La Fondation Falco pour la mémoire de la guerre d’Algérie (2010)

publié le 28 juin 2015
Falco : “le devoir de mémoire est d’abord un devoir de vérité”

Cette année, le premier sujet de philosophie proposé aux candidats au baccalauréat série S était le suivant : « La politique échappe-t-elle à l’exigence de vérité ? »

Nous avons eu envie de sonder sur cette question notre sénateur-maire, ancien ministre, et homme politique au long cours. Il a été plus simple de relire ses discours et interviews. Et nous nous félicitons de la profondeur de sa réflexion qui l’amène à déclarer qu’avant toute chose l’essentiel est de respecter la vérité. Il n’y a aucun doute, si Hubert Falco avait passé l’épreuve de philosophie cette année, il aurait obtenu une note excellente.

Mais alors, comment expliquer le refus qu’il nous oppose quand nous lui faisons une demande très raisonnable – lire notre lettre ouverte – : installer une plaque explicative à côté du monument de la Porte d’Italie ?

 
les historiens disent Non ! à la fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie annoncée par François Fillon

Dans son discours du 25 septembre 2007, lors de la cérémonie nationale d’hommage aux harkis, le premier ministre a annoncé la création en 2008 de la fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie :
« Nous avons besoin d’une réconciliation sincère des mémoires, d’un apaisement véritable des esprits et des coeurs. Une fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie sera créée à cet effet en 2008. Ces questions lui seront confiées. Des historiens indépendants effectueront ce travail. »
Une dotation en capital de 3 M€ en faveur de cette fondation est d’ailleurs inscrite au projet de budget 2008 du ministère des Anciens combattants (voir ci-dessous).

Cette fondation était prévue par l’article 3 de la loi du 23 février 2005 portant “reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés”, mais de nombreux historiens s’étaient exprimés contre la création de cette fondation, et le président Chirac avait eu la sagesse de “geler” ce projet.

Aujourd’hui, les historiens renouvellent leur opposition à cette fondation, déclarant qu’ « il est temps d’en finir avec la “guerre des mémoires” ».

[Première mise en ligne le 18 janv. 06, complétée et mise à jour le 14 oct. 2007]
 
confirmation par Hubert Falco de la création de la Fondation sur la guerre d’Algérie

Dans une allocution [1] prononcée devant leurs associations réunies aux Invalides à l’occasion de la Journée nationale d’hommage aux Harkis, vendredi 25 septembre 2009, le Secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants, Hubert Falco, a confirmé la création d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie. Cette fondation, à laquelle de nombreux historiens ont manifesté leur opposition, avait été annoncée par François Fillon le 25 septembre 2007 - voir cette page.

Les réactions sont vives dans la presse en Algérie, où la Fondation du 8 Mai 1945 dénonce vivement l’annonce faite par Hubert Falco. Nous terminons cette page en reprenant l’entretien avec un fils de harki publié par le quotidien El Watan dans son édition du 26 septembre 2009.

Les autres mesures en faveur des Harkis annoncées par Hubert Falco ainsi que la modification de la loi du 23 février 2005 qui permettra de « condamner la diffamation et l’injure envers les Harkis, de la même manière que [...] les propos à caractère raciste » sont abordées dans cette autre page.

[Mise en ligne le 26 septembre 2009, mise à jour le 28]


 
les “nostalgériques” auront leur fondation et les harkis des promesses verbales

Mardi 2 février 2010, à l’Assemblée nationale, répondant à une question d’Elie Aboud député UMP de l’Hérault, Hubert Falco, Secrétaire d’Etat à la Défense et aux anciens combattants, a annoncé la création de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, une décision qui fait l’objet de très nombreuses déclarations depuis quelques mois [2].

Le lendemain, mercredi 3 février 2010, Hubert Falco présentait dans les locaux du Sénat une proposition de loi modifiant la loi n°2005-158 du 23 février 2005 en prévoyant des sanctions liées à l’interdiction d’injurier les harkis. Cette proposition de loi sera déposée au Sénat par Raymond Couderc, sénateur-maire de Béziers et tête de liste régionale UMP en Languedoc-Roussillon.
Pour avoir demandé à Hubert Falco de rappeler au Président de la République son engagement du 31 mars 2007 de « reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre de harkis », Fatima Besnaci-Lancou, vice-présidente de l’association Harkis et droits de l’Homme, s’est vue grossièrement agressée.

Comment ne pas être scandalisé par ce qui s’est déroulé dans une enceinte de la République, en présence d’un membre du gouvernement, à l’occasion d’une mise en scène à visées électoralistes destinée à tirer le meilleur parti du comportement inadmissible du président sortant de la région Languedoc-Roussillon ?
Les harkis seront-ils une nouvelle fois instrumentalisés ?

[Mise en ligne le 3 février 2010, mise à jour le 9]


 
ne confondez pas mémoire et histoire, monsieur le secrétaire d’Etat !

La création à venir d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, contestée par de très nombreux historiens, continue à être un sujet de polémique.

L’intérêt de recueillir les témoignages d’anciens combattants de la guerre d’Algérie est indiscutable. Mais il est illusoire d’en attendre la mise à jour de « la réalité des faits » et c’est faire preuve d’une grande naïveté que de penser que « la vérité historique » ainsi dévoilée permettra de « réconcilier les mémoires ». A titre d’exemple, on ne perçoit pas en quoi le témoignage de Roger Benmebarek sur les événements de mai 1945 à Sétif, rédigé dans le respect des « principes préconisés par son rapport remis au premier ministre, le 13 janvier 2006, pour préfigurer [cette] fondation » [3], peut contribuer à cette réconciliation.
C’est pourtant ce que Hubert Falco avait affirmé lors du congrès de l’UNC, le 14 mai 2010, à Montpellier [4].

Le secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants avait déclaré, le 2 février dernier à l’Assemblée nationale, que la fondation « n’est pas chargée d’écrire l’histoire de la guerre d’Algérie », mais de «  transmettre à nos jeunes l’histoire de cette période » [5]. Comme il l’a répété à Montpellier, la fondation sera chargée «  de défendre la vérité simple, la vérité toute nue », sans craindre « la vérité de l’histoire » : « Nous savons ce que fut la présence française en Algérie. Nous savons ce que le système colonial comptait en injustices de tous ordres. Mais nous savons aussi ce que les Français d’Algérie ont apporté à ce beau et grand pays ».

Comment pourrait-il en être autrement de la part d’une fondation créée par une loi « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en
faveur des Français rapatriés » [6] ? Une fondation dont le député Lionnel Luca, auteur de l’incroyable proposition de loi visant à la reconnaissance du génocide vendéen de 1793-1794 [7], attend avec impatience la mise en place, « afin de mieux approcher la vérité et la réconciliation entre les peuples ».

Le débat qui entoure ce projet de fondation révèle une confusion des esprits. Afin d’apporter des éléments de réflexion sur le sujet, nous reprenons ci-dessous quelques textes d’historiens qui traitent des rapports entre mémoire et histoire.

 
quel crédit accorder à la fondation d’Hubert Falco ?

Hubert Falco, secrétaire d’État aux Anciens combattants, a prévu pour septembre prochain la mise en place aux Invalides de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie. Une fondation qui a vocation à devenir « l’outil indépendant dont nous avons besoin, ici, comme de part et d’autre de la Méditerranée, pour parcourir ensemble ce chemin de mémoire, celui de toutes les mémoires, qui n’occulte aucune mémoire ! » [8]

Les fortes oppositions rencontrées par cette fondation parmi les historiens et du côté algérien sont connues. L’actualité amène à formuler de nouvelles questions.

Quel crédit accorder à une fondation créée par un État qui a été incapable à ce jour de reconnaître son « implication première et essentielle [...] dans les traumatismes engendrés par la colonisation en Algérie » [9], de dire la vérité sur la disparition de Maurice Audin en 1957, ou de reconnaître sa responsabilité dans le traitement infligé aux harkis ?

Quel crédit accorder à une fondation dont la mise en place est confiée à un homme politique qui n’hésite pas à faire régulièrement fleurir un monument d’hommage aux « Martyrs de l’Algérie française » ?

[mise en ligne le 26 juillet 2010, revue le 27]


 
la Fondation pour la mémoire de la Guerre d’Algérie sera installée le 19 octobre

Il n’y a sans doute pas de hasard ... alors que le film Hors la loi de Rachid Bouchareb sort sur les écrans français, le secrétariat d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants publie un communiqué annonçant que Hubert Falco installera aux Invalides le 19 octobre prochain « la Fondation pour la mémoire de la Guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de la Tunisie, prévue par la loi du 23 février 2005 » [10].

« Une fondation au service de l’histoire » selon Hubert Falco ... une fondation récusée par de très nombreux historiens, dont Jean-Charles Jauffret, spécialiste de l’histoire militaire coloniale ... mise en place par un homme politique qui n’hésite pas à faire régulièrement fleurir un monument d’hommage aux « Martyrs de l’Algérie française » ... « une fondation sous influence militaire » et qui n’a pas été demandée par les harkis, pour Fatima Besnaci-Lancou.

[Mis en ligne le 21 septembre 2010, mis à jour le 24]


 
fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie : militaires et nostalgiques de l’Algérie française aux commandes ?

La Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc devrait voir le jour le 19 octobre. Cette institution est prévue par l’article 3 de la loi controversée du 23 février 2005 évoquant « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ».

Recevant une centaine de représentants de harkis à son QG de campagne, le samedi 31 mars 2007, Nicolas Sarkozy avait déclaré que s’il était élu il souhaitait « la création rapide » de cette fondation en précisant qu’elle serait « dirigée par les rapatriés pour les rapatriés [11] ».

Une fois élu, Nicolas Sarkozy a relancé le projet le 5 décembre 2007, devant les associations d’anciens combattants d’Afrique du Nord et de rapatriés harkis, qu’il a reçus au Palais de l’Élysée, au retour de son voyage en Algérie [12]. Il avait alors assigné « la réconciliation des mémoires » comme objectif à la fondation. Mais les informations la concernant jettent un doute sur cet objectif, tant elles confirment le rôle primordial réservé aux « nostalgiques de l’Algérie française », militaires ou pieds-noirs.

[Mise en ligne le 4 octobre 2010, dernière mise à jour le 8]


 
l’activisme mémoriel d’Hubert Falco

Le secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants, Hubert Falco, a annoncé qu’il installera aux Invalides, mardi 19 octobre 2010, la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc [13].

Cette fondation, loin d’être « au service de l’histoire » comme ne cesse de le marteler le secrétaire d’État, vise à « choyer les milieux nostalgiques de l’Algérie française » en tentant de « redresser l’image de la “présence” française “outre-mer” ».

C’est ce que l’historienne Sylvie Thénault expose dans cette tribune publiée dans l’édition de Libération datée du 15 octobre 2010 [14].

 
des livres blancs des généraux à la fondation d’Hubert Falco

Au début des années 2000, plusieurs centaines de généraux ayant servi en Algérie signèrent un manifeste pour « affirmer que ce qui a caractérisé l’action de l’armée en Algérie ce fut d’abord la lutte contre toutes les formes de torture ». Il fut repris comme préface du Livre blanc de l’armée française en Algérie publié aux éditions Contretemps en 2002, avec, entre autres, des articles de Maurice Faivre et Jean Monneret, et, dans une partie intitulée « La désinformation à l’œuvre », un long texte mettant violemment en doute le caractère scientifique de la thèse soutenue en décembre 2000 à l’Institut d’études politiques de Paris par Raphaëlle Branche, « L’armée et la torture dans la guerre d’Algérie. Les soldats, leurs chefs et les violences illégales », qui avait obtenu la mention très bien et les félicitations du jury composé de Jean-François Sirinelli, Jean-Pierre Rioux, Stéphane Audouin-Rouzeau, Jean-Charles Jauffret et Pierre Vidal-Naquet].

Ce livre blanc faisait suite à un ouvrage poursuivant les mêmes buts et qualifié dans sa préface de « livre blanc », Mémoire et vérité des combattants d’Afrique française du Nord, publié par le Cercle pour la défense des combattants d’Afrique française du Nord, dont le général Maurice Faivre avait été « l’architecte ».

L’historienne Raphaëlle Branche s’est penchée sur la parution de ce manifeste et de ces deux livres, auxquels la mise en place de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie fait aujourd’hui écho.

] Raphaëlle Branche est l’auteure du livre issu de sa thèse, La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie (Gallimard, 2001).

 
une fondation partisane et orientée

Le secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants a officiellement installé la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats de Tunisie et du Maroc, mardi 19 octobre 2010, à l’Hôtel des Invalides – panthéon des gloires militaires françaises [15].

Une fondation créée par la loi du 23 février 2005, dont l’article 4, retiré depuis, reconnaissait le « rôle positif » de la colonisation, et qui vise surtout à flatter les nostalgiques de l’Algérie française à des fins électoralistes.

Mais comment cette fondation pourrait-elle contribuer à « réconcilier toutes les mémoires », alors que son conseil d’administration comporte un quarteron de généraux signataires en 2002 d’un manifeste affirmant contre toute vraisemblance que « ce qui a caractérisé l’action de l’armée française en Algérie, ce fut d’abord sa lutte contre toutes les formes de torture » ?

[Mis en ligne le 19 octobre 2010, mis à jour le 21]


 
une fondation sous forte influence

Quinze jours après son installation officielle aux Invalides, la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, du Maroc et de la Tunisie continue à alimenter la polémique. La constitution de son Conseil d’administration est très fortement contestée – ne serait-ce que pour les prises de position passées de certains de ses membres influents. Le général de la Presle et l’historien Tramor Quemeneur, chacun à sa façon, confirment par leurs déclarations les inquiétudes que l’on peut avoir quant à la la finalité de cette nouvelle institution.

Conséquence de cette contestation : Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, qui déclarait vouloir faire de la fondation un lieu de transmission de la mémoire, n’était pas parvenu à en constituer le conseil scientifique.

[Mis à jour le 23 novembre 2010] – L’ancien député Arthur Paecht, 80 ans, sera chargé du dossier des anciens combattants auprès du ministre de la Défense. Alain Juppé a souhaité appeler à ses côtés une « personnalité » afin de pallier la suppression du poste de secrétaire d’Etat aux anciens combattants dans le nouveau gouvernement. [16]


Afin de bien comprendre ce qui suit, vous pourrez consulter deux pages de ce site :

  • la liste des membres du Conseil d’administration de la fondation,
  • quelques informations concernant le Livre blanc de l’armée française en Algérie et le Manifeste des généraux ayant servi en Algérie.
 
Arthur Paecht sera petit télégraphiste chez Alain Juppé

« Le retour de l’expérience », c’est ainsi qu’Arthur Paecht, 80 ans, a baptisé son blog. Effectivement, il en a de l’expérience : député UDF du Var, d’abord de 1978 à 1981, puis de 1986 à 2002 [17], maire de La Seyne-sur-mer de 2001 à 2008,... et il est toujours politiquement actif.

Arthur Paecht vient d’être appelé au ministère de la Défense par Alain Juppé, pour tenter d’apaiser l’amertume de certaines associations devant la suppression du secrétariat d’État aux Anciens combattants. Il avait été chaudement recommandé par Hervé Morin, lors de la transmission de témoin. « Il voulait rester utile  » avait lancé l’encore ministre à son successeur, qui a donc bombardé l’ancien député du Var agent de liaison avec le monde combattant – un monde encore sonné par la disparition de son secrétariat d’État [18].

Avec Arthur Paecht, c’est effectivement le retour à une “certaine expérience” : il était au premier rang, ceint de son écharpe tricolore, lors de l’inauguration à Toulon, en juin 1980, du monument dédié aux martyrs de l’Algérie française [19].