Livres et films sur la guerre d’Algérie

publié le 23 avril 2019
Histoire de la guerre d’indépendance algérienne, par Sylvie Thénault

Dans son dernier livre [1], Sylvie Thénault montre l’enracinement national du jeune État en gestation et son antagonisme irréductible avec le système colonial.

Présentation par Mohammed Harbi [L’Humanité du 20 juin 2005]

 
Daniel Timsit : « comme notre Révolution était grande ! »

Daniel Timsit, né à Alger, en 1928, dans une modeste famille de commerçants judéo-berbères, a participé activement à la guerre d’indépendance de l’Algérie.
Dans un documentaire réalisé par Nasredine Guenifi, l’ancien militant s’exprime sur l’évolution de l’Algérie, explique ses engagements et parle de son identité algérienne : « Je n’ai jamais été un Européen » déclare-t-il.

Le film de Nasredine Guenifi, Daniel Timsit, l’Algérien, d’une durée de 1h56, est disponible en DVD. Pour le commander, contacter nasredguenifi@free.fr

Parmi les livres que Daniel Timsit nous a légués, on peut citer : Algérie, récit anachronique et Récits de la longue patience, journal de prison 1956-1962, tous deux édités chez Bouchene.

 
Le Journal (1955-1962), de Mouloud Feraoun

Mouloud Feraoun a été assassiné en mars 1962 par un commando de l’OAS, quelques jours avant le cessez-le-feu. Instituteur puis directeur de cours complémentaires en Kabylie, il a été adjoint au chef du service des Centres sociaux éducatifs à Alger. Il a laissé un témoignage unique sur la guerre d’Algérie, son Journal des années 1955-1962. Cette œuvre d’un Algérien de double culture vient d’être rééditée dans une collection de poche, ce qui le rend à nouveau accessible [2].

Cet ouvrage a fait l’objet d’une adaptation théâtrale : à partir d’une trentaine de pages du Journal, Dominique Lurcel a mis en scène un monologue intitulé Le contraire de l’amour, qui a subjugué les spectateurs lors de représentations données à Lyon et au Festival d’Avignon (off) en juillet dernier [3].

Ci-dessous des extraits du choix scénique de Dominique Lurcel, reproduits avec son autorisation (les intertitres ont été ajoutés).

[Mis en ligne le 11 août 2011, mis à jour le 29]


 
La guerre d’Algérie vue par les Algériens, de Benjamin Stora & Renaud de Rochebrune

Les deux auteurs précisent d’emblée, dans une note de la quatrième de couverture, l’ambition de leur livre : « rapporter, à partir de toutes les sources possibles, un récit, lisible par tous, de cette guerre telle qu’elle a été vue, vécue et relatée par les Algériens, et en premier lieu par les militants et combattants indépendantistes. Comme l’aurait fait, en historien, un hypothétique envoyé spécial français de l’autre côté de la “ligne de front” pendant le conflit. »

Ils poursuivent : « Ce changement de perspective permet de jeter un regard neuf sur ce qu’on appelle généralement, du côté algérien, la guerre d’indépendance, la guerre de libération nationale ou la Révolution. Qu’il s’agisse des dates essentielles, du nombre des victimes, du déroulement des batailles, du comportement des populations civiles, des rapports entre Européens et Algériens, de l’utilisation de la violence ou de la torture, des objectifs de la lutte ou, bien sûr, des “héros”, tous les aspects du conflit, et notamment les plus tragiques, prennent un jour totalement différent. »

Ci-dessous la présentation de cet ouvrage publiée dans le Magazine de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, le 26 mars 2012.

 
Le camp des oliviers, parcours d’un communiste algérien

William Sportisse, né en 1923 à Constantine, a été élevé dans une famille juive
autochtone, française par le droit mais de culture judéo-arabe. Guidé par la
trajectoire de son frère aîné, Lucien, pionnier des luttes anticoloniales assassiné par la Gestapo à Lyon en 1944, il choisit très tôt le camp d’une Algérie
décolonisée et socialiste. Devenu citoyen de l’Algérie indépendante, il connaît à partir de 1965 les tortures et les prisons du régime, avant que l’explosion des années 1990 ne le contraigne à l’exil.

À travers le prisme d’une personnalité militante confrontée à des documents d’archives jusqu’ici inexplorées, ce livre d’entretiens avec Pierre-Jean Le Foll-Luciani, déploie autour d’un parcours minoritaire des pans méconnus de l’histoire sociale et politique de l’Algérie (post)coloniale. Pierre-Jean Le Foll-Luciani est doctorant en histoire contemporaine à l’université Rennes 2. Sa thèse porte sur les militants anticolonialistes juifs algériens (de l’entre-deux-guerres aux premières années de l’indépendance de l’Algérie). Nous reprenons ci-dessous l’introduction qu’il a rédigée pour la publication de ses entretiens avec William Sportisse.

 
Guerre d’Algérie, la déchirure, par Gabriel Le Bomin et Benjamin Stora

Cinquante ans après les Accords d’Evian et l’indépendance de l’Algérie, le temps semble venu de raconter la Guerre d’Algérie en regardant l’Histoire en face, sans tabous ni silences. Réalisé à partir d’archives colorisées, en grande partie inédites et provenant de sources très diverses, le documentaire Guerre d’Algérie, La déchirure, diffusé sur France 2 en mars 2012, retrace chronologiquement l’histoire de la Guerre d’Algérie.

Une sale guerre dans laquelle 1,5 millions de soldats français ont été projetés – 30 000 ne sont pas revenus – ; une guerre qui a entraîné la mort de centaines de milliers d’Algériens et la destruction de centaines de villages, qui a déraciné près d’un millions de Pieds-noirs de leur terre natale et vu l’abandon et le massacre de milliers de Harkis.

 
La guerre d’Algérie de Jean-Charles Jauffret

Après les Algériens, les « appelés et rappelés » constituent la catégorie la plus importante de personnes qui ont été personnellement impliquées dans les “événements d’Algérie” : de 1952 à 1962, 1 343 000 appelés ou rappelés ont participé “au maintien de l’ordre en Afrique du Nord” ; on peut leur ajouter 407 000 militaires d’active. Les pieds-noirs étaient environ 1 million [4].

Beaucoup d’appelés/rappelés sont revenus de cette guerre avec des séquelles et des blessures qui ne cessent aujourd’hui encore de les hanter. Le malheur des appelés, combattants plus ou moins volontaires d’une sale guerre a été évoqué dans de nombreux témoignages, études ou romans publiés depuis l’époque de la guerre jusqu’à aujourd’hui. Parmi ces publications, on peut citer le témoignage magnifique de Noël Favrelière, Le désert à l’aube (Minuit, 1960) et le travail précurseur de Jean-Pierre Vittori, Nous les appelés d’Algérie publié dès 1977 chez Stock.

Le 19 mars, anniversaire du cessez le feu, commémore un événement essentiel : la décision commune des belligérant de faire taire les armes. Cette date ne marque pas la fin des violences de guerre mais la volonté de les faire cesser.

Professeur à Sciences Po Aix, où il dirige le département d’histoire et les recherches en histoire militaire comparée, Jean-Charles Jauffret est un spécialiste de la guerre coloniale, des troupes de professionnels et d’appelés et, surtout, des conflits afghan et algérien. L’historien ne peut que constater le traumatisme et sa pérennité. L’auteur nourrit le vœu de guérir les plaies côté français et d’œuvrer à la réconciliation des deux rives de la Méditerranée.
Nous reprenons ci-dessous le témoignage d’un ancien appelé qui a assisté le 11 mars dernier à un exposé de Jean-Charles Jauffret sur la guerre d’Algérie au lycée Jean Moulin de Béziers.

[Mis en ligne le 13 mars 2016, corrigé le 14]


 
« A Mansourah, tu nous as séparés »,
un film de Dorothée Myriam Kellou

Pendant la guerre d’Algérie, 2 350 000 millions de personnes ont été déplacées par l’armée française et regroupées dans des camps. 1 175 000 ont été forcés de quitter leur lieu d’habitation déclaré « zone interdite » pour un espace contraint loin de leurs ressources. La cinéaste Dorothée-Myriam Kellou a recueilli auprès de son père, dans son village natal de Mansourah, ses souvenir de cette transplantation. Nous publions également un article à ce sujet de l’historien Michel Cornaton, auteur de « Les camps de regroupement de la guerre d’Algérie ».

 
Guelma, 8 mai 1945, de Jean-Pierre Peyroulou

S’appuyant sur sa thèse, l’historien Jean-Pierre Peyroulou revient sur les massacres de Sétif et de Guelma en mai-juin 1945, en se focalisant sur Guelma. Nous reprenons ci-dessous la préface de Marc Olivier Baruch à cet ouvrage publié en janvier 2009 aux éditions La Découverte [5]

Le 8 mai 1945, jour des célébrations de la victoire des alliés, la poussée du mouvement national algérien se heurta à une réaction européenne d’une rare violence : dans les semaines suivantes, des civils européens « purgèrent » la région de Guelma de ses nationalistes – des centaines d’entre eux furent assassinés – et s’opposèrent à la politique de réformes. Un mouvement non seulement répressif, mais subversif, organisé, qui bénéficia de la participation des pouvoirs publics et des élus.

Retraçant très précisément le déroulement de ce drame, cet ouvrage en propose également une réinterprétation. Jean-Pierre Peyroulou décèle en effet dans l’action des Européens des logiques subversives préfigurant l’action de l’OAS en 1961-1962. Il examine le fonctionnement d’un État et d’une société coloniale qui élaborèrent une raison d’État rampante pour recouvrir la réalité et la nature des violences, et les chemins tortueux qu’elle emprunta entre Guelma, Constantine, Alger et Paris...

 
Autour de la tuerie d’Oudjehane, par Michel Mathiot

Réflexions sur le livre de Claire Mauss-Copeaux, La Source, Mémoires d’un massacre, Oudjehane, 11 mai 1956, par Michel Mathiot. [6]

[Mis en ligne le 29 septembre 2013, mis à jour le 30]


 
La source – mémoires d’un massacre : Oudjehane, 11 mai 1956, par Claire Mauss-Copeaux

Menée en Algérie par les Français, la guerre coloniale a été marquée
par de nombreuses violences contre la population civile algérienne,
accusée de soutenir les nationalistes.
Les responsables ont tenté de les dissimuler, de les effacer ou de les nier.
Mais est-il possible d’oublier ce qui s’est passé à Oudjehane?
Dans ce hameau de la presqu’île de Collo, le 11 mai 1956, plus de 70
personnes, des hommes, des femmes et des enfants, ont été massacrées
par des soldats du 4e BCP.

Soixante ans après les faits, André, un vétéran a tenté de savoir. En
menant ses recherches sur la Toile, il a rencontré Nour un proche des
massacrés préoccupé lui aussi par l’histoire d’Oudjehane. Nour a
accepté le dialogue que lui proposait André. Depuis leur rive, ils ont
discuté, échangé leurs découvertes et leurs interrogations. Informée
par André, l’historienne Claire Mauss-Copeaux les a rejoints. Elle a enquêté auprès des témoins en France et en Algérie. En Algérie, des survivants l’ont accueillie et accompagnée jusqu’aux ruines du hameau. Ce livre, dédié aux gens d’Oudjehane, est aussi l’histoire d’une rencontre et d’un cheminement accompli ensemble vers ce matin tragique du mois de mai 1956.

Claire Mauss-Copeaux, historienne de la guerre d’Algérie et des violences de guerre, est l’auteur d’un livre pionnier devenu un classique : Appelés d’Algérie, la parole confisquée [7]. Comme quelques autres, elle pense que si l’historien doit décrire les faits, il ne peut pas occulter les malheurs qui les ont accompagnés et les souffrances qu’ils continuent de provoquer.

 
Palestro, 18 mai 1956

Palestro, le 18 mai 1956 : 21 militaires français tombèrent dans une embuscade. Un seul d’entre eux survécut, les corps des autres furent retrouvés mutilés. Quelques mois après que le contingent avait été rappelé pour lutter contre l’insurrection qui se propageait en Algérie, la nouvelle fit l’effet d’une bombe. « Palestro » devint vite synonyme de la cruauté de cette guerre qui ne disait pas son nom. Pourquoi, alors qu’il y eut d’autres embuscades meurtrières, a-t-on plus particulièrement retenu celle-ci ? Pour comprendre les raisons de cette persistance dans l’imaginaire national français, il a fallu enquêter en Algérie et comprendre ce qu’il en était là-bas. L’action des maquisards de l’Armée de Libération Nationale y était-elle également distinguée ?

Mais l’analyse ne pouvait s’en tenir aux événements de l’année 1956 : il a fallu aller voir plus loin et interroger un passé plus ancien, là où s’étaient noués les liens coloniaux. Sous les pas des combattants de 1956 en effet, d’autres Français et d’autres Algériens avaient laissé leurs traces. Ce livre de Raphaëlle Branche est aussi leur histoire.

 
Palestro, Algérie : histoires d’une embuscade

La diffusion le 20 mars 2012, par la chaîne Arte, de Palestro, Algérie : Histoires d’une embuscade (2012, 85mn) d’après le livre de Raphaëlle Branche a constitué un événement. Relatant un fait de guerre – les 21 rappelés français tombés dans une embuscade tendue le 18 mai 1956 à Palestro, dont 20 meurent ou disparaissent – le documentaire de Rémi Lainé et Raphaëlle Branche remonte aux sources et aux causes profondes de l’affrontement algéro-français, à savoir le processus de la colonisation qui a enclenché un autre processus, celui des exactions-répressions et rappelle le litige originel : la dépossession des terres au profit des colons. Un film qui explique et démonte, plutôt qu’il n’accuse.

À la suite du documentaire, repris ci-dessous en version intégrale, vous trouverez un commentaire de l’historien André Nouschi, puis un compte-rendu publié dans le quotidien El Watan.

 
Prisonniers du FLN, par Raphaëlle Branche

Au cours de sa guerre de libération, le FLN fit des prisonniers, autour de 400 militaires, et plus de 500 civils français. Plus de la moitié ne revinrent pas de leur détention. Historienne, spécialiste de la guerre d’Algérie, Raphaëlle Branche publie le premier ouvrage consacré à ces hommes et ces femmes, dont on connaît mal les conditions de vie au sein du maquis algérien.

Raphaëlle Branche, historienne, spécialiste de la guerre d’Algérie, est maîtresse de conférences à l’université Paris-1. Elle est notamment l’auteure de La Torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962 (Gallimard), L’Embuscade de Palestro : Algérie, 1956 (Armand Colin), et Viols en temps de guerre (avec Fabrice Virgili, Payot).

 
Mon oncle d’Algérie, par Nathalie Funès

Le long voyage dans le passé de Nathalie Funès à la recherche des traces de son oncle, en France, en Algérie, dans les archives, auprès des témoins qui ont croisé sa route... Une autre histoire de Français d’Algérie.

 
La France en guerre, 1954-1962, sous la direction de Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault

« Les deux auteures ont rassemblé les contributions d’une trentaine de jeunes historiens, qui, après une minutieuse enquête coordonnée, à l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP), par Anne-Marie Pathé, ont balayé le territoire métropolitain avec cette simple, mais si importante, question : “Comment les Français ont-ils vécu ce conflit, au quotidien ?” »

Alain Ruscio

Ci-dessous, une présentation de l’ouvrage [8], suivie de la reprise du début de son introduction.