L’enseignement

publié le 23 avril 2019
pour une relecture de l’histoire coloniale, par Valérie Esclangon-Morin

Ce texte fait le point sur les recherches récentes en matière d’histoire coloniale et les derniers ouvrages liant République française et colonisation. Il convient de réfléchir en quoi l’analyse de cette « République coloniale » peut permettre aux enseignants de répondre aux
situations de crise que connaît l’école aujourd’hui [1].

Valérie Esclangon-Morin est professeur agrégée d’histoire, chercheur associée au groupe des Etudes des sujets controversés de l’histoire européenne (ESCHE) à l’INRP.

 
l’enseignement de la colonisation

A propos du débat sur la loi du 23 février 2005
par Valérie Esclangon-Morin, professeur agrégée, docteur en histoire.

 
au discours utopique a succédé le silence de la République, par Gilles Manceron

D’après un sondage, six Français sur dix se déclarent favorables à ce que soit indiqué dans la loi que les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la colonisation française.

La réaction de Gilles Manceron, vice-président de la Ligue des Droits de l’Homme, et
auteur de « Marianne et les colonies »(La Découverte, 2005) [2].

 
Ségolène Royal : la France doit regarder en face son histoire

Le conseiller spécial de la candidate socialiste à la présidence française Ségolène Royal, Jack Lang, a plaidé dimanche 4 février à Alger pour une « reconnaissance [par la France] des crimes commis par la colonisation » en Algérie, comme alternative aux « excuses » réclamées par Alger à Paris.
« La meilleure façon de s’excuser est de reconnaître la réalité des crimes qui ont été commis par la colonisation en Algérie de 1830 à 1962 », a déclaré M. Lang à l’AFP.

Vous trouverez plus bas le commentaire que Gilbert Meynier, historien de l’Algérie, nous a adressé à ce sujet.

[Première publication, le 5 février 2007,
complétée le 6 février 2007]
 
contre la suppression de l’esclavage et des Lumières des « points forts » de l’école primaire

La LDH dénonce la suppression de ces deux thèmes fondamentaux pour la compréhension de la France d’aujourd’hui.

Si l’on en croit Benjamin Stora, ce ne sont malheureusement pas les seuls allègements que l’on puisse déplorer dans les programmes d’histoire !

[Première mise en ligne le 29 oct. 07, mise à jour le 5 nov. 07]
 
Benoît Falaize : enseigner l’histoire de l’immigration à l’école

Fruit d’une enquête menée sur deux ans, le rapport de l’Institut national de recherche pédagogique (INRP) a été remis le 19 octobre 2007 à Jacques Toubon, président du conseil d’orientation de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI). Rédigé sous la direction de Benoît Falaize, avec Olivier Absalon et Pascal Mériaux, il propose un état des lieux de l’enseignement de l’histoire de l’immigration à l’école. En voici la synthèse [3].

 
L’enseignement de l’histoire au lycée, un élément essentiel à la formation des citoyens

Des rumeurs font état de la disparition de l’histoire et de la géographie du tronc commun des programmes en classes de première et terminale. « Je souhaiterais vous dire au nom de Xavier Darcos que ces rumeurs sont infondées et qu’il est hors de question que l’Histoire et la Géographie disparaissent du tronc commun des formations de nos lycéens ».

Jean-Louis Nembrini
Blois, le 10 octobre 2008 [4]

Répétons-le : ces « rumeurs sont infondées ».

 
« la fabrique scolaire de l’histoire », par Laurence De Cock et Emmanuelle Picard (dir.)

Depuis la Révolution française, l’enseignement de l’histoire est associé à la construction d’une « identité nationale ». En prenant la forme d’un récit ethnocentré, l’histoire scolaire devait permettre l’intégration de tous les futurs citoyens de la République, quelles que soient leurs identités originelles, dans un ensemble politique unique.

Aujourd’hui, alors que la période est favorable à la reconnaissance des « identités plurielles », les exclus du roman national réclament l’ajustement des programmes scolaires et critiquent la fabrique scolaire de l’histoire vue comme un instrument de domination.

A la suite de Suzanne Citron qui a préfacé leur ouvrage, Laurence De Cock et Emmanuelle Picard interrogent la manière dont l’histoire scolaire est fabriquée. De fait, l’enseignement de histoire à l’école est le produit d’une chaîne de responsabilités dont il nous faut interroger chacun des maillons : pourquoi et comment apprendre l’histoire, et quelle histoire ? Car c’est une politique du passé qui s’exprime à travers ce montage. Une politique où la question d’une histoire commune et donc de l’universalité est en jeu.

 
comprendre la guerre d’Algérie, au collège de Paron

Au cours de l’année 2002-2003, un projet audiovisuel ambitieux, intitulé “Réalisons l’Europe”, a été initié au Collège André Malraux de Paron (Yonne) : participer à l’éducation civique européenne des élèves, de la Quatrième à la Terminale, en réalisant une série de documentaires sur l’histoire récente de l’Europe.

Chaque année, depuis dix ans, un ou plusieurs films sont conçus avec les élèves d’une classe de Troisième, partagée en groupes qui filment les reportages, préparent les interviews et le plan de montage, enregistrent les commentaires et montent leur chapitre intégralement. C’est donc un projet pilote, en particulier au niveau du montage et de l’éducation à la citoyenneté européenne. Sa spécificité est de permettre la réalisation d’un long métrage documentaire (DVD 90-120 minutes) ou de plusieurs courts-métrages (12 à 26 minutes), réalisés par et pour les élèves et les professeurs, et dont un certain nombre sont accessibles sur une chaîne vidéo. Vous pourrez voir ci-dessous trois courts-métrages relatifs à l’Algérie colonie française réalisés en 2010-2011.

Sur le plan historique et pédagogique, le projet a reçu le soutien du Conseil de l’Europe en 2006, dans le cadre du plan « l’image de l’autre dans l’histoire » et « l’éducation aux crimes contre l’humanité ». Le rayonnement de l’opération dépasse les frontières françaises : environ 90 partenaires pédagogiques français et européens de huit pays (musées, associations, institutions) ont collaboré au projet depuis 2002 [5].
En 2009, “Réalisons l’Europe” obtient le soutien financier de l’Union européenne.

 
L’histoire à l’école : l’offensive du Figaro

La dernière rentrée scolaire a été l’occasion pour l’extrême droite de relancer son offensive sur l’enseignement de l’Histoire à l’école : le groupe du Figaro a critiqué l’ouverture sur le monde des programmes et fait la promotion d’une histoire d’Épinal centrée sur les grands Hommes.

Le numéro d’octobre-novembre 2012 du Figaro Histoire a été plus loin en tentant d’opérer simultanément une réhabilitation de Jacques Bainville [6] et un détournement de certains des écrits de Marc Bloch. Dans un appel qu’elle vient de rendre public et que de nombreux historiens et intellectuels ont tenu à signer, Suzette Bloch proteste contre cette falsification de la pensée de son grand-père [7].

 
l’histoire à l’école revue et corrigée par le HCI

Bernard Girard revient sur un avis émis par le Haut conseil à l’intégration concernant un sujet qui ne semble pourtant pas faire partie du mandat du HCI.

 
Benjamin Stora : “il faut enseigner l’histoire du Maghreb et de l’islam en France”

Benjamin Stora, enseignant d’histoire, revient sur la manifestation d’unité nationale et la faible mobilisation des jeunes des quartiers pendant la marche républicaine du dimanche 11 janvier 2015.

 
l’école et la lutte contre le racisme et les discriminations par Tramor Quemeneur

Dans un article publié par l’Ecole des Lettres le 1er décembre 2015 [8], l’historien Tramor Quemeneur (ATER Université Paris 8) montre que l’enseignement en collège et en lycée, de l’histoire de la colonisation et de la décolonisation permet de lutter contre le racisme et les discriminations.

 
L’enseignement de la colonisation et décolonisation de l’Algérie

Le Musée national de l’Éducation (Munaé) a organisé à Rouen deux journées d’études intitulées « Du rôle de l’école dans l’Algérie coloniale aux enjeux actuels de l’enseignement de l’histoire franco-algérienne ». Nous publions la vidéo de l’intervention introductive de Laurence De Cock, portant sur l’évolution en France de l’enseignement sur l’Algérie coloniale, qui est confronté, jusqu’à aujourd’hui, aux pressions sociales. Enseignante et historienne, Laurence De Cock a été l’une des fondatrices, en 2016, du collectif Aggiornamento histoire-géo, dans la continuité des travaux de Suzanne Citron et avec son soutien.

 
Une expérience de l’enseignement
du fait colonial au collège

Des enseignants du Collège Jean Lurçat de Saint-Denis (93) nous ont adressé l’article que nous reproduisons ci-dessous relatif au projet d’enseignement des sociétés coloniales qui a été mené durant l’année scolaire 2017-2018 avec des élèves de quatrième. Ce projet éducatif qui s’inscrit dans un parcours sur deux années a pris la forme d’un concours dont les modalités sont expliquées ici. L’étude du fait colonial à travers des modalités actives a permis d’initier un important travail de mémoire chez les élèves et même au-delà, au sein des familles.

 
A propos de l’enseignement
de l’histoire coloniale
à l’école primaire,
par Laurence De Cock

Un enseignant a donné un exercice à ses élèves de CM2 sur « les aspects positifs » de la colonisation. L’affaire a fait le tour des grands médias. Au-delà d’une colère compréhensible, que révèle cet exercice sur l’enseignement de l’histoire à l’école aujourd’hui ? Laurence De Cock est animatrice du collectif Aggiornamento histoire-géo, historienne de l’éducation et auteure notamment de « Dans la classe de l’homme blanc. L’enseignement du fait colonial en France des années 1980 à nos jours » (PUL, 2018). Elle pointe ici, plutôt que la responsabilité de tel ou tel enseignant, celle écrasante dans ces errements d’une « défiance » d’ordre politique au sein de l’institution elle-même vis-à-vis de cette question.

 
Un projet pédagogique
autour du 17 octobre 1961

Au lycée des métiers René Cassin à Rive-de-Gier (Loire), une équipe pédagogique a impulsé pour les élèves de bac pro et de CAP un travail autour de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris. Une importante documentation a été rassemblée, films, livres et photographies. Sur cette base, les élèves ont réalisé un montage de photos et de textes et préparé de nombreuses questions destinées à une rencontre avec deux auteurs venus échanger avec eux, dont Marie-Odile Terrenoire, fille du ministre Louis Terrenoire, alors porte-parole du général de Gaulle au moment des faits.