Les résistances à la guerre d’Algérie

publié le 6 avril 2017
Jean Sprecher, une autre façon de regarder l’Algérie

Aïcha Kassoul rend hommage à Jean Sprecher [1].

 
La guerre d’Algérie - bilan d’un engagement : un entretien avec Pierre Vidal-Naquet

Dans un entretien réalisé en 1996, l’historien français, pleinement engagé contre la guerre menée par la France en Algérie, analyse avec recul son engagement d’alors ainsi que le rôle du FLN, la montée de l’islamisme en Algérie, l’image que se font les Français de ce pays, celle des Harkis...
 [2]


 
Refuser la torture, par Xavier Jacquey

Comment se souvenir de la guerre d’Algérie? Comment dire la violence?
Acteurs ou témoins, ceux qui ont été appelés sont déchirés. Impossible de
choisir entre une mémoire impossible et un impossible oubli. La violence
est toujours là. Quand ils veulent l’oublier, les événements des guerres
actuelles la font resurgir. Les notes prises au jour le jour, les lettres,
les photographies envoyées alors aux parents exhumées dans les greniers
confirment les cauchemars.

Le 16 mars 2007, s’est tenue à l’Université Inter-Age de Versailles une table-ronde animée par Pierre Servent sur le thème « Guerre d’Algérie, leçon d’histoire pour aujourd’hui » [3]. Nous avons choisi de reprendre le témoignage du docteur Xavier Jacquey alors infirmier appelé à la fin des années 1950.

 
Des Français qui se sont battus pour l’indépendance de l’Algérie

Le quotidien El Watan publie dans son édition du 18 juin 2007 un dossier de Merzak Chertouk consacré à Henri Maillot et Maurice Laban, et plus généralement aux Français du FLN [EW].

La brève évocation ci-dessous demande à être complétée par des développements concernant notamment les rapports entre le Parti communiste algérien et le FLN. Une source de première main est évidemment l’ouvrage collectif dirigé par Henri Alleg [4], ce dernier ayant connu les principaux acteurs de l’épisode évoqué. Vous pourrez également vous référer au chapitre 6 de l’Histoire de la guerre d’indépendance algérienne de Sylvie Thénault [5].

 
L’hommage de Paris au général Jacques de Bollardière

Bertrand Delanoë, maire de Paris, a officiellement inauguré le 29 novembre 2007, un carrefour du nom de Jacques Pâris de Bollardière à quelques pas de l’Ecole militaire. Le Conseil de Paris avait pris cette initiative en hommage à l’ancien compagnon de la Libération, devenu en 1956 le plus jeune général de l’armée française, dont le nom reste associé au combat contre la torture pendant la guerre d’Algérie. Pour avoir dénoncé publiquement l’utilisation de « méthodes contraires aux traditions de l’armée », ce “Juste” avait été condamné à soixante jours de forteresse.

Jeudi, aux côtés de Simone de Bollardière, la veuve du général, et de ses trois filles, se tenaient de nombreux Algériens, ainsi qu’André Gazut. Ce cinéaste a réalisé en 1974 un film sur le seul officier supérieur français à avoir condamné ouvertement la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie. Ce film, jamais diffusé sur une chaîne nationale de télévision française, a été projeté à Toulon le 17 octobre 2001 en présence du réalisateur et de Simone de Bollardière qui avait notamment déclaré : «  il faut savoir désobéir, apprendre à dire NON ! ».

 
Ils ont dit “non” à la guerre sans nom, par Tramor Quemeneur

Près de 15 000 jeunes Français ont été insoumis, déserteurs ou objecteurs de conscience pendant la guerre d’Algérie — la même proportion de refus que celle des jeunes Américains pendant la guerre du Vietnam.

Ce fait, qui n’avait jusqu’à présent pas été révélé, ressort de la grande thèse que Tramor Quemeneur a soutenue en octobre 2007, au terme d’une étude longue et fouillée qui s’appuie sur une masse considérable d’archives déposées au service historique de l’armée française.

 
Réfractaires à la guerre d’Algérie

Quarante ans après la fin de la guerre d’Algérie, d’anciens réfractaires et des solidaires ont décidé de témoigner. Avoir envie de se rencontrer pour se raconter tant d’années après était parfaitement déraisonnable. Déraisonnables, ils avaient déjà montré qu’ils pouvaient l’être. Leur livre nous apprend comment ils ont décidé ensemble de dire non et d’attiser une conscience si actuelle, de la désobéissance civile comme forme de toute civilisation humaine...

Erica Fraters, Réfractaires à la guerre d’Algérie (1959-1962), 224 pages, décembre 2005 [6].

 
Décès de Francis Jeanson, créateur d’un réseau de soutien au FLN

Le philosophe Francis Jeanson, fondateur d’un réseau de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie (réseau dit des « porteurs de valise »), est mort à 87 ans, samedi soir 1er août 2009.

Francis Jeanson qui se voulait le défenseur des causes justes, s’était engagé aux côtés des combattants algériens après le déclenchement de la guerre d’Algérie, créant un réseau permettant de collecter et transporter fonds et faux-papiers pour les militants du FLN opérant en France.

L’historien algérien Daho Djerbal lui rend hommage dans l’article que nous reprenons du site Babelmed.

 
Francis Jeanson, un intellectuel engagé, par Benjamin Stora

Francis Jeanson vient de nous quitter. Proche de Jean-Paul Sartre, il est une des figures intellectuelles françaises les plus connues, les plus engagées contre la guerre d’Algérie dans les années 50. Pour cet animateur infatigable de la revue Les Temps modernes, le moteur de l’histoire est le défi, qui est aussi le mobile de ses propres actes. Pendant la seconde guerre mondiale, moment de son premier engagement, le défi que l’homme libre et responsable doit relever est celui que lance au monde le nazisme.

Après 1945, le défi fondamental est celui de la décolonisation. Pendant la guerre d’Algérie, Francis Jeanson veut faire converger ses propos et ses actes : si on parle de solidarité avec les Algériens nationalistes et révolutionnaires, alors il faut se « mettre au service » des militants du FLN. Ce seront les fameux « réseaux Jeanson », chargés de porter les valises pleines d’argent et de documents, traqués par la police française. En 1960, le procès du réseau Jeanson sera l’occasion d’une dénonciation, en portée au grand public, de la guerre coloniale menée en Algérie. [7].

Dans un entretien, publié le 3 Août 2009 sur le site Mediapart, que nous reprenons ci-dessous, Benjamin Stora, historien spécialiste de l’Algérie, retrace l’engagement de Francis Jeanson.

 
Abdelkader Rahmani, officier FSNA – Français de souche nord-africaine – de l’armée française

Après avoir participé à la libération de la France, Abdelkader Rahmani s’engage dans l’armée française.

Au printemps 1957, il est embastillé pour avoir officiellement demandé à ne pas avoir à se battre contre ses frères qui luttaient pour l’indépendance de leur pays.Il occupe une cellule dans laquelle le général de Bollardière, seul officier supérieur à avoir condamné ouvertement la torture, lui succédera.

Après différentes péripéties, l’armée le place, le 2 février 1959, dans la position de non-activité par retrait d’emploi. Il y sera maintenu plus de quinze ans.

Sa carrière brisée ne sera jamais reconstituée, contrairement à celles des putschistes qui avaient tourné leurs armes contre la République, et qui ont pu bénéficier de la loi d’amnistie du 3 décembre 1982.
Aucune indemnité ne lui sera versée, contrairement aux activistes de l’OAS qui ont bénéficié de l’article 13 de la loi du 23 février 2005.

Ci-dessous, la reprise d’un article d’Hélène Bracco publié dans le n°159, juillet-septembre 2009, de la revue Gavroche [8].

 
Nicole Dreyfus, de l’affaire Dreyfus à la défense des militants algériens

Nicole Dreyfus, qui fut avocate de militants du FLN, est morte le 11 février 2010 à l’âge de 85 ans. Le 8 mai 2009, elle s’était encore rendue en Algérie pour participer à Guelma au colloque organisé par l’université de cette ville en commémoration des massacres qui avaient suivi la manifestation du 8 mai 1945.

Pour le livre Etre dreyfusard hier et aujourd’hui paru en octobre 2009, elle avait considérablement complété son intervention au colloque de 2006 dont ce livre reprend les travaux. Elle y apporte des explications qu’elle n’avait jamais données sur son enfance alsacienne et sur son engagement d’avocate anticolonialiste. Elle développe, en particulier, l’importance qu’avait eue pour elle la mémoire de l’affaire Dreyfus telle qu’elle lui avait été transmise comme une affaire profondément ressentie par sa propre famille, et elle revient sur le sens qu’avait eu pour elle la défense des militants algériens.

 
L’association des anciens appelés en Algérie contre la guerre

Les appelés qui ont combattu en Algérie peuvent, à 65 ans, toucher une retraite du combattant, d’environ 500 euros par an. Mais, pour certains d’entre eux, cet argent est inacceptable, « taché de tout le sang coulé en Algérie ». C’est ainsi que s’est créée, le 8 janvier 2004, l’Association des anciens appelés en Algérie contre la guerre (4ACG).
Les membres de l’association (loi 1901) sont d’anciens appelés en Algérie qui reversent l’intégralité de cette retraite afin qu’elle soit utilisée au financement de projets humanitaires – donnant ainsi un sens à ce qui n’en avait pas.

Pour contacter les 4ACG : http://www.4acg.org/spip.php?rubrique19

 
La 4ACG refuse la violence et la guerre comme moyens de résolution des conflits

Créée le 8 janvier 2004 à Albi par quatre anciens appelés en Algérie qui voulaient reverser leur retraite dite du « combattant » (environ 600 € par an), l’association Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre compte aujourd’hui plus de 250 membres.

Les membres de l’association ne se contentent pas de financer et d’accompagner des projets en faveur de la paix et du développement, en Algérie ou ailleurs, ils veulent aussi – et surtout – être des témoins, des « montreurs » de paix. Ils veulent dire l’absurdité de la guerre, l’inutilité des conflits, la perte d’humanité qu’ils entraînent automatiquement.

Ils se déplacent régulièrement, partout où on les sollicite : dans les écoles, les collèges, les lycées, dans les manifestations en faveur de la paix, les colloques, rencontres, conférences, associations... Pour témoigner, et également pour sensibiliser les jeunes aux dangers d’une obéissance aveugle à des ordres ou à des directives allant à l’encontre des valeurs humaines fondamentales.
Mehdi Lallaoui les a rencontrés. Il a réalisé en 2008 un documentaire visible sur le site Mediapart : En finir avec la guerre d’Algérie.

 
Elever une statue à ... Paul Teitgen

Dans L’art français de la guerre qui lui a valu le prix Goncourt, Alexis Jenni écrit : « Je voudrais élever une statue. Une statue de bronze par exemple car elles sont solides et on reconnaît les traits du visage. »

Et il poursuit : « Cette statue serait celle d’un petit homme sans grâce physique qui porterait un costume démodé et d’énormes lunettes qui déforment son visage ; on le montrerait tenir une feuille et un stylo, tendre le stylo pour que l’on signe la feuille comme les sondeurs dans la rue, ou les militants qui veulent remplir leur pétition. Il ne paie pas de mine, son acte est modeste, mais je voudrais élever une statue à Paul Teitgen. » (Alexis Jenni, L’art français de la guerre) [9]

 
Jacques Inrep : “le problème, ce n’est pas de raconter, c’est d’être entendu”

Pourquoi tant d’anciens soldats en Algérie vivent-ils emmurés silencieusement dans leurs souvenirs de guerre ? Seule la parole permet de se libérer de tels traumatismes quand une oreille se fait attentive, comme c’est le cas en psychanalyse. C’est ce que Jacques Inrep, pychologue clinicien, devenu, au fil des décennies, un des spécialistes des problèmes liés à l’utilisation de la torture, expose dans cet article repris du N° 161, 4e trimestre 2011, de la revue Alternatives non-violentes.

 
Jacques de Bollardière : le général qui a dit ‘non’ à la torture

Jacques de Bollardière est le seul officier supérieur à avoir ouvertement condamné la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie : en mars 1957, au nom de ses convictions, il refusa de participer à la nouvelle stratégie mise en place par le général Massu qui, au nom de l’“efficacité”, intégrait des méthodes de torture. Cela lui valut deux mois de forteresse.

Ci-dessous, à la suite d’une brève vidéo, un article de Patrice Coulon, repris du N° 161, 4e trimestre 2011, de la revue Alternatives non-violentes.

 
Henri Alleg : “l’idée internationaliste était primordiale dans notre engagement”

Un entretien donné par Henri Alleg, grande figure du combat anticolonialiste, qui continue de plaider 
pour que la torture et les crimes 
de guerre commis pendant 
la guerre d’Algérie soient reconnus officiellement.

Les propos ont été recueillis par Rosa Moussaoui et publiés dans l’édition du 10 mars 2012 du quotidien L’Humanité.

 
“les intellectuels et la guerre d’Algérie”

Ce très bel ouvrage, qui ouvre sur mai 1945 (massacres du Constantinois) et se clôt sur juillet 1968 (décret amnistiant les crimes commis en Algérie), rend compte de la « bataille de l’écrit » (Michel Crouzet) que fut aussi la guerre d’Algérie. S’il ne faut pas y chercher une analyse scientifique critique de l’engagement intellectuel, français comme algérien, les documents-archives de l’Institut mémoires de l’édition contemporaine, de la Bibliothèque de documentation et d’information contemporaine, ou de fonds privés (Jean Amrouche, Daniel Guérin, Dionys Mascolo), sont d’une grande richesse : lettre de Maurice Blanchot à Mascolo, qui lui suggère le titre du futur « Manifeste des 121 », la « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie » ; textes concernant les exactions du Front de libération nationale envers le Mouvement national algérien ; lettre de Mascolo à André Mandouze appelant de ses vœux l’« intelligentsia française d’Algérie » à se joindre au Comité d’action des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord, auquel Albert Camus a refusé de participer ; tapuscrit de Kateb Yacine…
(Anne Mathieu [10]).

 
Henri Alleg est mort

Son nom reste lié au recours à la torture par l’armée française durant la guerre d’Algérie. Inlassablement, il a dénoncé la colonisation comme un crime contre l’humanité.

 
Les résistances à la guerre d’Algérie, par Nils Andersson

Né en 1933, Nils Andersson a joué un rôle important dans la lutte contre la guerre d’Algérie : la fondation à Lausanne des éditions La Cité a permis de publier des textes qui étaient censurés en France. Aujourd’hui, il participe notamment aux activités d’Attac et de l’Institut de documentation et de recherches pour la paix.

Dans l’article que nous reprenons ci-dessous, paru dans le numéro 21, septembre 2012, de la revue Savoir/agir, cet éditeur-militant dresse un bilan des résistances à la guerre d’Algérie.

 
L’action civique non-violente contre la guerre d’Algérie

La section de Marseille-centre de la Ligue des droits de l’Homme a consacré son « Jeudi des Droits de l’Homme » du 6 novembre 2014 au thème “Fusillés pour l’exemple et Réfractaires” (voir le programme). Parmi les différentes interventions, celle de Tony Orengo, ancien objecteur de conscience de la guerre d’Algérie a particulièrement frappé les esprits.

Ci-dessous, un résumé de l’histoire de l’Action civique non-violente que Tony nous a fait parvenir [11].

 
Ces appelés qui ont dit NON

A l’époque de la guerre d’Algérie, les jeunes gens qui refusaient de
porter les armes, les réfractaires, insoumis ou déserteurs, étaient mis au ban de la société française. Leur choix était le plus souvent incompris. Aucune institution, parti, syndicat ou église ne les soutenait. L’opprobre pesait sur leurs familles comme sur celles de malfaiteurs. Elles étaient convoquées à la mairie, subissaient des
interrogatoires et des perquisitions de la part des policiers. Leur
entourage les critiquait, les rejetait. Pour les réfractaires et les
déserteurs, la seule alternative à la prison était l’exil.

Le temps a passé, mais aujourd’hui le choix des réfractaires et des
déserteurs n’est guère mieux compris. Même ceux qui critiquent sévèrement la guerre, admettent difficilement leurs choix.
Pourtant, les réfractaires comme Etienne Boulanger, les déserteurs
comme Noël Favrelière nous enseignent qu’il est toujours possible de
dire NON !

Ci-dessous le témoignage de Jacques Pous, l’un de ceux qui ont dit NON [12].

 
René Vautier est mort

Le cinéaste René Vautier est décédé hier, avons-nous appris de sa famille. Il devait boucler ses 87 ans le 15 janvier prochain.
Le cinéaste restera comme l’homme à qui l’on doit les images les plus marquantes de la guerre de Libération nationale. Engagé, animé d’une conscience citoyenne jamais démentie, c’est un homme de profonde conviction qui nous quitte.


 
François Maspero, anticolonialiste humaniste

François Maspero est mort le 11 avril 2015 à l’âge de 83 ans. Il fut libraire, journaliste, traducteur, éditeur ... Son nom est indissociablement lié à la librairie qu’il a ouverte en 1957, “La Joie de lire” (rue Saint-Séverin, au Quartier latin), et à la maison d’édition qu’il a fondée en 1959.

Il publia l’impubliable pour l’ordre gaulliste : des livres critiques sur la guerre d’Algérie, où il dénonçait les violences de la décolonisation, la torture, les ratonnades, l’enlèvement de Ben Barka, l’assassinat de Lumumba ... Il a été poursuivi en justice, condamné dix-sept fois ... En 1982, il quitte l’édition, cédant ses parts pour 1 franc symbolique à François Gèze ; celui-ci prend la direction de la maison, qui s’appelle désormais La Découverte.

 
il y a 60 ans, René Romanet était condamné pour anticolonialisme

Le 7 mai 1956, il y a 60 ans, des rappelés en partance pour l’Algérie, ont manifesté leur refus d’une guerre coloniale, à La Villedieu en Creuse. La population locale a soutenu cette manifestation pacifique et pacifiste et trois hommes ont été lourdement condamnés, dont le maire de La Villedieu.

Ce dernier, René Romanet, a été révoqué en 1956 pour avoir soutenu des rappelés du contingent qui refusaient de partir en Algérie. Son fils, Henri Romanet, se souvient, à l’occasion de l’hommage organisé, soixante après les « évenements de La Villedieu » par l’association Mémoire à vif.

 
Henri Maillot, l’Algérien

Le 5 avril 1956, La Dépêche Quotidienne, organe de la grosse colonisation, criant à la trahison, ouvre sa « Une » sur une information sensationnelle : « Dans l’après-midi d’hier, mystérieuse disparition d’un important chargement d’armes dans la forêt de Baïnem ». L’homme qui a mené l’opération est l’aspirant Henri Maillot, réserviste de la classe 28, rappelé au 57e bataillon des Tirailleurs algériens. Militant du Parti communiste algérien (PCA) clandestin, Henri Maillot tombera au champ d’honneur à l’âge de 28 ans, dans la matinée du 5 juin 1956, dans le djebel Derraga.
Dans un communiqué qu’il avait adressé aux agences et organes de presse, il avait donné la signification de son geste :

« L’écrivain français Jules Roy, colonel d’aviation, écrivait il y a quelques mois : si j’étais musulman, je serais du côté des ‘‘fellagas’’. Je ne suis pas musulman, mais je suis Algérien, d’origine européenne. Je considère l’Algérie comme ma patrie. Je considère que je dois avoir à son égard les mêmes devoirs que tous ses fils. Le peuple algérien, longtemps bafoué, humilié, a pris résolument sa place dans le grand mouvement historique de libération des peuples…Il ne s’agit pas d’un combat racial, mais d’une lutte d’opprimés sans distinction d’origine contre leurs oppresseurs et leurs valets sans distinction de race… »

 
André Mandouze (1916-2006), homme d’honneur et universitaire exemplaire

A une époque comme la nôtre, où il est de bon ton dans les milieux universitaires d’invoquer la fameuse « neutralité axiologique » pour justifier son mutisme face à l’intolérable, André Mandouze restera dans nos mémoires le symbole vivant de la possible conciliation entre la rigueur scientifique et l’engament humaniste.

Par Vincent Geisser

 
La LDH et la guerre d’Algérie

Texte paru dans Hommes et Libertés - n° 97/98 - 1998