Foulard et voile

publié le 3 juin 2019
Le voile à l’école : une nouvelle affaire Dreyfus ?

Un texte rédigé en décembre 2003 par Houria Bouteldja, Catherine Grupper, Laurent Lévy et Pierre Tévanian [1]
, et publié le 26 janvier 2004, sur le site du collectif les mots sont importants .

 
Un problème peut en cacher un autre, par Pierre Bourdieu

Texte écrit, mais non-publié, en novembre 1989, au moment de la première « affaire du voile » : celle de Creil. [2]

 
Une loi ne résoudra rien

par Michel Tubiana - président de la LDH

 
Edgar Morin : « l’importance accordée à la question des foulards est démesurée »

Dans un entretien accordé le 18 décembre 2003 au journal Le Monde le sociologue estime que :
« L’importance accordée à la question des foulards est démesurée par rapport à d’autres problèmes. Les conflits entre élèves ne naissent pas du port de signes religieux. »

 
Laïcité, communautarisme et foulard : vrais et faux débats

Texte de Jocelyne Cesari et Jean Baubérot, membres du Groupe de Sociologie des Religions et de la Laïcité (CNRS-EPHE).

 
« Le voile » : faits divers

Bobigny : la préfecture interdit à des femmes voilées l’accès à son salon d’honneur ;
elles se rendaient à une cérémonie de naturalisation.
( faudra-t-il envisager des opérations de testing à l’entrée des préfectures ? )

Mulhouse : violente agression contre une mère de famille voilée.

 
Constantine, 1958 : le voile ...

L’intégration des musulmans en France n’est-elle possible que par leur renonciation, de gré ou de force, à ce qui fait leur différence ?

Première mise en ligne : 31 déc 04.
Dernière mise à jour : 2 mars 05.
 
Islam et féminisme, par Dounia Bouzar

« Chaque être humain lit sa religion en fonction de ce qu’il est », et l’islam n’échappe pas à la règle. Ce qu’oublient souvent ceux qui aiment débattre du « statut de la femme musulmane »...

 
Scènes de l’islamophobie ordinaire

Deux articles de Xavier Tersisien, parus dans Le Monde du 19 janvier 2005.

 
Les mères d’élèves ne peuvent être interdites de sortie scolaire au motif qu’elles portent le voile

La Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) a publié une délibération le 14 mai 2007 enjoignant les établissements scolaires à ne plus interdire aux mères portant le voile islamique de participer aux sorties et/ou aux activités éducatives de leur enfants [3].

Elle rappelle ainsi le principe de non-discrimination religieuse dans la participation des parents à la vie de l’école.

 
Voile islamique : retour sur une hystérie française

La traduction de l’article, A Look into the Muslim Headscarf Hysteria in France, où Laila Lalami revient sur le problème du voile islamique en France à l’occasion de la
parution du livre The Politics of the Veil de Joan Wallach Scott [4] donne à sa traductrice emcee l’occasion de mettre en évidence que l’affirmation “femme dévoilée = femme libérée” est une imposture.

 
La burqa, la burqa, la burqa vous dis-je !

Le débat semble relancé : faut-il interdire en France le port de la burqa et du niqab ? Question à la fois provocante et oiseuse, tant il semble difficile d’imaginer l’adoption aujourd’hui en France d’une loi instaurant une discrimination religieuse [5].

Mais, une fois de plus, un débat stigmatisant les personnes de confession musulmane, ou d’origine maghrébine, ou ...

 
Débat sur le port de la burqa : défense de la laïcité ou nouvelle occasion de stigmatiser ?

Le soi-disant “débat sur la burqa” se révèle être l’occasion d’un amalgame qui englobe dans une même réprobation les musulmanes portant le foulard islamique « classique » et les adeptes du voile intégral – niqab ou burqa.

Certes, la loi de 2004 interdisant les signes religieux à l’école n’a pas empêché les tribunaux d’être de plus en plus souvent saisis de contentieux sur le port du voile. Mais nombreux sont ceux qui voient dans la résurgence d’un débat sur ce thème une nouvelle stigmatisation de l’islam et des personnes de confession ou d’origine maghrébine.

Une dérive qui inquiète de nombreux observateurs. Au-delà de la proposition de loi de Christian Vanneste, cette situation soulève des questions de fond : serait-il bien laïque d’interdire le port du voile intégral sur la voie publique ? ... Comment mettre un point d’arrêt au développement de la réglementation du comportement public des citoyens ?

Jean-Pierre Dubois, président de la LDH, s’est déclaré « absolument hostile » à une loi qui réglementerait le port du voile intégral, tout en jugeant « nécessaire que cette pratique régresse ».

[Première mise en ligne le 6 octobre 2009, complétée le 8]


 
Audition de Benjamin Stora par la mission sur le port du voile

La Mission d’information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national poursuit ses travaux. Les compte-rendus de ses séances, et notamment les interventions des députés, pourraient faire l’objet d’une anthologie des fantasmes, des peurs et également de la démagogie de nombre d’élus [6].
L’audition de Jean Baubérot, titulaire de la chaire d’histoire et sociologie de la laïcité à l’École pratique des hautes études, le 21 octobre 2009, en donne un aperçu [7].

Benjamin Stora, historien, professeur des universités, a été entendu par la mission le 18 novembre 2009. Son exposé que nous reprenons ci-dessous a été suivi de questions que lui ont adressées des membres de la mission et auxquelles il a apporté des éléments de réponse [8]. Affirmant la nécessité de « combattre le rejet de l’autre » et d’adresser « un message qui rappelle l’impératif d’accueil, de générosité et d’égalité citoyenne », l’historien a déclaré « ne pas voir la nécessité de concevoir une grande loi loi qui peut heurter la sensibilité de l’ensemble de la communauté musulmane. ».

Pendant ce temps, dans l’espoir d’en retirer un bénéfice électoral en mars prochain, la majorité présidentielle tente d’imposer un débat sur le soi-disant problème du port de la burqa. L’exemple vient d’en-haut : n’est-ce pas Nicolas Sarkozy en personne qui, dans son discours du 12 novembre, à La Chapelle-en-Vercors, avait insisté sur le fait que « la France est un pays où il n’y a pas de place pour la burqa, pas de place pour l’asservissement de la femme » ?

 
Mardi 26 janvier 2010 : journée de la burqa

Le rapport de la mission d’information parlementaire sur le port du voile intégral, rendu public mardi 26 janvier 2010, propose de mettre en place un dispositif législatif visant à bannir la burqa et le niqab dans les services publics et les lieux d’accueil du public – cela inclut les transports, les écoles, les hôpitaux, les banques, la Poste... – mais il ne préconise pas d’interdiction générale dans l’espace public [9].

Au cours de ses six mois d’existence, la mission a auditionné plus de 200 personnes [10] à propos d’un phénomène resté marginal – selon le ministère de l’Intérieur, 1900 femmes porteraient le voile intégral en France. L’importance prise par ce thème, parallèlement au débat sur l’identité nationale fertile en dérapages, a été souvent ressentie comme une stigmatisation de la religion musulmane et des personnes considérées – à tort ou à raison – comme étant d’“origine musulmane”. Jamel Debbouze et Alain Gresh en témoignent ci-dessous.

Pour le sociologue Vincent Geisser, le débat sur le sujet a déjà produit des effets pervers : « Beaucoup de musulmans, au départ très hostiles au port du niqab, sont devenus compatissants envers ces filles, parce qu’ils se sentent visés collectivement, notamment à travers le débat sur l’identité nationale. Il y a un risque que des gens commencent à le porter par réaction, que le niqab devienne un étendard. [11] » Le New York Times ne mâche pas ses mots : dans son éditorial, il accuse Sarkozy d’« attiser la haine ».

[Mise en ligne le 26 janvier 2010, complétée le 28]


 
Avis de la CNCDH sur le port du voile intégral

La Commission nationale consultative des droits de l’homme, dont la LDH est membre, vient d’adopter un avis sur la question dite du « voile intégral », en rappelant des principes fondamentaux permettant de guider la réflexion collective sur un sujet particulièrement complexe.

A ce titre le président de la CNCDH, Yves Repiquet, a souligné que « le port du voile intégral choque nombre d’entre nous. Cependant, tout ce qui choque ne doit pas nécessairement être interdit, et l’interdiction n’est pas nécessairement la meilleure des solutions contre le fondamentalisme ». La CNCDH a rappelé qu’en vertu même de la Constitution française, la liberté est le principe et l’interdiction l’exception. Toute ingérence de la loi dans la vie privée doit non seulement être justifiée par un but légitime – comme la défense de l’ordre public ou des droits d’autrui – mais également être « strictement nécessaire dans une société démocratique », conformément à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. Une interdiction générale du « voile intégral » sur l’ensemble du territoire national serait manifestement disproportionnée, s’agissant d’un phénomène qui reste marginal, et s’attacherait plus aux effets qu’aux causes du fondamentalisme, laissant les femmes concernées encore plus isolées et vulnérables, les hommes échappant à toute sanction. La CNCDH a attiré l’attention sur les risques d’effets pervers, au regard même de l’exigence de mixité.

La CNCDH recommande notamment des efforts de pédagogie et d’éducation aux droits de l’homme, de sensibilisation et de médiation, afin de renforcer le vouloir vivre ensemble selon les principes républicains de liberté, d’égalité, de fraternité qui sont notre patrimoine commun. Elle encourage les autorités publiques à soutenir les femmes qui subissent des violences et à appliquer pleinement les réglementations existantes, en matière d’ordre public ou de neutralité des services publics.

En conclusion, le Président Yves Repiquet a souligné que, « dans l’attente des conclusions du rapport de la mission d’information parlementaire, la CNCDH poursuivra ses réflexions et ses travaux ».

 
“Obliger les femmes à porter la burqa est condamnable où que ce soit, mais le leur interdire chez nous serait une erreur”

« Les femmes devraient être libres de choisir la façon dont elles s’habillent, sans qu’interfèrent ni leurs communautés, ni les autorités publiques » a affirmé Thomas Hammarberg, Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, dans son dernier point de vue publié le 8 mars 2010 à l’occasion de la journée internationale des femmes [12].

« L’interdiction de la burqa et du niqab ne libérerait pas les femmes opprimées mais pourrait, au contraire, aggraver leur exclusion dans les sociétés européennes » a-t-il déclaré.

 
La LDH et le voile intégral

Tout en critiquant le port du foulard et du voile, au nom de l’émancipation des femmes, la Ligue des droits de l’Homme refuse un débat instrumentalisé qui risque de déboucher sur une loi perverse et dangereuse.

Cette prise de position dans le débat sur le voile intégral a été adoptée par la LDH lors de la réunion de son Comité central le 13 mars 2010.

 
Ils sont défavorables à l’interdiction générale du port du voile intégral

Un projet de loi interdisant le port du voile intégral sur le territoire français est actuellement en cours d’élaboration au Ministère de la Justice.
Il devrait être présenté au Conseil des ministres le 19 mai, avant un examen à l’Assemblée nationale en juillet.

Alain Badiou qui y voit « une opération de diversion », et Jean-Pierre Dubois, président de la LDH, pour qui « les victimes seront les femmes », sont tous deux opposés à ce projet de loi.
La Commission nationale consultative des droits de l’homme et ... le Conseil d’Etat n’y sont pas non plus favorables – ce dernier s’étant prononcé par deux fois en ce sens.

[Mise en ligne le 26 avril 2010, mise à jour le 4 juin 2010]


 
La loi sur la burqa : une histoire belge imprégnée de racisme

Le Guardian dénonce le climat de racisme qui « imprègne » le débat français sur la burqa, tandis qu’Éric Fassin y voit une « histoire belge ».

En adoptant le projet de loi visant à interdire le port du voile intégral dans l’espace public [13], le parlement veut « libérer » les femmes qui portent le voile intégral contre leur gré. Certes les Etats sont tenus par les conventions internationales de protéger ces femmes, mais ce n’est pas en promulguant des interdictions générales de ce type que l’on y parviendra : « la libération ne se décrète pas ».

 
Sanctionner les femmes qui portent la burqa ne les libérera pas

Dans un texte repris de son blog, le Commissaire européen aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, exprime une nouvelle fois son inquiétude devant la montée de l’islamophobie et des préjugés à l’encontre des musulmans. Le débat sur l’interdiction de la burqa et du niqab dans les lieux publics a fait diversion en détournant l’attention de problèmes beaucoup plus profonds et a contribué à miner l’esprit de tolérance en Europe.

En complément : lire le rapport « Un voile sur les réalités – 32 musulmanes de France expliquent pourquoi elles portent le voile intégral » de l’Open Society Foundations.

 
Des femmes expliquent pourquoi elles portent le voile intégral

L’Open Society Institute de George Soros a publié en avril 2011 le résultat d’une enquête intitulée Un voile sur les Réalités, portant sur 32 femmes qui vivent en France avec le voile intégral [14]. « Il s’agissait de donner la parole à ces femmes que l’on avait peu entendues lors du débat », a expliqué Naïma Bouteldja, auteure de cette étude.

Il est dommage que l’échantillon de femmes n’ait pas été plus important, ce qui limite les conclusions que l’on peut tirer de cette étude. Mais la lecture du rapport d’enquête est suffisamment intéressante pour que nous en ayons repris les résultats principaux – on apprend par exemple que la plupart de ces femmes sont entrées en conflit avec leur entourage lorsqu’elles ont adopté cette tenue.

Pour aider à la compréhension, nous avons ajouté en fin de cet article un petit lexique qui explicite le sens de quelques mots.

 
De l’obligation de neutralité des assistant[e]s maternel[le]s

Le Sénat, majoritairement à gauche depuis les dernières élections, a voté une proposition de loi soumettant les assistants maternels « à une obligation de neutralité en matière religieuse ». Les sénateurs EELV ont voté contre, les communistes se sont abstenus, mais le texte déposé par le PRG a bénéficié du soutien de la plupart des sénateurs PS et de plusieurs sénateurs UMP. Cependant, pour pouvoir entrer en application, il faut encore que la loi soit votée par l’Assemblée Nationale.

Pour la LDH, « à travers cette proposition de loi, on assiste à une nouvelle tentative de dénaturer la laïcité en un moyen d’exclusion qui, dans les faits, vise tout particulièrement les femmes de confession musulmane ».

À la suite du communiqué de la LDH, nous reprenons un texte de Pierre Bourdieu écrit au moment de la première affaire du voile, celle de Creil, en septembre 1989 [15]. Sa lecture, vingt ans après, permet de mesurer à quel point rien n’a changé quant à la psychose suscitée par le foulard.

 
Le tribunal de Toulon rejette la plainte d’un couple dont le mariage n’avait pu être célébré, la mariée étant voilée

Le préfet du Var avait été assigné, mardi 18 septembre 2012, par un couple, devant le tribunal de grande instance de Toulon, à la suite du refus d’une adjointe du maire de La Seyne-sur-Mer (Var) de célébrer le mariage parce que la future mariée portait un voile.

Le jugement a été rendu le 21 septembre : la demande des futurs époux a été rejetée, le juge estimant que l’identité n’est pas certaine avec le foulard. Les demandeurs ont décidé de faire appel.

[Mis en ligne le 18 septembre 2012 – mis à jour le 21]


 
Refus de mariage à La Seyne : le couple veut un débat sur la laïcité

Après le rejet de sa demande par le tribunal de Toulon, le couple que la mairie de La Seyne avait refusé de marier – la femme s’étant présentée partiellement voilée – veut obtenir un débat sur la laïcité devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence.
Le président du TGI de Toulon ne s’est-il d’ailleurs pas défaussé sur la cour d’appel en invoquant un doute sur l’identité, évitant ainsi d’aborder la sur-interprétation de la loi sur la laïcité ?

Ce genre d’événement rappelle la question de Pierre Bourdieu : la France est-elle décidée à accepter ses immigrés d’origine coloniale ?

Ci-dessous un dossier d’Éric Marmottans sur le problème du mariage “voilé” de La Seyne, publié dans l’édition du 22 septembre 2012 de Var-matin.

 
Défendre la laïcité, ne pas stigmatiser les musulmans

La Cour de cassation a pris, le 19 mars 2013, deux décisions concernant le port du « voile islamique » [16]. Elle a annulé le licenciement en 2008 d’une employée de la crèche Baby-Loup de Chanteloup-les-Vignes qui refusait d’ôter son foulard. « S’agissant d’une crèche privée », et « en dépit de sa mission d’intérêt général », la haute juridiction a considéré que le licenciement de cette salariée constituait « une discrimination en raison des convictions religieuses » et devait être « déclaré nul ». L’affaire est donc renvoyée devant la cour d’appel de Paris.

Le même jour, la Cour a confirmé le licenciement d’une employée dans une autre affaire de voile au travail, mais cette fois dans le cadre d’une « mission de service public ». Il s’agissait d’une employée de la CPAM de Seine-Saint-Denis.

Vous trouverez ci-dessous, à la suite d’un communiqué signé par la LDH, des commentaires de Maître Gilles Devers sur ces deux décisions, ainsi qu’un appel dénonçant la stigmatisation des musulmans.

[Mis en ligne le 31 mars 2013, mis à jour le 3 avril 2013]


 
Le plus simple ne serait-il pas d’abroger la loi sur le voile intégral ?

Il a suffi d’un contrôle d’identité d’une femme voilée pour déclencher 48 heures d’émeutes à Trappes. Comment mieux illustrer la dangerosité d’une loi qui dispose en son article 1 : « Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage. »

Les débats publics qui avaient accompagné son adoption étaient restés centrés sur le caractère musulman du vêtement : c’était bien une religion particulière qui était visée. Le 8 mars 2010, Thomas Hammarberg, commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, avait publié un texte intitulé « Obliger les femmes à porter la burqa est condamnable où que ce soit, mais le leur interdire chez nous serait une erreur » – il n’a malheureusement pas été entendu en France.

Le 25 juin 2013, Jean-Louis Bianco a remis au premier ministre le rapport de l’Observatoire de la laïcité sur la mise en œuvre de cette loi ; nous en reprenons quelques extraits ci-dessous [17].

[Mis en ligne le 23 juillet 2013, mis à jour le 28]


Compléments (28 juillet 2013) :

 
De l’opportunité de la loi interdisant le voile intégral

A la suite des violences de Trappes, ce site a publié un texte posant la question de l’opportunité de la loi interdisant le voile intégral. Cet article a suscité des réactions. Afin de nourrir la réflexion sur ce sujet “extraordinairement complexe”, nous reprenons ci-dessous dans son intégralité un point-de-vue justifiant l’opportunité de cette loi.

 
Une laïcité à géométrie variable

En France, pays “laïque”, on fête Noël dans les écoles, avec sapins, crèches et santons. Pour l’occasion, les écoles préparent le goûter de Noël qui sera accompagné de spectacles et chants de Noël… Les mamans volontaires pour donner un coup de main sont les bienvenues... Sauf dans une l’école maternelle d’un petit village de l’Oise : au nom de la charte de la laïcité, une maman n’a pas été autorisée à participer à la préparation de ce goûter de Noël, car elle était ... voilée.

Nous vous proposons ci-dessous le commentaire de Nicolas Bourgoin. Et si vous trouvez qu’on vous bassine avec le voile, suivez le conseil de Laurent Mucchielli et allez jeter un coup d’œil sur le statut concordataire en Alsace-Moselle.

 
Mères d’élèves voilées : le Conseil d’État fait le point mais ne tranche pas

Le 20 septembre dernier, le Défenseur des droits a saisi le Conseil d’État d’une demande de clarification concernant la réglementation relative au port du voile par les mères d’élèves.

Dans son étude remise aujourd’hui, 23 décembre 2013, le Conseil d’État ne tranche pas : il rappelle que les mères portant un foulard doivent pouvoir accompagner les sorties scolaires... sauf si le « bon fonctionnement » du service public est perturbé. Voir l’étude du Conseil d’Etat.

Interrogé sur cette situation, le sociologue Jean Baubérot invite la gauche à « être courageuse ».

 
Privée de sortie scolaire, une maman voilée contre-attaque

Le Conseil d’État, interrogé sur le statut et les obligations des parents accompagnant les sorties scolaires, a émis un avis que certains, tel Jean Baubérot, estiment quelque peu ambigu, alors que d’autres, notamment le Défenseur des Droits, jugent que « ce document procède à une clarification juridique sur plusieurs points. »

Quoi qu’il en soit, on ne peut que constater avec le Collectif contre l’islamophobie qu’il subsiste des situations auxquelles l’avis du Conseil d’État ne permet pas d’apporter de réponse satisfaisante. C’est ainsi qu’une mère d’élève, privée de sortie scolaire car elle porte le voile s’est adressée au Tribunal administratif de Nice afin d’obtenir des éclaircissements.

 
Jean Baubérot : la CEDH valide, avec réticence, la loi interdisant le voile intégral

Dans une décision nuancée [18], la Cour européenne des droits de l’Homme a validé la loi française qui interdit le port du voile intégral dans l’espace public.

Mais, comme le souligne Jean Baubérot, la Cour a multiplié les considérants qui montrent que, pour elle, la France se trouve à la limite des règles d’une société démocratique. La CNDH écrit en effet qu’ « un État qui s’engage dans un tel processus législatif prend le risque de contribuer à consolider des stéréotypes affectant certaines catégories de personnes et d’encourager l’expression de l’intolérance alors qu’il se doit au contraire de promouvoir la tolérance. »

 
Femmes voilées interdites de plage à Wissous

Samedi 5 juillet 2014, le maire UMP de Wissous (Essonne) a refusé à deux femmes voilées l’entrée à Wissous Plage. Richard Trinquier a invoqué le règlement intérieur du lieu qui interdit le port de signes religieux.

Des associations ont saisi la justice pour faire suspendre ce règlement : la Ligue des droits de l’homme (LDH) et Le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) ont annoncé leur intention de déposer un référé-liberté contre ce règlement devant le tribunal administratif de Versailles. L’audience est prévue ce samedi à 10h.

Dernière minute — La justice a suspendu samedi 12 juillet 2014 le règlement de la mairie de Wissous interdisant le port de signes religieux pendant l’opération estivale « Wissous Plage ». Le tribunal administratif de Versailles avait été saisi par un groupe d’habitantes, soutenues par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Le juge des référés n’a pas statué sur le fond de l’affaire, qui devra faire l’objet d’une nouvelle audience.
La décision du TA : http://combatsdroitshomme.blog.lemo....

 
Wissous : chronique de l’islamophobie

La commune de Wissous-Plage a fait l’objet de deux condamnations successives par la justice pour pratique islamophobe. Saisi par le Collectif contre l’islamophobie en France, le Tribunal administratif de Versailles avait annulé début juillet le règlement qui permettait d’interdire l’accès d’une base de loisirs à des femmes voilées.

A nouveau saisi en référé par deux femmes qui s’étaient vu refuser l’accès de l’opération estivale Wissous Plage, parce qu’elles étaient voilées, le tribunal administratif de Versailles a suspendu mardi 12 août le nouveau règlement établi par la mairie UMP de Wissous (Essonne) interdisant le port ostentatoire de « signes religieux susceptibles d’occasionner un trouble à l’ordre public (niqab ou burqa, croix ou étoile de dimensions manifestement excessives) ».

Plainte a été déposée au Tribunal de grande instance d’Evry pour discrimination et incitation à la haine raciale.

 
Le voile fait des vagues à Sciences Po Aix

L’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence est au centre d’une polémique concernant le port du “voile”. En effet, un professeur d’Histoire s’en est pris, mardi matin 30 septembre 2014, à une étudiante musulmane qui le portait la qualifiant de « cheval de Troie du salafisme ». De nombreux étudiants présents ont aussitôt quitté l’amphithéâtre en signe de désapprobation. Une démarche qui semble soutenue par la direction de l’établissement.

« La loi n’a jamais interdit le port de la coiffure dans l’enseignement supérieur, assure le directeur de l’établissement, Christian Duval. A partir du moment où on peut l’identifier, elle peut être vêtue comme elle veut », souligne-t-il.  [19]

L’étudiante avait, en effet, le droit de porter son voile en classe. La loi de mars 2004 sur la laïcité interdit le port de signes religieux dans les écoles, collèges et lycées publics, mais ce texte ne concerne pas les universités.
Quant à la loi de 2010 qui interdit le port du voile intégral dans les espaces publics, elle ne concerne que le niqab et la burqa.

Au-delà d’un rappel des faits, vous pourrez écouter ci-dessous un enregistrement audio où Jean-Charles Jauffret expose son point de vue sur la laïcité.

 
Patrick Weil : « qu’on laisse en paix les femmes voilées »

Patrick Weil, historien et politologue, est directeur de recherche au CNRS et au centre d’histoire sociale du XX e siècle à Paris I. Considéré comme l’un des meilleurs spécialistes des questions de laïcité et d’immigration en France, il a participé aux travaux de la commission Stasi qui rendit en 2003 un rapport sur l’application du principe de laïcité. Il est notamment l’auteur de Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Gallimard.

 
Quand les parlementaires se transforment en pyromanes

Une proposition de loi, adoptée par le Sénat en juillet 2012, « visant à étendre l’obligation de neutralité à certaines personnes ou structures privées accueillant des mineurs et à assurer le respect du principe de laïcité », va être examinée par l’Assemblée nationale au cours des prochains jours [20].

Mise à jour (13 mars 2015) – Trop sensible à dix jours des départementales, la discussion sur la loi pour interdire le voile dans les crèches a été reportée [21].

Mise à jour (23 mars 2015) – La Commission nationale consultative des droits de l’homme exprime ses vives préoccupations au sujet de cette proposition de loi.
Elle en recommande le retrait pur et simple : l’avis de la CNCDH.

[Mis en ligne le 7 mars 2015, mis à jour le 23]


 
La longueur de la jupe

Le 16 et le 25 avril, Sarah, élève de troisième, s’est vu refuser l’accès à son collège de Charleville-Mézières. Le prétexte : le port d’une jupe « trop longue », considérée par la principale de l’établissement comme un signe religieux ostentatoire, a révélé mardi matin le quotidien local l’Ardennais.

Après avoir rappelé qu’« aucune élève ne peut être exclue en fonction de la longueur ou couleur de sa jupe », la ministre de l’Éducation nationale a déclaré, jeudi 30 avril sur RTL, que « l’équipe pédagogique a fait preuve du discernement nécessaire » et n’a pas jugé la tenue mais « le prosélytisme de la part de l’élève ».

En revanche, Jean Baubérot demande s’il faudra envisager de déshabiller les jeunes-filles à l’entrée de l’école pour s’assurer que rien dans leur habillement ne puisse être considéré comme islamique. Le New York Times, de son côté, se veut rassurant, en écrivant qu’ « aucune religion ne menace sérieusement la laïcité en France aujourd’hui ... »

 
Le refus des jupes longues : l’intolérance à l’égard de l’islam

Le site du quotidien régional La République du Centre a publié, le 6 mai dernier, le témoignage d’une élève de terminale de confession musulmane, Ikram, âgée de 18 ans, qui dénonce un harcèlement lié à la longueur de sa jupe [22].
Selon l’administration de l’Éducation nationale, « les problèmes ne sont pas liés à sa jupe longue mais plutôt à un problème de vie scolaire, à un manque de travail. » Pour le proviseur du lycée professionnel, « l’important est de faire respecter la loi ». Ikram a porté plainte pour harcèlement moral contre deux membres du personnel du lycée.

La situation d’Ikram est analogue à celle de Sarah à Charleville-Mézières, qui se voit refuser l’accès à son collège au prétexte qu’elle porte une jupe « trop longue » – ce qui, pour la principale de l’établissement, constitue un signe religieux ostentatoire.

Sous couvert de défense de la laïcité, ces incidents ne sont-ils pas avant tout des manifestations d’intolérance à l’égard de l’islam ? Nous reprenons ci-dessous le commentaire que Henri Goldman a publié le 3 mai sur
son blog.

[Mis en ligne le 9 mai 205, mis à jour le 11]


 
Une mère voilée peut participer à une sortie scolaire

Saisi par l’intéressée, le tribunal administratif de Nice a annulé la décision par laquelle la mère d’un élève, qui souhaitait conserver à cette occasion le voile qu’elle porte habituellement, n’a pas été autorisée à accompagner une sortie scolaire organisée par l’école élémentaire Jules Ferry de Nice.

Le tribunal administratif a estimé que les parents d’élèves autorisés à accompagner une sortie scolaire à laquelle participe leur enfant doivent être regardés, comme les élèves eux-mêmes, comme des usagers du service public de l’éducation, de sorte que les restrictions à la liberté de manifester leurs opinions religieuses ne peuvent résulter que de textes particuliers ou de considérations liées à l’ordre public ou au bon fonctionnement du service. Il a constaté que, dans le cas particulier de cette affaire, l’administration avait refusé de donner suite à la proposition de l’intéressée d’accompagner la sortie scolaire en ne se prévalant ni d’une disposition légale ou règlementaire précise, ni de considérations liées à l’ordre public ou au bon fonctionnement du service. Il en a déduit que la décision attaquée était entachée d’une erreur de droit qui la rend illégale. [23]

 
Burkinis : le mauvais feuilleton de l’été va-t-il enfin s’arrêter ?

Le tribunal administratif de Toulon a suspendu le 29 août 2016, l’arrêté pris par le maire de la commune de Fréjus interdisant l’accès aux plages publiques et à la baignade à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité.

Ci-dessous, un compte-rendu de cette audience, suivi de déclarations de Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH.

[Mis en ligne le 1er septembre 2016, mis à jour le 4]


 
Pour la sociologue Zahra Ali
le rejet du foulard en France
dévoile
un héritage colonial inassumé

En France, le féminisme n’en finit pas de se déchirer sur la question du foulard islamique. La sociologue Zahra Ali, qui a milité en France contre l’exclusion des élèves portant le foulard, estime que, si on peut s’opposer au port du voile sans être raciste, son rejet dans ce pays montre que la laïcité est falsifiée par des positions racistes et islamophobes. Elle invite à un examen critique des féminismes musulmans, notion qui apparaît à tort comme un oxymore. Pour elle, il faut contextualiser, historiciser et rejeter les essentialismes. Une condition nécessaire à la création d’un féminisme international, anticapitaliste et pluriel.

 
Non à un projet de loi
pseudo laïque
qui cherche à recréer un « apartheid postcolonial »

Les sénateurs ont adopté le 15 mai 2019, à l’initiative d’élus LR, dans le cadre de l’examen de la loi dite « pour une école de la confiance », un amendement interdisant pour une femme voilée d’accompagner une sortie scolaire. C’est une véritable agression contre ces femmes, un obstacle à leur intégration et à celle de leurs enfants, qui vise à recréer un « apartheid postcolonial ». L’amendement, qui doit passer devant une commission mixte puis revenir devant l’Assemblée nationale, est dénoncé par de nombreux éducateurs, parents d’élèves et associations. Quelques exemples des protestations.