aux Eyzies-de-Tayac (Dordogne) : « Nous avons décidé de retenir comme siège de cette nouvelle institution le site des Archives nationales, grand quadrilatère regroupant au coeur de Paris les hôtels de Soubise et de Rohan autour de grands jardins ».

Nous reprenons ci-dessous, avec sa permission, l’article que Gaspard Gantzer, Maître de conférence à Sciences-po, a consacré à cette information dans son blog sur Mediapart.

 
“maison de l’histoire de France” : un projet dangereux

La décision de Nicolas Sarkozy, d’installer en 2012 la “Maison de l’histoire de France” sur le site parisien des Archives nationales est critiquée par de nombreux universitaires et chercheurs qui dénoncent un projet dangereux reposant sur une vision étriquée et rétrograde inacceptable. Ils condamnent cette « vitrine historique de la supposée identité nationale » et dénoncent « une histoire centrée avant tout sur l’État-nation et les grands hommes ». Ils appellent en conséquence à la suspension du projet où Vincent Duclert voit un avant-poste de la présidentielle...

 
maison de l’histoire de France : la lettre ouverte de Pierre Nora à Frédéric Mitterrand

Le 12 septembre 2010, Nicolas Sarkozy, a annoncé, pendant sa visite à Lascaux que la « Maison de l’Histoire de France sera créée dans les prochains jours » et qu’il a retenu « comme siège de cette nouvelle institution le site des Archives nationales », à Paris dans le Marais. [7]

 
la “Maison de l’histoire de France” se met en place

Deux ans après l’annonce par Nicolas Sarkozy de la création controversée d’une Maison de l’histoire de France, Frédéric Mitterrand a installé son comité d’orientation scientifique au ministère de la Culture et de la Communication, le 13 janvier 2011. Ce comité, présidé par l’historien Jean-Pierre Rioux, comporte 20 membres dont vous trouverez la liste ci-dessous.

En septembre dernier Nicolas Sarkozy avait retenu le site parisien des Archives nationales pour loger ce musée, une décision qui a suscité une vive opposition de la part des personnels des Archives. La première réunion du comité d’orientation de la Maison a eu lieu au ministère de la Culture. La prochaine est prévue pour fin janvier, mais le lieu n’a pas encore été fixé car une partie des locaux des Archives nationales est occupée.

Nous reprenons ci-dessous un article de Sophie Wahnich consacré à la critique de ce projet. Pour l’historienne, en effet, cette “maison” est un élément de la vaste entreprise d’instrumentalisation de l’histoire à laquelle se livre Nicolas Sarkozy. Son but : être la grande réalisation « culturelle » de sa présidence. Son rôle : dire aux Français « l’identité de la France ».

 
l’Hôtel de la Marine, lieu d’histoire et de mémoire nationale, ne peut être privatisé

« Il n’est pas question que l’Etat vende l’hôtel de la Marine, l’aliène, il n’en est pas question » a assuré Nicolas Sarkozy en présentant ses voeux au monde de l’éducation et de la culture, au Grand Palais mercredi 18 janvier. Il a annoncé qu’une commission indépendante se réunira dès la semaine prochaine pour déterminer la « meilleure utilisation » du prestigieux hôtel de la Place de la Concorde.

La décision du gouvernement de confier à des investisseurs et exploitants privés l’utilisation du bâtiment, que l’état-major de la marine nationale quittera fin 2014 pour s’installer dans le futur “Pentagone à la française” du quartier Balard (15e), a suscité l’émoi de nombreux défenseurs du patrimoine.

Le ministère de la défense, en quête d’argent pour financer son déménagement, avait décidé de le vendre. Devant le tollé général, il a ensuite opté pour une location de quatre-vingts ans. La privatisation et la transformation de cet hôtel particulier du XVIIIe siècle en un ensemble de commerces et de suites de très grand luxe a provoqué de nombreuses protestations.

Le célèbre bâtiment de la place de la Concorde, construit sur ordre de Louis XV, raconte deux siècles de notre histoire. La condamnation à l’échafaud de Louis XVI y fut signée ainsi que l’abolition de l’esclavage. Il est classé monument historique depuis 1862. Les idées sur sa future destination ne manquent pas : certains, dans un appel publié le 11 janvier, proposent d’y installer la Maison de l’histoire de France, d’autres, dans un texte publié le 19, demandent qu’un Musée de l’esclavage, de la colonisation et de l’outre-mer, y soit créé – une proposition que l’on comprend d’autant mieux qu’il n’existe actuellement aucun musée sur notre passé colonial.